OBSERVATION IX
Érisypèle phlegmoneux de la jambe, ayant débuté au niveau d'un mal perforant. Anurie. Plaques gangreneuses au niveau de l’érysipèle. Mort.
D... (André), 37 ans, voyageur de commerce. Entré le 22 novembre, salle Rostan, n° 28, service de M. Troisier.
Le malade ne peut fournir aucun renseignement sur le début de son affection. Il a été trouvé chez lui, délirant, par ses voisins, qui ne l'avaient pas vu sortir depuis deux jours. D’après
ces derniers, il aurait beaucoup maigri durant ces deux dernières années, buvant énormément et se plaignant d’une faiblesse progressive.
En effet, le malade est d'une maigreur extrême; ses traits sont tirés, ses pommettessaillantes, ses yeux excavés. La peau des membres est flasque et lâche; au-dessous, le pannicule adipeux à complètement disparu et les muscles sont très émaciés.
On trouve aa niveau des deux talons un mal perforant, plus marqué à gauche qu’à droite. À droite, on trouve égalementun début de mal perforant au niveau de la tête du premier métatarsien. L'aspect de ce côté est absolument typique; au fond d'une ulcération cratériforme, on voit une plaie mal bourgeonnante, environnée par des détritus épidermiques très épaissis et formant des bords taillés à pic.
Du côté gauche, on retrouve la mème lésion, mais en plus, toute la partie inférieure du membre est rouge, chaude, douloureuse; cette rougeur s'étend jusqu’à la partie moyenne de la jambe et est limitée par un bourrelet assez net.
La température est très élevée : le malade est dans un état de délire comateux dont il est impossible de le sortir.
On ne peut pas avoir d’urines, même en le sondant. Il n’urine néanmoins pas sous lui. Il y a donc anurie absolue.
24 novembre. — Apparition, dans la partie moyenne et antérieure de la jambe, sur les bords de la portion envahie par l’érysipèle, d'une plaque d’abord ecchymotique, puis absolument noire, présentant l’aspect d’une eschare, se recouvrant bientôt de petites phlyctènes. Cette scarification se fait sans phénomènes putrides et sans mauvaise odeur.
L’anurie continue ; l’état général est le même.
Les jours suivants, l’état local et général reste le même ; la rougeur érysipélateuse est devenue livide. On trouve de la fluctuation au niveau des gaines tendineuses du cou-de-pied, qui sont ouvertes et drainées, laissant écouler un pus séreux, grisätre, mal lié.
Par le cathétérisme, on peut obtenir un peu d'urine très albumineuse, mais ne contenant pas de sucre.
Mort le 27 novembre, sans avoir repris connaissance.
Autopsie.
CAVITÉ ABDOMINALE. — foie. Volumineux, gris jaunâtre, un peu congestionné, donnant au toucher la sensation du foie gras.
Reins. Congestionnés, surtout au niveau de la région corticomédullaire ; aspect bigarré des reins infectieux, après décortication de la capsule.
Rate. Peu augmentée de volume.
Pancréas. Peu augmenté de volume, peu induré et scléreux.
CAVITÉ THORACIQUE. — Poumons. Très congestionnés aux deux bases, qui sont splénisées. Pas de pneumonie.
Cœur. Mou et gras ; sanslésions du myocarde ni des orifices.
CAVITÉ CRANIENNE. — Rien aux centres nerveux. |
LÉSION LOCALE. — Infiltration purulente des gaines tendineuses de la plante du pied et du cou-de-pied ; peu accentuée dans la partie moyenne de la jambe.
La peau et le tissu cellulaire sous-cutané sont congestionnés, mais ne contiennent pas de pus. L’eschare que nous avons signalée, grande comme une pièce de cinq francs, intéresse toute l'épaisseur de la peau.
Examen bactériologique.
Streptocoque pur dans le pus et dans le sang du cœur. Cultures complètement négatives avec Le suc de l’eschare.
Examen microscopique. (Voir à l’érysipèle gangreneux.)
Pancréas. Présentant les lésions de la sclérose pancréatique liée au diabète.
Reins. Streptocoques peu abondants dans les vaisseaux sanguins. Noyaux des tubes difficilement colorables; peu de lésions glomérulaires.