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se trouble au bout de douze heures et s’éclaireit au bout de trois ou quatre jours. Il redevient alors absolument limpide, et les microorganismes se sédimentent sous forme de petits grains isolés de grosseur variable, qui se répandent et se désagrègent dans le liquide à la moindre agitaion. Chose curieuse, mème sur les vieilles cultures sur bouillon, dans lesquelles les microbes sont devenus incapables de reproduire des générations nouvelles, les grumeaux se reforment après avoir été désagrégés par l'agitation et reprennent leur forme caractéristique. Si le milieu est moins favorable, ou le streptocoque doué d’une moindre vitalité, le dépôt en petits flocons se fait d'emblée, sans jamais troubler le liquide.
Ensemencé sur du lait, le streptocoque de l’érysipèle produit au bout de quatre ou cinq Jours à l’étuve une coagulation localisée, qui apparaît comme une petite tache jaunâtre à la partie la plus déclive. De ce foyer, le processus s'étend plus ou moins rapidement et amène la formation d'un coagulum volumineux, qui se rétracte ensuite au milieu du sérum absolument transparent.
Tels sont les caractères des cultures que l’on peut obtenir en puisant le streptocoque dans l'organisme, soit au niveau du bourrelet érysipélateux, soit, ce qui revient au mème, dans le pus des grands abcès érysipélateux diffus, sur lesquels nous aurons à revenir. Mais, nul microorganisme n'est plus capricieux que lui, ainsi que nous le verrons par la suite, et il ne faut pas s'étonner des différences qui existent entre les descriptions des différents auteurs, différences qui ont eu pour résultat de multiplier, comme à plaisir, les espèces de streptocoques. Néanmoins, en employant des milieux toujours semblables les uns aux autres, on obtient, avec les microorganismes provenant directement du corps des érysipélateux, des cultures très comparables, quant à l'abondance el aux caractères généraux.
Du reste, l'examen microscopique doit toujours contrôler la nature des cultures obtenues. L'examen doit ètre fait
soit directement, soit après l’action des matières colorantes,
Nous pensons qu'il ne faut jamais négliger l'examen direct du microbe, qui peut renseigner sur nombre de faits intéressants, qui pourraient passer inaperçus à la suite du traitement nécessité par la coloration. Signalons, par exemple, la très légère mobilité que l’on observe dans les cultures en voie de prolifération active. Cette mobilité consiste en une sorte de petite oscillation sur place, sans translation sensible. Le mouvement dont est agité le streptocoque rappelle le mouvement brownien.
La coloration peut se faire facilement par toutes les méthodes usuelles, le streptocoque étant fort avide de toutes les matières colorantes. Le carmin et l’hématoxyline le colorent faiblement, assez néanmoins, surtout cette dernière, pour que l’on puisse le retrouver sur des coupes ainsi traitées. Le bleu de Lôffler, qui donne au tissu une teinte verdâtre, le colore en bleu violet. Il ne se décolore ni par la méthode de Weiïgert, ni par celle de Gram, ce qui rend relativement facile sa recherche dans les tissus. Sur des lamelles, nous recommandons tout particulièrement, en raison de leur rapidité, soit la coloration par la fuchisne phéniquée de Ziehl, suivie du lavage à l’alcool ou à l'acide acétique, soit par le bleu composé de Roux, suivi d’un simple lavage à l’eau. Néanmoins, dans les cas douteux, on devra toujours employer la méthode de Gram, qui permettra de différencier le streptocoque de quelques autres cocci plus ou moins en chaïnettes que l’action de l’iode décolore.
La morphologie du streptocoque se modifie un peu, suivant les milieux sur lesquels il est cultivé. Néanmoins, la forme en chaînettes se maintient constante, au moins s’il s'agit des premières cultures obtenues. Nous n'avons pu, en effet, vérifier le fait signalé par Widal dans sa thèse, à savoir l'indépendance ou le groupement en grappes des cocci de l’érysipèle dans les cultures sur pommes de terre. Nous y avons, en effet, toujours obtenu de courtes chai-
nettes, très peu abondantes. Du reste, nos résultats n’infirment en rien les siens, car la pomme de terre, en raison des différences dans les espèces et les divers modes de préparation, offre un milieu peu comparable pour divers expérimentateurs.
Le seul changement notable que nous ayons constaté dans la morphologie du streptocoque, nous l'avons rencontré sur des cultures anaérobies d’une puissance végétative considérable. Il consiste en une sorte de bifurcation de la chaînette, donnant lieu à une sorte d’Y, comme si un grain s'était divisé en trois, au lieu de produire seulement deux grains nouveaux. Jamais, la forme ne s’est davantage compliquée. Aussi, ne croyons-nous pas suffisamment étayée l'hypothèse de Jordan, pour lequel le streptocoque ne serait qu’une sorte de staphylocoque.
Le nombre des grains du chapelet est, d’ailleurs, éminemment variable. De six à huit sur les milieux solides, leur nombre s'élève à trente ou quarante dans les milieux liquides, où ils forment de longues chaînettes sinueuses et élégantes. Leur volume est également variable dans le même sens; de 0,3 à 0,4 s sur agar ou sur gélatine, ils atteignent 0,6 & dans les cultures sur bouillon; il faut du reste un peu se défier de l’apparente rigueur des chiffres, lorsqu'il s’agit du diamètre des microorganismes. La zone de diffraction qui les entoure rend difficile cette évaluation,
en l'absence de toute coloration, et, d’un autre côté, ce
diamètre change sensiblement, selon la matière colorante employée. Les chiffres obtenus peuvent donc servir de points de repère, mais n’ont pas, néanmoins, la rigueur mathématique que certains auteurs voudraient leur donner.
Mais ce qui est important, et que nous avons constamment observé dans les premières cultures du streptocoque provenant d’érysipèle, c'est la parfaite homogéneité des chaînettes. Tous les grains, en effet, sont égaux dans leur diamètre transversal et se comportent d’une manière semblable vis-à-vis des matières colorantes.