MURS
Pour ce qui est de la sortie du plasma sanguin, il est difficile d'élucider sa pathogénie. Il est certain que l'élément mécanique y joue un rôle, mais est insuffisant à expliquer complètement la véritable inondation séreuse qui vient baigner les tissus envahis. Dans l'érysipèle, en effet, cette interprétation est déjà insuffisante, étant donnée la haute pression à laquelle est soumis le liquide infiltré dans les mailles conjonctives, et qui compenserait amplement l'excès de pression intra-vasculaire due à un trouble circulatoire Hé à une modification de calibre. Le système nerveux doit jouer un grand rôle, ainsi que l’ont montré Charrin, Roger et Gley; mais, dans certains cas, par exemples, dans les inflammations purement séreuses, comme celles qui sont dues au vibrion septique, ces interprétations nous semblent insuffisantes, el il semble que l’osmose doive jouer un grand rôle, les diastases étant, en général, douées d’un pouvoir endosmotique considérable. Il se produirait donc une véritable attraction du sérum dans les tissus, en tout analogue à celle que nous allons voir s'exercer sur les leucocytes.
Les travaux récents sur la chimiotaxie des leucocytes. ont, en effet, donné jusqu'à un certain point l'explication intime de ce fait si curieux de la diapédèse. Au lieu d’être passifs, les globules blancs sortent des vaisseaux en vertu de leur activité propre, attirés par la présence extravasculaire de substances douées de propriétés de chimiotaxie positive. De ce nombre, sont une certaine quantité de produits microbiens, la substance mème des microbes, d’après Buchner, ainsi que les substances albuminoïdes de l'organisme, modifiées par un agent extérieur. On comprend donc que dans la plupart des cas, la présence de microbes dans les tissus entraîne une diapédèse plus ou moins abondante, suivant leur nombre, leur nature, et les lésions cellulaires qu'ils produisent. Mais, dans d’autres cas, d’après les travaux de M. Metchnikoff et de ses élèves, les leucocytes attirés par certaines substances au voisinage
PT ue
du microbe, sont repoussés par d’autres produits de sécrétions, doués de propriétés chimiotactiques négatives, qui le protègent contre cette attraction de leucocytes, dont l'issue est l’englobement du microbe par la cellule. Parmi ces dernières substances, se trouvent plusieurs diastases, entre autres, la papaïne. Il est probable que les streptocoques très virulents qui n’éveillent pas de réaction leucocytaire, doivent cette propriété à la sécrétion d’une substance analogue. Néanmoins, nous n'avons pas pu, malgré nos efforts, arriver à la rencontrer parmi les produits solubles de nos cultures. Il sera intéressant d’expérimenter à ce sujet la substance albuminoïde toxique que Roger a réussi à isoler dans une de ses cultures.
Nous avons, à plusieurs reprises, essayé les propriétés chimiotactiques de nos bouillons à l’aide du procédé classique, qui consiste à introduire sous la peau de l'oreille du lapin un tube capillaire fermé à un bout et rempli du liquide à expérimenter. Nous avons toujours constaté des propriétés positives plus considérables que celles du bouillon non cultivé. Toutes choses égales, d’ailleurs, les bouillons rendus acides par le streptocoque sesont montrés beaucoup plus actifs que ceux chez lesquels l'acidité n’était pas encore atteinte.
Cette propriété du streptocoque et de ses produits semble jouer un rôle capital dans ce qu’on appelle l’érysipèle curateur. En effet, on ne peut attribuer au streptocoque lui-même le pouvoir de faire disparaître des néoplasmes et d'arrêter des processus ulcéreux. Nous l’avons vu, dans un cas, produire au contraire de déplorables effets en agissant directement sur un lymphadénome. Il est donc probable que c’est aux leucocytes actifs qui sont attirés par sa présence dans les tissus malades, qu'il faut attribuer l’amélioration et même la guérison que l'on a pu constater à la suite d’érysipèles. Le rôle curateur est donc dévolu, non au microbe pathogène, mais à la réaction organique qu'il provoque.