HISTOIRE ET CRITIQUE
PÉRIODE ANCIENNE. — Théorie biliaire de l’érysipèle. — Hippocrate, Gallien, Avicenne, Guy de Chauliac, Hoffmann, etc.
PÉRIODE ANATOMO-GLINIQUE. — Théorie veineuse. — Théorie lymphatique. — Théorie mixte. — Gendrin, Piorry et la septico-dermite,
Périope MODERNE. — Hislologie pure. — Vulpian et la dermite. — Volkmann, Steudner et la diapédèse. — Liouville; Cadiat; Lordereau et la théorie lymphatique. — Renaut fixe définitivement l'histologie pathologique de l’érysipèle.
Bactériologie pure. — Nepveu et Huëter; priorité de leur découverte. — Wilde; Pitoy; Bouchard; Lukomsky, etc. — Fehleisen établit sur des bases expérimentales le rôle du streptocoque dans l’érysipèle.
HiSTOLOGIE ET BACTÉRIOLOGIE RÉUNIES. — Fehleisen; Cornil et .Babès; Denucé, Hajek, etc. — Physiologie pathologique de l’érysipèle. — Metchnikoff, la phagocytose et la chimiotaxie cellulaire. |
“Œuvres de vulgarisation, — Article du Dictionnaire de Dechambre. —
Traités de bactériologie et d'anatomie pathologique.
Si l’histoire clinique de l’érysipèle remonte aux temps hippocratiques, sa conception anatomique et pathogénique, pendant longtemps discutée d’une manière purement spéculative, n’est entrée que récemment dans la phase positive. Néanmoins, en vingt ans, les progrès de l’histologie et de la microbiologie ont fait de l’érysipèle une des
ss LS des
maladies les mieux connues dans sa pathogénie cellulaire intime. Jusqu'en 1868,eneffet, moment où parurentpresque simultanément, dans deux ordres d'idées} différents, les travaux de Vulpian sur la lésion histologique, et les études de Nepveu sur le parasiticisme de l’érysipèle, l'anatomie pathologique de cette affection reposait plutôt sur des déductions tirées de ses caractères cliniques et de ses complications possibles, que sur l'examen direct des parties lésées. Ainsi que l’inscrit M. Després, en tête de son chapitre Anatomie pathologique de son Traité de l'Érysipèle, « les lésions qui sont le propre de l’érysipèle disparaissent sur le cadavre ». Macroscopiquement, en effet, il en est souvent ainsi, et cette absence apparente de lésions avait exercé l'imagination féconde des médecins des siècles passés. Toute la première partie du traité de M. Després est une étude pleine d’érudition des différentes théories qui pertagèrent l'opinion pendant toute cette période de spéculation pure, sur laquelle nous insisterons peu.
La doctrine hippocratique enseignait que l’érysipèle était dû au mélange de la bile avec le sang, et longtemps, sur la foi de Gallien, Avicenne, Guy de Chauliac, etc., Les esprits. médicaux se déclarèrent satisfaits par cette explication. Lange (1520) ajouta à cette conception une idée de trouble mécanique, en prétendant que les pores de la peau retenaient le sang en mouvement, Ambroise Paré, Fabrice d'Aquapendente, esprits plutôt pratiques que théoriques, acceptèrent, sans les discuter, les idées de leur époque, tout en les accompagnant de commentaires cliniques, dus à l’acuité de leur observation.
Mais, si cette insaisissable lésion de l’érysipèle ouvrait large le champ des hypothèses humoristes, combien plus devait-elle inspirer les esprits plus mystiques qui leur succédèrent et voulurent voir dans les maladies les manifestations d’une force immatérielle, gènée par une modification chimique du milieu qui la contient. Aussi, Paracelse et Van Helmont englobèrent-ils l’érysipèle parmi les ré-
Lux
voltes de la mumie ou de l'archée. Leur gloire fut néanmoins de courte durée, et les doctrines hippocratiques reparurent à nouveau, viviliées. Le mélange de bile et de sang reprit sa place dans la pathogénie de l’érysipèle, qui devint la fièvre érysipélateuse de Sydenham, Bocrhave, Van Svieten.
Hoffmann (1729), entrant dans beaucoup de détails intéressants au point de vue clinique, lui assigne la même origine bilieuse, tout en développant à nouveau la notion mécanique du spasme vasculaire.
Peu d'années après, naissait avec Morgagni (1744) l'anatomie pathologique positive. Néanmoins, l’érysipèle eut longtemps à attendre sa définition anatomique, ce qui ne contribua pas peu à développer la confusion entre les différentes lésions cutanées, qui furent décrites sous ce nom par Platner, Sauvages, Lorry, Arnold, Vogt, et plus tard Pinel. Des essais plus ou moins heureux de localisation furent faits, d'abord par Borsieri, qui enseigna que toute l’épaisseur de la peau est intéressée par le processus, y compris les vaisseaux rouges et les vaisseaux blancs. Callisen, au contraire, voulait y voir une inflammation du réseau de Malpighi, etc.
Il faut en venir à une période presque moderne pour retrouver, grâce à l’organicisme, des documents sérieux sur l’histoire anatomique de l'érysipèle. Et encore, trouvons-nous toujours l’idée théorique primer la constatation simple des faits et diviser en deux camps les auteurs ayant écrit à ce sujet. Les uns, avec Flandrin, Ribes, Cruveilhier, Béraud, Bouillaud, se basant sur la coexistence de la phlébite, font de l’érysipèle une inflammation du réseau capillaire veineux. Les autres, avec Blandin, Velpeau, n’y voulaient voir, au contraire, qu'une inflammation des vaisseaux lymphatiques capillaires, opinion à laquelle se rallie M. Després, et qu’il développe avec beaucoup de science et d’aperçus séduisants. Enfin, entre les deux opinions extrêmes, se plaçait Copland, qui reconnaissait
que l’angioleucite ou la phlébite pouvaient compliquer l'érysipèle, el Samson, qui décrivait un érysipèle Iymphatique et un érysipèle veineux. Ces essais de systématisation avaient entraîné les auteurs hors du cadre de l’observation directe, dans laquelle s’était renfermé Gendrin. L’anatomie pathologique macroscopique de l’érysipèle est en effet traitée par ce dernier auteur, d’une manière qui donne encore maintenant la sensation de la chose décrite d’après nature. Il y ajoute même d'intéressantes et ingénieuses recherches sur la putréfaction comparée de la peau saine et de la peau érysipélateuse. En somme, pour lui, l’érysipèle est une inflammation cutanée, intéressant la couche réticulaire, le corps papillaire, mais s'étendant au derme et même au tissu cellulaire sous-cutané. C’est cette lésion que caractérisa si bien Piorry, en donnant à l’érysipèle le nom de septico-dermite, qui est presque une définition anatomique et pathogénique de la maladie qui nous occupe.
Les recherches de Renaut devaient légitimer la seconde partie du mot, et celles de Fehleïsen, la première.
Nous n'insisterons pas davantage sur cette période. La connaissance de l’érysipèle était allée aussi loin qu'elle le
pouvait, étant donnés les moyens d'investigation alors:
primitifs de l'anatomie pathologique. C’est avec leur perfectionnement que des données nouvelles apparurent, les unes portant sur la lésion, les autres sur le parasitisme. C'est à ce moment-là seulement que la pathogénie de l’érysipèle est entrée dans une phase objective, et que, peu
à peu, une notion exacte put en être dégagée, reposant sur
des faits d'observation directe et d’expérimentation. Pendant toute cette période, les travaux intéressant l'anatomie pathologique de l’érysipèle sont nombreux. Mais, nous ne citerons ici que ceux qui ont marqué un pas en avant, renvoyant à la bibliographie l'énumération com-
plète des autres, dont la critique serait trop longue et peu:
utile.
On peut dire que c’est à Vulpian que revient l'honneur