POPULATION
Les cercles de M’Pal et Louga sont habités par les Ouoloo du Yoloff, qui occupent le Cayor, le Oualoff, le Djoloo et sont, en outre, disséminés un peu partout dans toute notre colonie du Sénégal. Ce sont les plus beaux, les plus grands et les plus noirs de tous les nègres de la Sénégambie. « Ils sont noirs parmi les noirs », dit Reclus.
pue En effet, leur peau luisante et comme vernie à la couleur de l'ébène, leurs lèvres mêmes sont noires, mais d’une teinte plus mate que la peau du visage. Ils sont de haute stature, bien musclés. Leur caractère est doux, apathique même. Imprévoyants et inconstants au delà de toute expression, d’une paresse incroyable, ils sont avec cela puérilement vains, mais faciles à entraîner et alors très braves, entreprenants même, tant que l’obstacle qu'ils auront à renverser ou l'ennemi qu’ils auront à combattre n’opposera point une résistance nécessitant, pour en triompher, de longs et patients efforts. Susceptbles d'un coup d’audace à un moment donné, ils sont absolument incapables de mener à bonne fin toute entreprise nécessitant de la persévérance et une énergie longtemps soutenue.
Hommes et femmes ont un buste admirable de largeur et de force, mais les membres inférieurs sont relativement grêles, les mollets n’ont qu'une faible saillie, les pieds sont plats et le gros orteil semble détaché des autres doigts. J’ai remarqué cet écartement, non-seulement chez les Ouoloff, mais aussi chez d’autres races, les Toucouleurs par exemple. Les femmes se servent même de ce doigt comme moyen de préhension. Quand elles sont assises, par exemple, et que sans se déranger elles veulent attirer à elles un objet, une babouche, elles allongent la jambe et saisissent la chaussure entre le gros orteil et les autres doigts du pied. D'ailleurs, lorsqu'elles cousent, elles tiennent presque toujours une des extrémités de la pièce d’étoffe entre le gros orteil et les autres doigts. Pour M. Bérenger-Féraud, c’est Jà un signe d’infériorité de race.
Les femmes ont en général l’ensellure très prononcée, ce qui provient peut-être en partie de ce qu’elles portent leurs enfants sur le dos.
Mère dévouée, comme presque toutes les Africaines, la femme Ouoloff du Sénégal porte toujours son nouveau-né. Elle le « botte », selon l'expression consacrée, c’est-à-dire qu'elle le place à cheval sur ses reins, où il est retenu par une longue bande d’étoffe dont les deux chefs viennent se nouer sur le devant de sa poitrine.
La femme est nubile vers douze ans, mais à cet âge elle n'est point encore complètement formée; ce n’est œuère que vers l’âge de quinze ou seize ans qu'elle atteint tout son développement. Chez la néoresse, en général, les seins se déforment rapidement dès la première grossesse; ils deviennent longs et flasques et présentent cette forme en besace que quelques auteurs signalent comme particulière à la race nègre. Cette rapide déformation me semble provenir de deux causes : d'abord de ce que les enfants tètent pendant très long: temps, et, en second lieu, de l'habitude qu'ont les femmes Ouoloff, et que nous avons déjà signalée, d’attacher sur le devant de leur poitrine, et sur les seins mêmes, les extrémités de la pièce d’étoffe qui soutient le nourrisson à cheval sur le dos de la mère.
Les Ouoloff ont en général les dents très blanches et très belles ; cela provient de l'habitude qu'ils ont tous de les frotter presque continuellement avec un morceau de bois de la grosseur d’un crayon ordinaire qu’ils nomment « sotiou ». Ils mâchent lPextrémité de ces tiges, et, par ce moyen, arrivent rapidement à la transformer en une sorte de pinceau assez rude avec lequel ils enlèvent des dents tous les résidus de la mastication.
Leurs cheveux sont crêpus, laineux et très rudes, mais il est rare de voir un Ouoloff laissant croître sa chevelure; le plus souvent, ils ont la tête complètement rasée. Les enfants ont écalement la tête rasée, mais sur eux la fantaisie du coiffeur se donne libre carrière : au lieu de les raser d’une façon uniforme, ils dessinent sur leur tête des dessins plus ou moins bizarres ; c’est ainsi qu'ils ne rasent quelquefois que la moitié de la tête; d’autres fois ils laisseront, soit sur le sommet, soit sur lune des tempes ou même sur les deux, des îlots de cheveux. La petite fille aussi a la tête rasée, sauf quelques petites mèches plantées sur le front ou au-dessus des oreilles, servant à attacher des ornements consistant soit en un morceau de corail, soit en une pièce de cinquante centimes en argent percée d’un trou. Lors- ‘qu’elle devient grande, vers douze ou treize ans, la jeune fille laisse pousser ses cheveux, mais ils ne deviennent jamais bien longs. Ils
PAGE sont divisés en une foule de petites mèches amplement graissées de beurre rance et tombant sur le cou. J'ai été témoin du travail qu’exigeait cette coiffure, dont la confection nécessite une demi-journée. La patiente, si je puis m’exprimer ainsi, est couchée à plat ventre sur le sable et doit rester dans cette position pendant cinq et six heures. La négresse qui fait l'office de coiffeuse, après avoir graissé la tête de sa cliente avec du beurre ou de l'huile de palme, saisit une mèche de cheveux et commence à l’enrouler autour d’une légère tige de bois de la longueur de vingt à vingt-cinq centimètres et de la grosseur d’une aiguille à tricoter. Tenant alors d’une main (de la main gauche), à la fois la mèche et l'extrémité inférieure de la petite baguette sur laquelle elle a commencé à l’enrouler, de l’autre main, qui tient l’extrémité supérieure, elle lui imprime un rapide mouvement de rotation de façon à enrouler complètement autour d'elle la mèche de cheveux. Elle recommence ainsi pour une nouvelle mèche et avec une nouvelle baguette, jusqu’à ce que tous les cheveux aient été enroulés. Les petits bâtonnets doivent rester en place plusieurs jours, ce n’est qu'au bout de quatre ou cinq jours qu’ils sont enlevés; pendant tout ce temps, la nouvelle coiffée est obligée de dormir dans la position qu’elle avait durant l'opération, c'est-à-dire sur le ventre. Il est vrai que ce genre de coiffure à un avantage immense, c’est sa durée qui est de plusieurs mois.
Le vêtement du Ouoloff est le « boubou », aussi bien pour la femme que pour l’homme; mais tandis que l’homme porte sous son boubou une sorte de petite culotte maintenue à la taille par une coulisse et descendant jusqu'au genou, la femme porte un « pagne ». Le boubou n’est autre chose qu'une chemise à la fois très ample et très longue, sans col et sans manches, présentant une ouverture pour passer la tête et deux autres pour passer les bras. Il est en général bleu ou blanc. Le pagne que la femme porte au-dessous du boubou se compose d’une large bande d’étoffe, le plus souvent tissée dans le pays, de forme rectangulaire, qui enveloppe la partie inférieure du corps depuis la ceinture jusqu'aux chevilles. Les enfants, aussi bien filles
Ad once que garçons, jusqu’à l’âge de sept à huit ans, vont ordinairement tout nus ; une simple ficelle, nouée autour des reins et à laquelle est attachée quelques « grisgris », compose tout leur vêtement.
La chaussure est une sorte de sandale composée d’une simple semelle, le plus souvent en cuir, quelquefois en bois, tenant au pied à laide de lanières en cuir venant se fixer au bas de la jambe.
La femme Ouoloff, comme la plupart des négresses d’ailleurs, aime la parure. Elle porte aux chevilles d'énormes bracelets, ordinairement en argent, quelquefois en cuivre seulement, de la grosseur du doigt. Leurs oreilles sont surchargées de pendants de formes et de métal différents ; le plus souvent ce sont de gros anneaux en or, en argent ou en cuivre, placés les uns au-dessus des autres. Elles ne se contentent point en effet de percer dun trou unique leurs oreilles : j'ai compté jusqu’à six trous ainsi disposés les uns au-dessus des autres, le premier au niveau du lobule, les autres dans la gouttière de l’hélis. Au cou, elles portent des colliers en verroterie, quelquefois en or. Aux doigts, elles ont des bagues, aux formes et aux dimensions vraiment
extravagantes.
Dans les deux sexes, la poitrine, la ceinture, les bras sont couverts de chapelets de « grisgris. »
Les « grisgris » consistent en de petits carrés de papiers sur lesquels sont écrits des versets du Coran, et qui sont ensuite cousus dans de petits sachets de cuir ou d’étofte; quelquefois ce sont de simples morceaux de bois ou d'os. Le Ouoloff, comme la plupart des noirs, est fort superstitieux, il a une foi inébranlable en ses grisgris, il a le grisgris qui doit le préserver des balles ennemies, le grisgris qui l'empêchera d’être mordu par les serpents, d'être dévoré par les caimans, le grisgris qui le préservera de la variole, etc.
Presque tous les Ouoloff sont musulmans, ils jeunent strictement
. pendant tout le mois de Ramadan ; du lever au coucher du soleil, ils ne boivent ni ne mangent et s’abstiennent de rapports sexuels.
Chaque village d’une certaine importance possède un « marabout » ou prêtre, qui est en même temps maitre d'école, juge et médecin.
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Son influence est considérable auprès des autres noirs. Comme prêtre, il gagne ordinairement beaucoup d'argent en faisant le commerce des orisgris. Il enseigne le Coran aux petits noirs; chaque soir, ceux-ci se réunissent au devant d’une case, psalmodiant d'une voix monotone des versets du Coran écrits sur une planchette. Le marabout rend la justice, mais ses jugements sont ordinairement d’une partialité révoltante : c’est le plus souvent celui qui a eu soin de lui faire le plus de cadeaux qui a gain de cause; malgré cela, ses décisions sont toujours bien exécutées. La médecine du maraboutconsiste la plupart du temps à faire avaler au malade des morceaux de papier sur lesquels il a écrit quelques mots, ou encore à crachoter sur la partie malade en récitant des prières. Malheureusement pour ceux qui viennent le consulter, il ne s’en tient pas toujours là. Un jeune Bambara, du nom de Mahmadou, employé au service du poste de M’Pal, en qualité de bucheron, vint un jour me consulter pour une légère conjonctivite, affection très commune chez les noirs, surtout pendant la saison sèche, à l'époque du vent d'est. Je lui remis une bouteille d’eau blanche en lui faisant expliquer, par l'interprète, la manière de s’en servir.
Méfiant comme sont tous les noirs vis-à-vis des blancs, il ne voulut point faire usage du remède que je lui avais donné avant d’avoir consulté le marabout. Ce dernier, naturellement, lui défendit expressément d’en user. Deux jours après, pendant que je passais la visite, je vois de nouveau arriver Mahmadou, les yeux dans un état pitoyable, à la suite du traitement prescrit par le marabout, lequel consistait en un cataplasme d’un genre nouveau, comprenant du tabac en feuilles pilé avec du poivre et quelques feuilles de baobab, le tout arrosé d’un peu d’eau chaude et appliqué sur les yeux.
Le fait suivant est raconté par M. Carrade, médecin de la marine : «Je me trouvais un jour, dit-il, à Guédé, capitale du Toro, et résidence du Lam. Dans l'après-midi, au moment où je faisais la sieste, . je fus brusquement tiré de mon repos par des cris aigus. Je me rendis aussitôt à l'endroit d’où partaient ces clameurs, et là je vis une pauvre négresse, très vieille, toute nue, atteinte de la lèpre et soufrant, pa-
Do -— raît-il, d’un violent lombago. Elle subissait une opération pour ce dernier mal etse débattait entre les mains de quelques nègres. Le marabout, après avoir fait sur les reins de la malheureuse plusieurs incisions et avoir placé dans ces plaiès du piment rouge pulvérisé, frottait de toutes ses forces la région malade, tellement que la malheureuse créature se roulait par terre en poussant des cris épouvantables. Au bout d’une dizaine de minutes, la patiente fut assise sur une calebasse renversée, et l'opérateur se mit à cracher dans ses mains et à lui frotter tout le corps en murmurant des paroles où le mot Allah revenait souvent. [opération terminée, la malade se leva et partit très satisfaite et se disant guérie. »
Les Ouoloff logent dans des cases en paillote généralement rondes, de deux mètres cinquante à trois mètres de diamètre. Quelques piquets plantés en rond sur lesquels est appliquée une paillotte, voilà pour les murs. Quant à la toiture, elle consiste en une sorte de chapeau pointu, constitué par une charpente assez grossièrement construite et recouverte de plusieurs couches de paille. Ces cases n’ont guère plus d’un mètre soixante centimètres de hauteur; au centre, elles sont un peu plus élevées en raison de la forme de la toiture. Une seule ouverture fort basse y donne accès.
Le lit est formé de petites branches flexibles, réunies entre elles au moyen de liens en écorce, et monté sur quatre pieds très bas. Quelquefois, il est recouvert d’une natte et entouré d’un moustiquaire. Il est suffisamment large pour que deux personnes puissent y coucher.
Ceux qui sont peu fortunés ne possèdent qu’une case, et non seulement tout le monde, hommes, femmes, enfants, animaux y couchent pêle-mêle, mais encore elle tient lieu de cuisine ; le feu est allumé au centre de la case. Inutile de dire que les cheminées sont inconnues des Ouoloff, la toiture elle-même n’est percée d'aucune ouverture pour la sortie de la fumée. Toutes ces cases sont remplies de coffres en bois, de calebasses, de chiffons, d'espèces de marmites en terre cuite pour la préparation du « couscous », aussi ne Sy remue-t-on qu'avec dif-
ficulté.
ne JR
Les cases d’une même famille sont construites les unes à côté des autres, formant ainsi une sorte de petit village que l’on nomme «Carré », et entourées d’une paillotte. Le village proprement dit comprend un nombre plus ou moins considérable de carrés disposés en rond autour d’une place centrale.
Toutes ces habitations sont en général fort sales et fort mal tenues.
Les Ouoloff se nourrissent presque exclusivement de couscous ; c’est tout simplement de la farine de mil cuite lentement à la vapeur. Sa préparation est confiée à la femme; toute la journée est employée par elle à préparer le repas de la famille. Le mil est d’abord pelé dans un immense mortier en bois de cailcedra de cinquante à soixante centimètres de hauteur à l’aide d’un gros et lourd pilon. Cette opération terminée, elle tamise la farine et la fait cuire. Le laitentre aussi pour une certaine part dans Palimentation dunoir du Cayor; il mange également une espèce de carrick fait avec du riz bouilli, des morceaux de poissons secs à l’odeur repoussante, ou de la viande, le tout assaisonné de petites tomates aigres et d'huile d'Arachides. Comme tous les nègres, il est très friand de sucreries et de Kolas. Les Ouoloff, fidèles observateurs du Coran, ne boivent point d’eau-de-vie et ne touchent point à la chair du porc. Pour manger, ils se servent de la main droite ; la gauche, disent-ils, est réservée pour les vilaines choses.
Les Ouoloff sont polygames. La loi musulmane leur permet d’avoir quatre femmes légitimes ; pourvu qu’ils les nourrissent, elle leur tolère un nombre illimité de concubines ; ces dernières sont choisies parmi les jeunes et jolies esclaves. Le Ouoloff achète sa femme ; le prix, fort variable, est proportionné à la beauté, à la jeunesse, à la naissance de la future. Ainsi, à côté de noirs qui paient leurs femmes jusqu’à mille et quinze cents francs, on en voit qui ne les paient que cinquante francs. La totalité du prix n’est pas exigée le jour même du mariage, il suffit de donner un à-compte. Le divorce est en vigueur ; le mari peut toujours quitter sa femme, à condition d'abandonner le prix d’achat; si c'est au contraire la femme qui demande la séparation, le
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mari doit rentrer en possession de son argent. Il est tenu d'accomplir ses devoirs conjugaux au moins une fois par semaine, et, s’il possède plusieurs femmes, il doit coucher à tour de rôle avec chacune d'elles.
Chaque femme a sa case, le mari en a une également pour lui seul, et c'est là que chaque femme vient passer la nuit. La première épouse a toujours quelque priorité ; c’est elle par exemple qui possède la plus belle case.
La circoncision est en usage chez les Ouoloff, et cette pratique a sa raison d'être, car ils sont presque tous atteints de phimosis congénital. C’est entre douze et quatorze ans que les jeunes garçons sont circoncis. Quelques jours avant la date fixée pour l’opération, ils révêtent leurs plus riches vêtements ; leurs parents et amis se défont momentanément de tous leurs bijoux pour les parer : des boules d’or sont attachées à leur tête, leur cou est orné de colliers d’or ou d’ambre, aux poignets ils portent de magnifiques bracelets. Ainsi parés, et accompagnés de leur famille, ils se promènent sur la place du village et dansent devant chaque case. Lorsque le moment de l'opération est arrivé, ils viennent successivement s'asseoir à califourchon sur un mortier à couscous renversé. Le’marabout s'approche alors, se place en face du patient, saisit son prépuce de la main gauche, l'attire à lui et le maintient appuyé sur le mortier ; de la main droite, qui tient un couteau, il coupe alors d’un seul coup tout ce qui dépasse le gland. Avec ses doigts il ramène ensuite la muqueuse en arrière, crachotte dessus et saupoudre la plaiede sable pour arrêter l'hémorragie. Pendant cette opération, le jeune noir ne doit ni pousser le moindre cri, ni faire la moindre grimace, sous peine de se voir tourné en ridicule et hué par les jeunes filles, et sous peine également de ne trouver plus tard aucune fille qui veuille de lui comme mari. Un petit linge et üne feuille de ricin placée sur la plaie et maintenue par un lien constitue l’unique pansement. Une fois circoncis, le jeune Ouoloff est homme et peut se marier.
Parmi les diverses peuplades du Sénégal, les Ouoloff sont les seuls qui ne pratiquent point l’ablation du clitoris chez les filles. Chez les
Toucouleurs, par exemple, l'opération a lieu peu de temps après la naissance ; elle est laite à l’aide d’un couteau tranchant, et ce sont les matrones qui sont chargées de la pratiquer.
Les Ouoloff possèdent des esclaves, comme tous les indigènes de l'Afrique occidentale, à quelque race qu’ils appartiennent, Maures, Foulahs ou Nègres.
Il existe deux espèces d'esclaves: les uns, les captifs dits «de case», nés dans la maison, font partie de la maison-née du maître et sont considérés comme des membres secondaires de la famille: leur sort matériel ne diffère point de celui de leurs commensaux; les autres, achetés aux caravanes qui traversent le pays, ou aux peuplades voisines, ou dans les villages environnnants, sont chargés des travaux pénibles et ont souvent beaucoup à souffrir.
Dans les environs des postes, cette dernière classe de captifs ne reçoit pas trop de mauvais traitements, leurs maitres craignant qu’ils ne viennent se réfugier auprès des blancs et leur demander leur «papier de liberté », chose qui ne peut leur être refusée.
Le Ouoloff pratique chez lui lhospitalité la plus large: un étranger se trouvant auprès d’une case au moment où l’on va manger le couscous est toujours invité à prendre part au repas; tout noir qui n’agirait pas de la sorte serait mal vu de tous ses concitoyens.
Les Ouoloff aiment beaucoup les fêtes et les danses et ne laissent échapper aucune occasion de « faire tamtam. » Le mot«tamtam » désigne à la fois l'instrument de musique qui sert à exciter à la danse et la fête elle-même, l'assemblée des noirs et des négresses réunis pour danser ou voir danser. L’instrument n’est autre chose qu’une sorte de tambour fabriqué avec un tronc d'arbre creux, d’un mètre de long, ouvert d’un côté seulement et recouvert sur ce côté d’une peau fortement tendue.
L'ordonnateur obligé de tout tamtam est le «griot. » Le griot chante et bat du tambour. Méprisé et méprisable, mais craint et redouté de tous, recherché même dans certaines circonstances et nécessaire à toutes les fêtes, ii forme une caste à part, la plus inférieure de
neo la société. On est griot de père en fils ; la femme du griot, la griotte, ainsi que ses filles, ont surtout la spécialité de la danse.
Les griots passent pour être sorciers, c’est là surtout ce qui fait leur force, et c’est ce qui pousse chacun à rechercher leurs bonnes gràces.
Dans les villages de l’intérieur, les griots ne sont point enterrés comme Îles autres noirs : leurs corps sont placés dans des arbres creux, ordinairement des baobabs, où hyènes et chacals viennent les déchirer. Il y a deux espèces de griots: le griot chanteur, attaché à la personne d’un roi ou d'un grand chef, faisant partie de sa suite, chantant ses louanges, racontant ses hauts faits, l’accompagnant à la guerre et excitant, par ses chants, ses soldats au combat; et le griot, batteur de tamtam, qui va de village en village, porteur de son tambour, et gagnant beaucoup d’argent en faisant danser les négresses. Aussitôt qu'il arrive, tout le monde accourt, les femmes surtout se montrent empressées, un grand cercle se forme, et, tout en tapant sur son instrument, il chante les choses les plus dégoûtantes, exécute les danses les plus obscènes, les sauts les plus périlleux. Le soir venu, la fête devient complète: les négresses, assises en rond sur la place du village, accompagnent le son du tambour en chantant et en tapant des mains.
Tout à coup, l’une d’elles s’élance au milieu du cercle et se met à danser; cette danse consiste tout d’abord en une sorte de trépignement des pieds; peu à peu, excitée par la voix et les applaudissements de ses compagnes, la danseuse, les bras en avant, les vêtements en désordre, fait exécuter à son bassin les mouvements les plus désordonnés et les contorsions les plus obscènes, jusqu'au moment où, faticuée, en nage, elle est obligée de s'arrêter; une seconde négresse lui succède aussitôt, puis une troisième, une quatrième, etc.; la fête continue ainsi jusqu’à une heure très avancée de la nuit.
Les travaux des champs ne sont guère en honneur chez ce peuple
naturellement paresseux. Avant la construction de la voie ferrée, les
Ouoloft de l’intérieur cultivaient très peu. A peine semaient-ils de
noie quoi pouvoir récolter suffisamment pour se nourrir. Depuis que des marchés ont été installés tout le long de la ligne et que le noir a toute facilité pour vendre aux Européens, sur ie lieu même où il le récolte, le produit de son travail, le nombre des « lougans » ou terrains cultivés s’est notablement accru et le commerce de mil et des arachides, surtout celui des arachides, prend chaque année une importance plus considérable. Malgré cela, que d'immenses étendues de terrains non
cultivés !