‹ Considérations pathogéniques et Traitement chirurgical de l'ÉléphantiasisChapitre 15 sur 89 · ÉLÉPHANTIASIS TROPICAL DU SCROTUM ET DE LA VERGE · texte numérisé non relu

ÉLÉPHANTIASIS TROPICAL DU SCROTUM ET DE LA VERGE

A) ÉLÉPHANTIASIS DU SCROTUM. — Cette localisation, par sa fréquence, vient immédiatement après celle du membre inférieur dans l’ordre décroissant.

Sur cent cas de localisation génitale chez l’homme, il y a soixante cas de localisations scrotales.

a) Etude anatomo-clinique. — Le début est souvent brusque, à la suite d’un accès éléphantiasisque, ou lent évoluant d’une manière chronique.

Dans certains cas, il est précédé par un lympho-scrotum. Quel que soit le mode de début, la peau s’épaissit, le scrotum augmente de volume et devient piriforme. À la palpation, le testicule est de plus en plus difficile à percevoir. Les lésions débutent en général à la base des bourses.

La forme générale de la tumeur est celle d’un cône tronqué à base inférieure.

La tumeur du scrotum atteint des dimensions considérables, descendant jusqu’au sol dans les cas extrêmes, empêchant ou gênant la marche dans tous les cas.

. Elle revêt diverses formes :

Arrondies, ovalaires, piriformes, souvent aplaties dans ses partres en contact avec la face interne des cuisses, avec le sol (le malade devenu infirme restant constamment assis dans la même position) cette tumeur est toujours symétrique par rapport au raphé médian.

Le méat urinaire ou « vulve » se trouve sur la ligne médiane, à une distance variable du pubis, selon le tiraillement exercé par la tumeur. La tumeur, par son poids, entraîne le revêtement cutané de la verge lorsque celle-ci est indemne ; le fourreau, sous l'effet de la traction se retourne, formant ainsi un conduit par où s'écoule l'urine, la verge est toujours enfouie dans la partie supérieure de la tumeur où la palpation permet quelquefois de la situer. GOUzIEN compare là disposition du gland au fond de l’ancien fourreau à celle que présente le col de l'utérus au fond du vagin.

Cette disposition singulière du fourreau retourné à l’intérieur de la tumeur est remarquable, car la peau à conservé toute sa souplesse et, cette particularité a été utilisée à des fins thérapeutiques (lambeau autoplastique).

Dans les cas moyens au point de vue de l’ancienneté des lésions et de leur étendue, Pépiderme semble intact, uni

comme celui d’une hernie inguinoscrotale volumineuse. La peau ne peut tout de même pas être plissée parce que très adhérente au plan profond.

Dans les cas plus anciens ou plus étendus, la peau revêt sur toute la base de la tumeur un aspect papillomateux verruqueux caractéristique.

C'est à ce niveau que se trouvent souvent de vastes ulcérations. Le raphé médian est toujours nettement visible, formant un relief accusé. À la coupe médiane, suivant le raphé d'avant en arrière, on trouve un plan de clivage très net de chaque côté du septum médian, formé par les fibres profondes du dartos, toujours hypertrophiées.

On divise la tumeur en deux parties symétriques.

Chaque surface de section présente deux zones distinctes, l'une périphérique dure et blanchâtre, véritable lumeur ; l'autre, centrale, molle et bleutée, contenant le test'cule et le cordon. Il n'existe pas de plan de clivage enire ces deux zones. Le testicule se trouve dans la masse centrale mucoïde, gélatineuse. Sa position est variable selon la profondeur de Ja poche centrale au fond de laquelle il est fixé par le gubernaculum testis. Ce dernier semble normal ; sa seclion libère le testicule. Il apparaît donc que la couche fibreuse superficielle qui double en dedans le tissu cellulaire sous-cutané et sur laquelle vient se fixer le ligament suspenseur du testicule limite intérieurement la véritable tumeur éléphantiasique qui proviendrait uniquement de l’altération du tissu cellulaire souscutané. Entre la fibreuse externe et la fibreuse interne, directement en contact avec la vaginale et le testicule, se développerait cette masse gélatineuse dans laquelle sont plongés le testicule et le cordon, et qui semble plus provenir d’une réaction de défense de couches fibreuses que d’une altération propre de ces deux tissus. Dans les cas récents et de moyen volume, la distinction et la séparation des deux zones — centrale et périphérique — de la tumeur est difficile.

Le testicule paraît adhérent à la fibreuse externe, sa

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recherche et son isolement sont plus délicats, faits qui viendraient à l'appui de réaction de défense, prêtée à la masse centrale qui, dans ce cas, n'aurait pas le temps de se constituer.

Les testicules et les cordons spermatiques sont nor- .maux dans l’ensemble (ceci est en liaison avec la conservation des désirs génésiques) cependant il existe parfois de volumineuses hydrocèles et un épaississement des tuniques vaginales.

Les cordons spermatiques sont constamment allongés, parfois épaissis, mais pratiquement, ils sont indemnes. On voit que là encore la lésion éléphantiasique est superficielle comme dans léléphantiasis des membres.

Pour la majorité des auteurs, les artères qui nourrissent ces énormes tûmeurs sont de dimensions considérables.

Les veines sont très volumineuses et « comme il peut s y faire une régurgitation de sang provenant du tronc, elles sont très aptes à saigner abondamment » (Manson).

AssALr a compté dans certains cas « jusqu'à douze lisatures sur des veines d’un volume d’un crayon. » Cependant, certains auteurs n’ont pas été frappés par l’importance particulière de cette vascularisation.

P. DEcou, qui a opéré 241 éléphantiasis du scrotum dit que « les vaisseaux sont périphériques et directement sous la peau; la masse tumorale étant avasculaire. Ges vaisseaux sont de petit calibre ; on ne retrouve pas, en effet, les énormes veines dilatées qui sillonnent la peau distendue dans les volumineuses hernies inguino scrotales. Les artères ont perdu leur élasticité. Elles ne:la retrouvent qu'à la partie supérieure de Ia tumeur, en tissus sains. Nous n'avons pas été frappés à cet endroit du développement exagéré de ces vaisseaux dont l’hémostase a toujours été facile. k

« Il s'ensuit que la circulation sanguine de la tumeur nous paraît très insuffisante, les altérations des vaisseaux n'étant pas douteuses. Par contre, un liquide d'œdème très abondant s'écoule à l'incision. Il baigne toute la tumeur. Il existe donc à coup sûr des troubles circulatoires intenses aussi bien sanguins — altération de la paroi des vaisseaux — que lymphatiques : atteinte constante des ganglions de l’aine. »

B) ÉLÉPHANTIASIS DE LA VERGE. — La localisation isolée à la verge est rare : 5 % des localisations génitales chez l’homme. Elle est surtout rencontrée chez les enfants et les hommes jeunes ; il est très probable qu'abandonnée à

elle-même cette lésion évolue vers l'extension au scrotum.

Dans le plus grand nombre des cas, cet éléphantiasis de la verge est associé à un éléphantiasis du scrotum (45 % des éléphantiasis génitaux de l’homme).

La forme et le volume de la tumeur pénienne sont des plus variables. Dans les hypertrophies moyennes, le pénis est souvent enroulé sur lui-même en forme de corne de bêlier ; dans d’autres cas, il est énorme, et acquiert la longueur d’un pénis de mulet qu'il dépasse souvent en grosseur ; parfois, il a la forme d’un battant de cloche, bosselé ; le gland n'est pas visible. L’urine s'écoule par un conduit non plus formé par le revêtement cutané de la verge, retourné en doigt de gant, mais bien par les parois de la tumeur. Quelquefois la tumeur formée par les lésions de la verge est minime, n'intéressant que le prépuce.

Dans ces cas, disposée en collerettes, la tumeur de la verge retient le gland à l'extérieur, et empêche la verge de disparaître à l’intérieur de la masse éléphantiasique. L'hypertrophie pénienne ne porte que sur la peau. [ci comme dans toutes les manifestations éléphantiasiques la localisation est superficielle ; jamais, en particulier, ni les corps caverneux, ni le gland, ne sont atteints ; cependant la localisation pénienne est assez fâcheuse, car la masse éléphantiasique très dure est très adhérente au corps caverneux el à l’urèthre. La recherche de ce dernier, véritable dissec-

tion, est délicate, car on risque de voir s'établir des fistules uréthrales post-opératoires. La réfection de l’enveloppe cutanée de la verge est également moins commode.

E lephantiasis du Scrolum avec verge enfouie

Pedicule

RS Re Mere =

' ui ; ‘ ‘

pe Cordon

Face

.. Testicule.

À :- Conduit Porme par le revêtement cutane de la verge retournee.

OriPice par où s'ecoule l'urine

D'apres le D P. Delom.

C) ÉLÉPHANTIASIS DU SCROTUM ET HERNIE. — Une hernie inguinale peut très bien coexister avec une tumeur du scrotum. Les hernies sont très fréquentes chez les noirs, où l’éléphantiasis du scrotum est volontiers rencontré. La

coexistence d’une hernie inguinale et d’un éléphantiasis du scrotum se voit dans 3 % environ des cas d'éléphantiasis génitaux (de l’homme.

Dans l’ensemble, le diagnostic est facile à porter, eependant, dans certains cas, il peut être hésitant.

Coupe frontale d'un Elephantiasis où Scratum

CE een a 2 Paie: abdominale 22e --------c-e Cordon

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©: NET EE (rer hre

“ RENE CENTER ER Septum moeoliqn

CR Testicule et vaginale

RAA QE Zone centrale de Fissu mucoïide .

QE ANS PU ES LP OR S E SE -Mase tumorale.

D’après le D' P. DErom.

| Or, la coexistence de ces affections est capitale à con- : naître. En effet, la cure de l’éléphantiasis n’est pas une «opération toujours rigoureusement aseptique ; le canal d'écoulement d'urine qui fait suite au gland est souvent recouvert d’un enduit puriforme. L'ouverture du péritoine au cours de la cure herniaire peut entraîner une péritonite mortelle.

On évite cela en faisant dans une première interven-

Tumeur de la verge en battant de cloche ; l'urine s'écoule par un conduit sinueux formé par la tumeur. L'’orifice de sortie n’est plus médian.

Probit she

Atteinte légère de la peau de la verge qui formant bourrelet, maintient le gland à l'extérieur et empêche la verge de disparaître à l’intérieur de la tumeur.

D'après le D' P. Deco.

Hon la cure radicale de la hernie et puis en traitant l’éléphantiasis dans une opération ultérieure. En cas de diagnostic douteux, on doit pratiquer une incision inguinale exploratrice.

D) HYDROCÈLES ET ÉLÉPHANTIASIS DU SCROTUM. — Les Bydrocèles se voient dans 5 % environ des cas d’éléphantasis du scrotum. Elles sont soit unilatérales, soit bijatérales. Le diagnostic n’est pas posé cliniquement, c'est uniquement à l'intervention qu'on constate la lésion. Cela n’a du reste aucune importance ; on est simplement amené à pratiquer, en plus de la cure de léléphantiasis, le retournement ou le résection de la vagipale.

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