OBSERVATION V
Récidive d’érysipéle de la cuisse au moment des règles. Bartholinite suppurée à streptocoques.
D... (Ernestine), dix-sept ans, mécanicienne.
La malade entre pour une rougeur érysipélateuse qui a envahi toute la jambe et la moitié inférieure de la cuisse gauche. Il n’y a pas de bourrelet, mais la rougeur, bien que diffuse, gagne les parties voisines. Les ganglions de l’aine sont engorgés ; néanmoins, l'état général est très bon et la température ne s'élève pas au-dessus de 38°,5. La sérosité retirée par une piqûre profonde faite avec une lancette donne des cultures discrètes de streptocoque. La porte d’entrée du microbe est facile à constater. En effet, depuis trois mois, la malade est atteinte d'une éruption très prurigineuse, qu'un examen attentif fait reconnaître pour une éruption due à la gale, mais un peu défigurée par la malpropreté de la malade. C’est au niveau d'un coup d’ongle dû au prurit que la rougeur a débuté et s'est étendue de là aux parties environnantes.
Au bout de huit jours, la tuméfaction a complètement disparu.
Il n’y a pas de desquamation, et la malade sort pour aller à Saint-Louis, faire traiter sa gale.
Nous la retrouvons, le 14 mars 1890, salle Grisolle, dans le service de M. Troisier. Entre temps, elle a été guérie de sa gale et a contracté une violente blennorrhagie. Elle entre pour une récidive de son érysipèle qui, sans cause extérieure, a reparu au moment de ses dernières règles (il y a quatre jours). La rougeur a envahi toute la racine du membre inférieur gauche, intéressant également la partie supérieure de la jambe et la grande lèvre du même côté. La température est peu élevée et oscille entre 38 degrés et 38°,5. L'évolution est également bénigne et la rougeur disparaît sans être suivie de desquamation. On n’en trouve plus trace le 22 mars. Mais, au même moment, la malade ressent une vive douleur au niveau de la grande lèvre gauche. La région est tuméfiée et indurée. Il est facile de diagnostiquer une barthonilite qui bientôt se collecte et est ouverte le 1% avril, donnant issue à une assez grande quantité de pus jaunâtre et inodore. La guérison est rapide, et la malade sort le 42 avril.
Examen du pus.
Sur lamelles. — On trouve des streptocoques, la plupart enfermés dans les cellules du pus. Entre les cellules, on voit des diplocoques assez volumineux.
Sur plaques. — Les deux microorganism es cultivent : le streptocoque avec ses caractères habituels. Le diplocoque ne liquéfie pas la gélatine, et donne sur agar une culture jaunâtre comparable à celle du micrococcus subflavus de Parret.
Sur bouillon. — Le diplocoque acidifie rapidement le bouillon, et, en mettant d'emblée le pus en culture anaérobie, son développement abondant semble gêner celui du streptocoque, dont on ne voit que quelques chaînettes grêles.
Une goutte de pus est mise en contact, pendant douze heures, à l’étuve avec 10 centimètres cubes de gélatine à 10 p. 100, et le développement des microbes est prévenu par l'addition d'une goutte d'essence de moutarde. Au bout de ce temps, la gélatine, refroidie, ne fait plus prise.