‹ Considérations pathogéniques et anatomo-pathologiques sur l'érysipèle ses formes et ses complications essais sur la virulence du streptocoqueChapitre 44 sur 123 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

ALTÉRATIONS DES VAISSEAUX T DES GANGLIONS LYMPHATIQUES DANS L'ÉRYSIPÈLE

Englobement des streptocoques par les leucocytes dans les vaisseaux lymphatiques. — Leur absence dans les ganglions engorgés principalement par effet mécanique. — Endo et péri-lymphangite pouvant se terminer par résolution ou par suppuration. — Identité bactériologiqne de la lymphangite suppurée et de l’érysipèle. — Oblitération des Iymphatiques. — OEdème chronique. — Adénite suppurée. — Variétés suivant les épidémies d’érysipèle et l'état antérieur des ganglions. — Action de l’éryspièle sur les ganglions malades. — Action curative, due à l'apport des leucocytes et non au streptocoque lui-même.

En décrivant le processus érysipélateux, nous avons vu les streptocoques et les leucocytes qui infiltrent les espaces du derme, être entrainés par le courant plasmatique et se presser dans les vaisseaux lymphatiques distendus. Sur une coupe de la base d’une oreille de lapin sectionnée au cours d’un érysipèle et fixée aussitôt par l'alcool absolu, on voit distinctement les vaisseaux lymphatiques remplis par ces éléments, alors même que le processus infectieux n’intéresse que la partie supérieure du pavillon auriculaire. Il est à noter que, à ce niveau-là, on ne rencontre presque plus de streptocoques libres et que la plupart sont enfermés dans le protoplasmades leucocytes. C'est donc dans l’intérieur des vaisseaux lymphatiques que se décide la victoire

des cellules de l’économie sur le parasite. Le plus souvent, celle lutte est très courte, puisque sur des coupes de ganglions auriculaires du lapin, engorgés par l'apport inaccoutumé de leucocytes, nous n'avons pas pu arriver à colorer des microbes dans l’intérieur mème des cellules embryonnaires qui encombraient en foule le réseau interfolliculaire. On peut donc dire que dans l’érysipèle simple, la pénétration du streptocoque dans les voies lymphatiques, n’est pas très profonde, et que, dans l’engorgement ganglionnaire, il faut autant voir un trouble mécanique qu'une réaction véritablement inflammatoire.

Néanmoins, le processus pathologique n’est pas toujours réduit à ce maximum de simplicité. Il arrive en effet fréquemment que sous l'influence soit d’un englobement moins rapide du microbe, soit encore sous l’action de ses produits de sécrétion absorbés avec le plasma, les lymphatiques environnants sont le siège d’une endo et périlymphangite qui se traduit par la disparition de leur endothélium de revêtement et l’infiltration embryonnaire de sa paroi. Tout autour du vaisseau enflammé, le réseau vasculaire sanguin se dilate; et alors apparaissent les traînées de lymphangite qui s'observent parfois autour des érysipèles ou qui peuvent à elles seules constituer l’unique lésion due au strepitoccoque.

La fermentation streptococcique continue alors dans l’intérieur même du vaisseau,et c’est quelquefois seulement après avoir franchi une ligne ganglionnaire que le microbe devient enfin la proie des leucocytes, si la victoire doit rester à l'organisme.

Le processus peut quelquefois dépasser ce stade, la présence du streptocoque amener la coagulation de la fibrine de la Iymphe, et au lieu de se terminer par résolution, l'inflammation angioleucitique devient le siège de l’ensemble des phénomènes que nous avons décrits à propos de l’érysipèle phlegmoneux et qui aboutissent à la formation d’un abcès. C’est sur cette forme de suppuration

dans l’érysipèle que Cadiat, Lordereau, puis Renaut ont surtout attiré l'attention. Ce n’est, en somme, dans ces caslà,qu'unesimple lymphangite suppurée, dont la pathogénie, le processus anatomique et le microorganisme pathogène sont identiques avec ceux de la lymphangite ordinaire, ainsi qu'il résulte des recherches de MM. Verneuil et Clado.

Nous ne reviendrons pas sur les altérations spéciales des vaisseaux lymphatiques dans l’érysipèle gangreneux, car ces lésions sont beaucoup moins marquées sur les troncs que sur les ramifications intradermiques.

Les altérations ganglionnaires peuvent, elles aussi, dépasser l'encombrement mécanique qu’amène l’apport insolite des leucocytes diapédésés et des cellules embryonnaires conjonctives. Dans certains cas, Le streptocoque peut y être apporté encore virulent, ainsi que nous f’avons vu plus haut. Dans les cas très graves, il les traverse simplement sans y provoquer aucune réaction, et va infecter le sang sans que le moindre obstacle lui ait été suscité dans le système lymphatique. Mais ces faits n’appartiennent pas à l’érysipèle, et lorsque le microbe provenant d’une lésion périphérique y est apporté par les lymphaliques afférents, le ganglion réagit le plus souvent en devenant le siège d’une inflammation plus ou moins vive, pouvant se terminer par résolation, mais pouvant également aboutir à la suppuration ainsi que nousenrapporlons deux exemples très nets. Ces suppurations ganglionnaires semblent plus ou moins fréquentes, suivant les épidémies d’érysipèle. Elle dépendent aussi de l'intégrité plus ou moins complète du ganglion, plus fréquentes sur les ganglions strumeux ; dont l’érysipèle peut amener la suppuration sans forte réaction inflammatoire locale.

Nous devons dire ici un mot de l’action de l’érysipèle sur les ganglions malades et chercher à élucider par quel processus il agit dans la résolution des adénosarcomes, ou même dans certains cas opposés à ceux que nous venons

de citer, des ganglions tuberculeux. On a voulu voir là e résultat d’une action directe du streptocoque qui, s’introduisant dans ces cellules de nouvelle formation, en amènerait la mort et ultérieurement la résorption. Nous avons été témoin d’un fait que nous relatons ?n extenso plus loin, et qui nous permet de contredire jusqu’à un certain point cette opinion. Il s’agit d’un jeune homme porteur de nombreux adénosarcomes ganglionnaires du cou qui, à la suite de l'injection hypodermique de la liqueur de Fowler, présenta dans l’intérieur de l’une des tumeurs un abcès à streptocoques. Le microbe se propagea de là aux ganglions voisins, et le malade ayant succombé à la suite d’un perforation stomacale due à un ulcère rond, nous pümes constater sur des coupes une quantité de petits foyers purulents dans les ganglions du médiastin. La culture et les lamelles indiquèrent la présence du streptocoque pur. Et, sur des préparations microscopiques, nous pûmes conslater que les cellules sarcomateuses sembiaient inertes vis-à-vis du microbe, mais que ce dernier formait des petits foyers de ramollissement purulent, sans altérer en bien la vitalité des parties non directement intéressées. Le processus, tel qu’il se découvrait, semblaient bien plutôt nuisible qu’utile.

Du reste, ainsi que nous l'avons dit, c’est à peine si, dans une érysipèle ordinaire, le microbe franchit le premier ganghon qui se trouve sur le trajet des lymphatiques venant de la plaque érysipélateuse. C’est donc, ron au streptocoque, mais aux leucocytes appelés par lui qu’il faut rapporter l’honneur de ces cures merveilleuses.

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