ROLE PHYSIQUE DES PRODUITS DE CULTURE DU STREPTOCOQUE
Expériences de Manfredi et Traversa. — Expériences personnelles n’expliquant que certains phénomènes nerveux de l'érysipèle. — Expériences de Roger. — Deux substances, l'une albuminoïde nuisible, l’autre soluble vaccinante. — Diastases du streptocoque et actions diastasiques. — Peptonisation de l'albumine dans le vide. — Coagulation de la caséine. — Coagulation de la fibrine. — Aucune action sur la gélatine.
L'étude de l’action toxique des produits de culture du streptocoque est un argument de plus à l'encontre des généralisations trop rapides d'un microbe à un autre. En effet, alors que les cultures filtrées des bacilles diphtéritique, pyocyanique, tétanique, etc., exercent sur l’organisme une action toxique très énergique, reproduisant jusque dans la plupart de ses détails la maladie produite par le microbe lui-même, l’action des cultures streptococciques filtrées n’a donné lieu à rien de semblable, au moins dans la plupart des cas. Manfredi et Traversa, qui ont expérimenté les premiers l’action de ces produits solubles, n'ont réussi qu'à produire quelques accidents nerveux passagers, convulsions ou paralysies, dus, ainsi qu'il résulte des faits qu'ils rapportent, à une action irritante s’exercant sur le bulbe. Leur technique était pourtant excellente, et leurs observations très consciencieusement rédigées. Ces auteurs s’étaient servis de bouillon de bœuf
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peptonisé et neutralisé, huit jours après l’ensemencement.
La température la plus propice à la sécrétion des produits toxiques leur a paru osciller entre 27 degrés et 30 degrés; les cultures anaérobies se sont montrées beaucoup plus actives que les cultures au contact de l'air.
Nous avons reproduit ces expériences en nous plaçant dans les mêmes conditions expérimentales. Nos résultats ont été très comparables, principalement sur la grenouille, aux conclusions des auteurs ci-dessus. Néanmoins, nous avons toujours été obligé d'employer des doses plus fortes que celles qu'ils ont indiquées. Cette divergence tient probablement à une différence dans le mode de la préparation du bouillon. Dans un seul cas, nous avons produit, en outre, une albuminurie notable; mais, ayant sacrifié l’animal, nous n'avons pas trouvé de très grosses lésions parenchymateuses.
Donc, en dehors de la pathogénie possible des accidents nerveux : convulsions, paralysies, délire, que l’on observe quelquefois dans l’érysipèle, nos expériences sont plutôt négatives, comme l'avaient été celles de Manfredi et Traversa. Il est vrai, que dans les deux cas, le bouillon de bœuf a été le seul milieu expérimenté, etil est très possible que le microbe, tout en conservant sa virulence, sur ce milieu, n’y produit pas toutes les sécrétions qui peuvent agir sur l’organisme vivant, qui lui offre un bouillon de culture différent. Nous regrettons que le temps nous ait manqué pour reproduire l'expérience, malheureusement unique, que Roger a communiquée à la Société de Biologie, et dontil a liré des conclusions capitales en la matière, qui confirment d’une manière éclatante les vues de M. Bouchard sur le rôle des produits microbiens solubles dans l'infection.
M. Roger, en effet, a réussi à isoler de cultures de streptocoques sur bouillie de viande une substance précipitable par l'alcool, à la manière des toxalbumines, et qui, inoculée au lapin, en amène rapidement la mort. Le bouillon, ainsi
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débarrassé de cette substance nuisible, confère au contraire l’immunité sans produire d’accidents.
D’après l'expérience de M. Roger, Le streptocoque sécréterait donc une substance toxique, que ces caractères permettent, nous semble-t-il, de rapprocher des ferments solubles, et une substance vaccinante moins instable, et probablement moins élevée dans l’ordre chimique.
Ce fait nous donnera la clef de l’inactivité relative des bouillons que nous avons employés, car l'alcool n’y produit aucun précipité. Il est donc probable que le microbe, semblable en cela à bien d’autres microorganismes, et, en particulier à l’arpergillus niger ne secrète sa diastase que dans des conditions déterminées, parmi lesquelles la composition chimique du milieu de culture joue un rôle capital.
. Et, en effet, dans certaines conditions, le développement du streptocoque s'accompagne, mème sur les milieux inertes, de modifications d'ordre chimique, dans lesquelles on est obligé de voir l'intervention de ferments solubles sécrétés par lui. En milieu anaérobie, on sait, depuis Rosenbach, et nous avons nous-même constaté que le streptocoque amène une liquéfaction du milieu et transforme en peptone l’albumine coagulée. A côté de ses propriétés fluidifiantes, nous pouvons opposer son action sur le lait, vis-à-vis duquel il se comporte comme une véritable présure, après une éducation acquise par plusieurs passages sur ce milieu. Nous nous sommes convaincu, en effet, en modifiant nos expériences, que la coagulation du lait sous cette influence n'était pas due à l'acidité, qui est nulle au début de la coagulation et agit principalement ensuite, en favorisant l’action de la diastase coagulatrice.
De cette propriété de coagulation de la caséine, nous devons rapporter l’action que le streptocoque exerce dans certains cas sur la fibrine dans l'organisme vivant. Dans certaines races de streptocoques, cette propriété coagulatrice est assez considérable pour donner lieu à la produc-