‹ Considérations pathogéniques et anatomo-pathologiques sur l'érysipèle ses formes et ses complications essais sur la virulence du streptocoqueChapitre 34 sur 123 · ÉRYSIPÈLE SUPERFICIEL · texte numérisé non relu

ÉRYSIPÈLE SUPERFICIEL

La couche papilligère semble être seule intéressée. — Caractères cliniques : peu fixe, ambulant, envahissant principalement les points où la couche profonde du derme est très serrée. — Indépendance pathologique des différents réseaux lymphatiques cutanés. — Des différentes couches conjonctives. — Rougeur vive, étendue; bourrelet superficiel. — Rarelé des phlyctènes. — Souplesse-relative de la peau. — Symptômes généraux d'intensité moyenne. — Rapidité de la résolution. — Absence habituelle de complications phlegmoneuses.

La variété d'érysipèle dont nous voulons parler ici étant relativement bénigne, nous serons obligé d'appuyer notre description plutôt sur des observations cliniques que sur des documents anatomo-pathologiques. Nous n'avons jamais réussi à produire expérimentalement cette forme chez les animaux, ce qui est du reste peu étonnant, car la pathologie de cette forme semble liée surtout à la structure anatomique de la peau. Néanmoins, en procédant par analogie, nous espérons établir l’existence et l'importance cliniques de l’érysipèle superficiel.

La plupart des auteurs qui ont écrit sur l’anatomie pathologique de l'érysipèle, ont traité la question en général et ont généralisé peut-être un peu trop des formes graves auxquelles ils avaient emprunté leurs pièces anatomo-pathologiques, aux formes légères qui guérissent facilement. Ils ont donc admis, dans une définition peut-

être un peu exclusive, que l’érysipèle était une dermite et que, presque toujours, le tissu cellulaire sous-jacent était intéressé. Ainsi que nous l’avons vu dans le chapitre précédent, cela est vrai dans beaucoup de cas, mais nous ne croyons pas que dans tous, la diffusion soit aussi grande. Nous avons insisté sur la prédominance habituelle de la lésion dans la couche papilligère et sur l’immunité relative dont jouit la couche profonde du derme. De là, admettre qu’il est des cas où cette immunité est complète il n'y à qu'un pas que nous n’hésiterons pas à franchir.

La description clinique de cet érysipèle, que nous nommons superficiel, en raison de la non-participation des couches profondes de la peau, a été englobée, confondue avec des érysipèles diffus à forme rapide, sous le nom d'érysipèle migrant, érysipèle ambulant. C’est, en effet, un de ses caractères cliniques, mais ce n’est pas le seul.

Ainsi que l’on peut le prévoir, cette forme sera surtout fréquente aux points où le corps papillaire est plus nettement isolé du reste de la peau, c’est-à-dire au tronc, au dos, au membre supérieur ; c'est en effet ce que nous démontre la clinique. Les deux observations les plus nettes que nous ayons pu relever se rapportaient à des érysipèles du sein chez des nourrices.

Il est probable qu'il faut également faire jouer un rôle important à la profondeur de la plaie par laquelle a été faite l’inoculation. Dans les cas où la couche profonde du derme qui protège les couches sous-jacentes est très épaisse il est probable qu'une inoculation superficielle amènera une inflammation sous papillaire, alors que la pénétration de l’agent pathogène dans les couches profondes aurait produit une inflammation sous-cutanée diffuse. Nous verrons, en effet, dans le chapitre suivant, que dans certains cas d’érysipèle, la couche hyÿpodermique est seule en jeu. Dans les deux cas auxquels nous avons fait allusion, la porte d’entrée du microorganisme avait été une gerçure tout à fait superficielle du mamelon. |

Cette sorte d'indépendance qui s'affirme, en certains cas pathologiques, entre les différentes couches de la peau, est assez intéressante à signaler. Les connexions lymphatiques qui unissent la couche papilligère à l’hypoderme sont en effet telles, que l’on ne peut guère s’imaginer qu'un réseau soit enflammé sans que la seconde y participe aussitôt.

Or, ainsi que nous l’avons vu, la lésion diffuse de l’érysipèle s'accompagne toujours d’une réplétion des petits vaisseaux lymphatiques par les microorganismes qui s’y collectent, et suivre leur canal pour se rendre aux ganglions. L'expérience vient détruire complètement cette vue à priori. Dans l'érysipèle des nouveau-nés, les lymphatiques profonds sont bourrés de streptocoques, alors que le derme n’en contient pas. Il en est de même dans la lymphangite ordinaire. Inversement, nous représentons, dans le chapitre que nous consacrons à l'étude de l’érysipèle blanc, l'inflammation absolument isolée d’un réseau lymphatique superficiel, que nulle injection, si fine qu’elle soit, n'a pu pénétrer. Donc, si les réseaux lymphatiques des différentes couches de la peau peuvent rester indépendants au point de vue pathologique, à plus forte raison le tissu conjonctif de ces divers étages qu'ils font communiquer, la couche profonde du derme établissant en certains points par sa structure une séparation entre la couche papillaire et la couche hypodermique, qui peuvent toutes deux servir de milieu de développement au streptocoque qui y pénètre.

Mais, c’est surtout sur le terrain de la clinique que doit être placé l’érysipèle superficiel, et le diagnostic de cette localisation est important au point de vue du pronostic et des complications à craindre. La rougeur reste la même; et grâce à la tension moindre dans l’intérieur des tissus; elle est même plus écarlate que dans l’érysipèle diffus. Le bourrelet est toujours très net, moins dur pourtant que dans la forme ordinaire. La douleur accusée par le malade

se rapporte plutôt à une sensation de brûlure qu’à un sentiment de constriction et de tension. Mais, c’est surtout par le toucher que les deux formes diffèrent totalement. Alors que dans l’érysipèle diffus, il est impossible de faire un pli à la peau, qui ne glisse plus sur les couches profondes, dans l’érysipèle superficiel, au contraire, le pli se forme facilement et son épaisseur est peu modifiée. Nous n'avons pas observé de phlyctènes. j

Les symptômes généraux sont moins atténués que les symptômes locaux. Un frisson peut en marquer le début. La température peut être élevée et dépasser 39°,5. L'état saburral a été assez prononcé dans les deux cas que nous citions plus haut. Ces symptômes sont en rapport avec l'étendue de l’érysipèle.

L'évolution de l’érysipèle superficiel est également assez caractéristique. Le peu de profondeur de la lésion, l’élasticité du tissu infiltré et surtout la perméabilité des vaisseaux lymphatiques profonds, expliquent le peu de fixité de l’inflammation et la rapidité avec laquelle le restitutio ad integrum se fait dans les parties intéressées par le processus. Aussi, l’érysipèle superficiel revêt-il fréquemment la forme serpigineuse.

Bien que sa durée soit quelquefois assez longue, l’érysipèle superficiel est d’un pronostic relativement bénin, et ne s'accompagne jamais de complications phlegmoneuses.

Cette forme présente surtout un intérêt pratique par sa comparaison avec celle qui fait l’objet du chapitre suivant.

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