‹ Considérations pathogéniques et anatomo-pathologiques sur l'érysipèle ses formes et ses complications essais sur la virulence du streptocoqueChapitre 59 sur 123 · LÉSIONS ARTICULAIRES AU COURS DE L’ÉRYSIPÈLE · texte numérisé non relu

LÉSIONS ARTICULAIRES AU COURS DE L’ÉRYSIPÈLE

Hydarthroses des articulations sous-jacentes à la plaque érysipélateuse. — Pseudo-rhumatisme érysipélateux apparaissant au déclin de l’érysipèle. — Généralisation à un certain nombre d’articulations. — Pronostic relativement bénin. — Pathogénie obscure. — Arthrite suppurée ; par infection sanguine; aspect du liquide au début de l'affection. — Caractères et propriétés du pus articulaire. — Lésions de la synoviale.

Nous serons bref sur les manifestations articulaires qui se rattachent, soit directement, soit indirectement à l’érysipèle. Les unes, en effet, simples symptômes de voisinage, et dues uniquement à l’activité plus grande de la circulation, consistent en un épanchement séreux, plus ou moins plastique, dans l’intérieur des articles sous-jacents à la peau érysipélateuse. C’est sur ces hydarthroses, habituellement bénignes, que M. Verneuil a particulièrement appelé lattention. Le streptocoque semble n'y agir nullement par sa présence directe et les troubles circulatoires faire tous les frais de la pathogénie de cette forme qui peut, jusqu’à un certain point, se rapprocher de l’hydarthrose conséculive à la phlegmatia alba dolens.

Tout autre, au contraire, est la signification des deux formes d’arthrites qui se produisent à une certaine distance du foyer érysipélaleux, n’en subissant le contre-coup que par lintermédiaire de la circulation sanguine.

La première mérite au plus haut degré la dénomination de pseudo-rhumatisme infectieux. Elle intéresse un grand

nombre d’articulations, qui deviennent tuméfées et douloureuses. L’épanchement est rarement abondant. Les lésions ne présentent aucune fixité, ni aucune symétrie, passant brusquement et sans cause apparente d’une articulation à une autre. Ces accidents n'apparaissent pas, en général, pendant la période fébrile de l’érysipèle. Cest plus ou moins longtemps après la défervescence, pendant la convalescence, que survient une nouvelle ascension thermométrique accompagnant la poussée articulaire, qui, en général, cède assez facilement au traitement par le salicylate de soude. Nous avons été témoin d’un cas absolument typique, dans lequel la restitutio ad integrum était complète dix jours après le début des accidents.

Ilest difficile de se prononcer sur la nature de ces manifestalions articulaires, et l’obscurité qui règne encore sur la pathogénie intime du rhumatisme, rejaillit ua peu sur celle des maladies analogues. Dire que c’est un réveil de la diathèse survenant à la suite de l’érysipèle comme à la suite des autres maladies infectieuses, c'est se renfermer un peu dans la spéculation, surtout maintenant que le rhumatisme arliculaire aigu et même subaigu tend à entrer dans la classe des maladies infectieuses. Dans ce dernier cas, on peut se demander encore s’il s’agit d’une infection secondaire par un microorganisme spécial, chose peu probable, ou si l’on doit incriminer directement le streptocoque ou ses produits de culture. Les faits expérimentaux résultant de nos recherches sont muets à ce sujet.

La deuxième forme d’arthrite observée au cours, ou plutôt au déclin de l’érysipèle, relève, au contraire, d’une pathogénie facile à comprendre. On sait, en effet, que les microorganismes introduits dans la circulation, ont une tendance toùte spéciale à s'arrêter et à pulluler dans l'intérieur des articulations, et, principalement, dans les plus importantes : le genou, l’épaule, par exemple. Aussi, les arthrites purulentes sont-elles, parmi les accidents, les plus fréquents qui témoignent de l’infection sanguine par le

slaphylocoque, le pneumocoque, le streptocoque, le bacille pyocyanique, etc. Les propriétés pyogènes du streptocoque érysipélateux trouvent une fois de plus l’occasion de se manifester, et l’arthrite toujours très grave qui en résulte est une manifestation, parfois la seule, de la pyohémie qui, nous l’avons vu, peut, dans certains cas graves, succéder à l’érysipèle. Les symptômes généraux dus à l'infection sanguine nécessaire à l’éclosion de cette arthrite, sont toujours très violents : fièvre, frissons, état gastrique, albuminurie. Un épanchement, accompagné souvent de vives douleurs, apparaît au niveau d'une grande articulation, le genou le plus souvent, puis la rougeur et l’empâtement surviennent, apportant bientôt la confirmation du diagnostic d’arthrite suppurée.

Si l’on retire, par une ponction capillaire, quelques gouttes du liquide qui distend Particulation, on obtient au début une sérosité louche, laissant déposer des petits grumeaux blancs formés de chaînetles streptococciques entrelacées. Les globules blancs sont encore peu nombreux ; le liquide est alcalin, mais il possède néanmoins, après avoir été légèrement acidifié, les propriétés liquéfiantes que nous avons étudiées à propos de l’érysipèle phlegmoneux.

Plus tard, le liquide que lon retire est du vrai pus phlegmoneux faiblement acide et contenant en abondance lés diastases déjà signalées. Aussi, ces collections purulentes livrées à elles-mêmes détruisent-elles la capsule articulaire qui les contient et le pus s’échappe en fusées intermusculaires ou vient se faire jour à l'extérieur.

Dans un cas où nous avons pu faire l'examen histologique d’une arthrite à streptocoques consécutive à une angine, nous avons reconnu que les couches les plus superficielles de la synoviale étaient seules envahies par le parasite, qui se trouvait en abondance dans le pus coagulé recouvrant la membrane séreuse. Les couches profondes étaient infiltrées par une grande quantité de cellules embryonnaires, mais ne contenaient pas de microorganismes.

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