HIVERNAGE
La saison des pluies commence vers la fin du mois de juin, pour ne cesser que fin octobre, avec des différences de quinze à vingt jours en plus ou en moins, suivant les années.
Les vents régnants pendant ces périodes sont les vents du nordnord-ouest.
C’est surtout pendant la dernière quinzaine de juillet et pendant toute la durée du mois d’août que les pluies sont abondantes ; en septembre, elles diminuent un peu et reviennent ce qu’elles étaient au commencement de juillet; en octobre, elles deviennent plus rares et vont ainsi en décroissant jusqu’au début de novembre. Les pluies ne surviennent qu'à l’occasion des orages. Le chifire annuel moyen des jours de pluie à Saint-Louis est de trente-cinq, d’après le docteur
ÉNobT Borius, et la quantité d’eau tombée est de quatre cents vingt-cinq millimètres (425 mill.).
Les orages de la saison des pluies, désignés sous le nom de « tornades », éclatent inopinément sans que rien, dans l’état du ciel, puisse faire prévoir ce changement. Tout à coup, à un moment quelconque de la journée, un léger nuage se montre à l'horizon. À M’Pal, c'était toujours du sud-sud-est que nous venaient les tornades, montant contre le vent. Ce nuage, d’abord tout petit, grossit peu à peu et s’avance à vue d'œil; en moins de cinq minutes, tout le ciel est obscurci.
À ce moment survient un vent d’une violence telle, que souvent les cases sont renversées el les arbres déracinés. Les éclats du tonnerre se mêlent au bruit du vent, le sable est soulevé par la rafale en véritables nuages. Cette bourrasque ne dure que quelques minutes, puis la pluie commence à tomber, une pluie torrentielle, un vrai déluge. Le tout dure vingt minutes, une demi-heure au plus, et aussitôt après Je ciel redevient serein jusqu’au moment où survient une nouvelle tornade.
Il s’en produit ainsi quelquefois deux ou trois dans la même journée.
A côté de ces tornades accompagnées de pluies, il en est d’autres qui sont sèches ; elles ont lieu au début de l’hivernage, ordinairement vers la fin du mois de juin.
Sous l'influence de ces pluies abondantes, la végétation renaît, les insectes pullulent, tout semble revenir à une vie nouvelle ; mais, dans cette atmosphère humide et brûlante à la fois, se développe en même temps une fermentation puissante, de tous les germes malsains d’où ya naître l'ennemi le plus à craindre sous les tropiques : la malaria.
Pendant l’hivernage, la tension électrique est très considérable, c'est ce qui rend cette saison si énervante et si difficile à supporter pour les Européens; de plus, la grande quantité de vapeur d’eau contenue dans l'atmosphère rend la chaleur très fatigante et maintient, par suite d’une évaporation incomplète, le corps baigné dans la
2 pre sueur dont il est inondé. La respiration devient pénible ; après le moindre travail nécessitant la plus légère dépense de force physique, on ressent une lassitude extrême. La température cependant est loin d'atteindre les chiffres qu’elle atteint pendant la saison sèche, au moment des vents d’est. Pendant toute la durée de la saison pluvieuse, le thermomètre oscille entre 30 et 35 degrés centigrades. Ce n’est donc pas tant l'élévation thermométrique que le degré de saturation de l’atmosphère par la vapeur d’eau qui rend la température si pénible.
Contrairement à ce qui a lieu pendant la saison sèche, pendan l’hivernage la chaleur de la nuit est presque égale à celle du jour, aussi le sommeil est-il difficile par le fait seul de la température, sans compter la présence des moustiques si nombreux pendant toute cette
période de l’année.