‹ Considérations pathogéniques et Traitement chirurgical de l'ÉléphantiasisChapitre 26 sur 89 · PA TERMES · texte numérisé non relu

PA TERMES

OBSERVATION IV. Lerr. — Trophoœædème avec ébauche de spina bifida et adénopathie lombo-aorlique (Obstacle ganglionnaire). Soc. Méd. des Hüûp., 28 déc, 1923,

RÉSUMÉ. — Femme de 48 ans. Depuis l’âge de 35 ans son pied et sa jambe gauche enflent progressivement. Jamais d’inflammaüon de la peau. Mariée en 1914, a eu un enfant en 1917. Croit que c'est pendant sa grossesse que l’œdème a envahi la cuisse.

A l’examen le membre inférieur gauche est considérablement augmenté de volume, puisque, par comparaison avec le côté droit, la circonférence atteint 12 em. de plus au niveau du mollet, jusqu’à 20 em..un peu au-dessus de la rotule, 15 cm. au milieu de la cuisse et encore Q em. à son extrémité toute supérieure. La fesse gauche participe très légèrement à l’hypertrophie. La peau du membre malade est un peu plus cyanotique que celle du membre opposé, les pores en sont un peu plus marqués, mais elle n’est qu'à peine épaissie et nullement enflammée. L’œdème est dur, résistant, le doigt ne détermine que difficilement un léger godet. L'aspect n’a donc rien du membre éléphantiasique {opinion de l’auteur) et c’est ce qu'ont bien voulu nous confirmer les dermatologistes les plus compétents comme DaRiER et QUEYRAT ; d’ailleurs le pied est à l’heure actuelle remarquablement indemne, et c’est au-dessus de la cheville que la jambe se dilate brusquement en bourrelet circulaire à la façon d’une culotte de zouave. L'intégrité du pied est tout à fait opposée à ce qu'on sait de l’éléphantiasis (Ceci est l’opinion de Lerr. On sait qu'elle est en opposition formelle avec l'avis de nombreux auteurs coloniaux en particulier Romrrr qui a publié des documents anatomopathologiques remarquables sur la question). Elle est parfois dans le cadre du trophœdème. L'examen de la radiographie du sacrum montre une légère anomalie du premier segment sacré ; les deux moitiés de l’arc postérieur, incomplètement soudées au reste de la paroi postérieure du canal sacré, ne sont pas tout à fait sur le même plan. Elles viennent cependant au contact l’une de l’autre mais semblent s’imbriquer plutôt peut-être que se souder. Il y a là en somme une légère anomalie, une ébauche de spina bifida, et on pourrait croire que le trophædème est en rapport avec cette malformation. Il n’en est rien ; deux constatations au moins nous permettent de rapporter le trophædème à une toute autre cause. Tout d’abord, depuis un an et demi environ, le membre supérieur gauche a été atteint à son tour, de sorte que l’ædème a pris une distribution hémipléoique qui, pour le dire en passant, n’est pas non plus dans le cadre habituel de l’éléphantiasis (opinion purement personnelle de l’auteur) mais a été observé dans un certain nombre de cas de trophædème. Aux membres supérieurs, l’œdème qui a débuté à la main et à l’avant-bras, remonte maintenant jusqu’à la partie supérieure du

bras. La différence de circonférence entre les deux membres supérieurs est de 2 cm. 1/2 à la main, de 8 cm. au milieu de l'avant-bras, de 6 cm° au milieu du bras et de 2 cm. au niveau de l’aisselle. Le cou et la nuque ont d’ailleurs été enflés aussi, mais passagèrement. L'œdème a le même caractère aux membres supérieurs qu'aux membres inférieurs : Il est dur, tendu, le doigt n’y détermine que difficilement un godet, et la peau est lisse, nullement enflammée ni ulcérée. En outre, la radiographie montre autre chose, et c’est ce qui nous permet de faire le diagnostic causal. On voit en effet sur les épreuves une quantité de taches noirâtres, irrégulières, qui sont disposées systématiquement au niveau de toutes les masses ganglionnaires du tronc et qui représentent certainement d'innombrables ganglions calcifiés. Ces ganglions calciques se retrouvent au niveau des aines, dans le petit bassin, le long des vaisseaux iliaques et le long de la colonne vertébrale. Ce sont les groupes ganglionnaires inguinaux, hypogastriques, iliaques externes, et lombo-aortique, Plus haut, on retrouve des traînées analogues qui n'étaient pas pour nous surprendre dans une lésion aussi ancienne.

Mais nous avons constaté que les ganglions étaient entièrement modifiés : les follicules étaient transformés en masses amorphes, bleutées à l’hématoxyline par le reliquat de sels calcaires, mais entièrement dépourvues de noyaux et entièrement incrustées d’innombrables concrétions calcaires, vidées de leur contenu par la décalcification.,

Ces follicules rétrécis étaient enserrés de tissus fibreux, denses, considérablement hyperplasiés et en partie infiltrés aussi de sels calcaires. C'était l’image qu’on est accoutumé à voir parfois sur de vieux ganglions tuberculeux crétifiés. Les antécédents de la malade étaient d’ailleurs tout à fait en faveur de la tuberculose. Son père mourut 1 jours après sa naissance « d’un chaud et froid » avec de « grandes fièvres ». Sa mère était atteinte lors de sa naissance d’une bronchite chronique en pleine évolution, mais à laquelle elle résista plus de 30 ans. La malade elle-même fut dès son enfance fort délicate, difficile à élever, et lors de son adolescence, très anémique et souvent fébrile. /

À 16 ans et à 17 ans, elle eut dans chaque aisselle des paquets ganglionnaires qui s’abcédèrent et qu'il fallut enlever. Il paraît donc peu contestable que la malade fût atteinte par la bacillose et tout spécialement dans son système ganglionnaire, au niveau des bronches et de la trachée dans la région sus et sous-claviculaire et des deux côtés du cou. On peut dire que presque tous les ganglions de l’économie sont calcifiés. Sous le doigt on n’en sent pourtant rouler que deux ou trois au niveau de l’aine et au niveau du cou ; on ne se douterait pas de l'importance énorme des lésions ganglionnaires que la radiographie nous révèle.

Page 1