ARGUMENTS CLINIQUES EN FAVEUR DE LA THÉORIE MICROBIENNE
1° [l'est certain que nombre d’éléphantiasis, qu'ils soient tropicaux ou nostras, débutent par des manifestations inflammatoires indiscutables réalisant ce qu’il est classique d'appeler l'accès éléphantiasique. Nous avons vu au chapitre de l'étude clinique des éléphantiasis des membres inférieurs la variété de ces manifestations inflammatoires poussées de Iymphangite à répétition, dermites érysipélateuses, adénites aiguës, etc.
2° La contagiosité de certains éléphantiasis a pu être prouvée. Nous résumons ici les observations de D'UBRUEL.
On verra qu'elles sont impressionnantes.
« En novembre 1906, j'opérai à Papeete trois malades : l'un de hernie inguinale le 30 octobre, l’autre de varicocèle le 4 novembre, le troisième d’éléphantiasis du scrotum le 7 novembre.
IIS se trouvaient réunis dans la même salle.
Les deux premiers n'avaient jamais eu aucun symptôme se rattachant à l’éléphantiasis. Le troisième avait outre sa localisation scrotale, de l’'infiltration pachydermi-
que légère des membres inférieurs et des poussées lym-
phatiques fréquentes. Peu de jours après l'intervention, ce malade fait une poussée de lymphangite tronculaire du membre inférieur au cours de laquelle un infirmier indigène crut faire preuve de zèle en procédant lui-même au pansement de ces trois malades. Il est hors de doute que quelque grosse faute de technique fut commise, car moins d’une semaine après ces pansements simultanés, les deux premiers malades firent à 24 heures d'intervalle une violente poussée fébrile, atteignant deux soirs de suite 40°. Peu de jours après, je m'aperçus que leur scrotum commençait à s’infiltrer et au bout de quelques jours, il fallut bien reconnaître qu’il s'agissait d'un début de pachydermie.
Après un mois environ le scrotum du malade atteint de hernie égalait le volume d’une tête de fœtus à terme. Celui de l’autre était au moins double. Les deux tumeurs furent opérées avec succès les 17 et 23 janvier 1907.
Elles renfermaient le tissu éléphantiasique caractéristique. À partir de cette époque j'isolais mes opérés, les faits de contagion cessèrent. »
3° Les croyances populaires à la contagiosité.
Les Tahitiens ont la ferme croyance en la contagion
possible et même provoquée de l'éléphantiasis. Les femmes évitent les relations sexuelles avec les hommes at-
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teints de pachydermie quels que soient le siège et la bénignité de l'affection, qu’elles redoutent de se voir communiquer, alors qu’elles s’exposent facilement à la contagion vénérienne. (DUBRUEL).
Tels sont les faits cliniques.
Ils ont leur valeur. Les preuves bactériologiques sont plus convaincantes.
ARGUMENTS BACTÉRIOLOGIQUES
Il n’est pas dans notre intention de rapporter ri {ous les travaux qui ont été faits pour prouver l'origine microbienne de léléphantiasis.
Ils sont légion. Nous citerons cependant les travaux les plus importants.
SABOURAUD, dans un travail sur l’éléphantiasis nostras, avait déjà montré que pendant la durée de l'acccès éléphantiasique, on trouve le streptocoque dans la sérosité sanouinolente de la région malade et il en avait conclu que l’éléphantiasis nostras n’était autre chose qu'un érysipèle à répétition.
Le DENTEC, de 1906 à 1907, a observé à Bordeaux des cas d’éléphantiasis nostras et des cas d'éléphantiasis exotique. |
Voici quelles sont ses conclusions
* Les accès dans l’éléphantiasis doivent être divisés en deux catégories : 4) l'accès complet qui comprend un accès général (fièvre élevée) et un accès régional (Ivmphangite) ; b) l'accès fruste ou atténué dans lequel on n'observe que des phénomènes locaux d’œdème avec ur peu de rougeur, mais sans phénomène fébrile marqué, l'accès atténué n’est en somme qu'un simple accès régional. Il est généralement provoqué par une fatigue physique ou une irritation locale quelconque.
PS
2° Dans les accès frustes ou régionaux on trouve un coccus essentiellement polymorphe que nous avons appelé dermocoque, parce qu'il habite le derme, et que Du- FOUGERÉ, dans un travail postérieur, a nommé lymphocoque, parce qu'il habite la Iymphe.
3° Dans les accès complets (généraux et régionaux), on rencontre dans la Iymphe un streptocoque et le dermoiymphocoque.
4° La lymphe de la région éléphantiasique extraite au moyen d'un vésicatoire contient généralement des dermo- Jymphocoques, même en dehors des accès.
5° Caractères du dermo-lymphocoque. C'est un microbe essentiellement pléiomorphe. qui, au moment d’un accès éléphantiasique franc, vit en symbiose avec le streptocoque. Il apparaît alors comme un diplogène ou un tétragène.
Inoculé seul en injection sous-cutanée, il n’est pas pathogène pour la souris grise, mais associé au streptocoque, il provoque rapidement la mort de l'animal et on retrouve dans le sang les deux microbes vivant côte à côte. Inoculé seul sous la peau de l'oreille d’un lapin, il détermine une légère rousseur avec collection purulente, mais pas d’érysipèle. Inoculé avec le streptocoque dans l'oreille du même animal, il provoque une plaque érysipélateuse, caractéristique, et si on a soin de provoquer un
accès identique de temps en temps, on arrive à reproduire un éléphantiasis de l'oreille. Pour LE DEnrec, l'éléphantiasis semblerait être une dermococcie chronique. L'accès simple régional serait dû à une pullulation moimentanée du dermo-lymphocoque. L'accès complet à la fois général et régional serait causé par la symbiose du streptocoque et du dermo-lymphocoque. Le streptocoque n'existant même pas en temps ordinaire dans la Iymphe de la région malade doit y être apporté par la circulation générale. Arrivé dans le foyer microbien latent, il se déve-
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loppe en symbiose avec le dermo-lymphocoque et provoque l'accès franc complet.
Durouceré, à La Martinique, a rencontré dans la Iymphangite endémique un microcoque qu'il appelle Ivmphocoque et qui pour Le DENTEC serait identique à son dermocoque.
Pour Durouceré, la lÿmphangite endémique et l’éléphantiasis seraient deux affections différentes
La lymphangite se réduit au Iymphocoque seul ; léléphantiasis serait le résultat d’une infestation primaire par une filaire quelconque et une infection secondaire par le Iymphocoque.
CASTELLANI, en 1908, a étudié à Ceylan une funiculite endémique qui est considérée dans le pays comme une forme d’éléphantiasis. Il a rencontre dans le pus de cette funiculite un microbe dont l'aspect ressemble au dermolymphocoque de LE Denrec et DüuroucEeré.
Noc et STEVENEL, en 1913, ont étudié à La Martinique, les rapports de la filariose, de la Iymphangite endémique et de l’éléphaniasis et ils Sont arrivés aux conclusions suivantes
a) Dans aucun des cas étudiés il n’a été observé de microfilaires dans le sang des malades prélevé Ia nuit.
b) Le dermocoque observé par Le Dentec dans le sang des lésions Iymphatiques et retrouvé par Durouceré a été obtenu en culture pure par le D° STEVENEL en partant du sang prélevé aseptiquement à la veine du pli du coude.
c) Le D STEVENEL à également obtenu la culture de ce dermocoque après ponction d’un ganglion hypertrophié chez un malade.
d) Une réaction Borper-GEncou avec une culture en bouillon comme antigène et le sérum en crise de Ivmphangite comme anticorps a été constamment positive. ReuzinGer dit que les ensemencements de la sérosité sanguinolente qui sourd en plus ou moins grande abondance
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des piqûres du derme éléphantiasique fournissent toujours un diplocoque ou une tétrade prenant le gram, poussant facilement sur tous les milieux nutritifs et dont la description se superpose à celle du dermocoque de Le DENTEc où du lymphocoque de Durouceré. Ce microorganisme n'est agelutiné en rien par le sérum du sang des malades ou par la sérosité des régions éléphantiasiques. Dans les accès fébriles si fréquents au cours et surtout au début de la maladie, il n’est pas rare d'isoler ainsi que l’a montré SaBouRAUD un streptocoque en longues chaînettes.
À côté de ces germes’ différents auteurs (TRIBONDEAU, BRAULT, RENON, MALHERBE), ont mis en évidence le rôle d’autres agents pathogènes : staphylocoques blancs, diplocoques encapsulés, pneumocoques tétragènes.
Rôle du tréponème. — Fournier, en 1870, insistait sur le rôle joué par la syphilis dans l’étiologie de l’éléphantiasis des organes génitaux. C’est une lésion tertiaire qui se présente sous l'aspect d'un syphilome hypertrophique diffus scléreux, déterminant ces déformations parfois monstrueuses de la verge et du scrotum (Fournier, Barzer et Desnayes, EMERY et GLANTENEY). BraAscHKo, en 1906, découvrit le tréponème dans les tissus infiltrés, les vaisseaux sanguins et leurs divisions, enfin au milieu de la Iymphe coagulée dans les espaces et les vaisseaux Ivmphatiques.
Le bacille de Koch. — Il existe neuf cas d’éléphantiasis tuberceuleux dans la littérature (Poisson, Thèse Paris, 1935), dans lesquels l’examen histologique a montré la présence de follicules tuberculeux dans tous les cas ; deux fois on a trouvé des bacilles de Koch sur les coupes ; l'inoculation aux cobayes a été positive.
Le gonocoque. — Ne semble pas en cause encore qu'on ait voulu lui faire jouer un rôle.