‹ Considérations Pathologiques Sur Les Postes De Mpal Et Louga (Sénégal) Précédées D'une Notice Géographique, Ethnographique Et ClimatologiqueChapitre 9 sur 12 · CONSIDÉRATIONS PATHOLOGIQUES SUR LES POSTES DE M'PAL ET LOUGA · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS PATHOLOGIQUES SUR LES POSTES DE M'PAL ET LOUGA

Dans cet exposé des affections qu’il nous à été donné d'observer pendant les nombreux mois de notre séjour à M’Pal, nous suivrons l’ordre chronologique, nous présenterons les observations que nous avons pu recueillir dans leur ordre de succession, en les accompagnant de quelques considérations qui devront porter principalement sur l’état sanitaire des hommes confiés à nos soins et aussi sur le climat et les conditions hygiéniques pouvant avoir quelque influence sur la santé générale.

A notre arrivée à M’Pal, Peffectif du poste était de cinquante-huit hommes, comprenant cinquante et un soldats d'infanterie de marine, trois soldats d'artillerie de marine, deux sergents d'infanterie de marine, un sous-lieutenant de la même arme, commandant le poste, et moi. Le personnel indigène comprenait un boulanger, deux bûcherons, un berger et un boucher.

L'état sanitaire, pour la saison, était bon, car il ne faut point oublier que nous étions en pleine période d'hivernage. Les cinq malades portés sur le cahier de visite le jour de mon arrivée étaient atteints, l'un d'une légère blessure au-dessous de la paupière inférieure de l'œil gauche, presque complètement guérie, survenue pendant un

VOD exercice de tir et occasionnée par l’éraflure d’un éclat de balle; le blessé remplissait l'office de marqueur. Le second malade avait une diarrhée qui disparut au bout de quelques jours d’une diète lactée et après l’absorption de quelques potions au bismuth. Les trois autres étaient atteints de fièvre intermittente; trois jours après, deux étaient guéris et pouvaient aussitôt reprendre leur service, interrompu depuis cinq jours; quant au troisième, son état s'aggrava. La marche de sa maladie est relatée dans l'observation suivante :

Observation première

Accès pernicieux à forme comateuse

Charles B.., vingt-trois ans, soldat de 1" classe d'infanterie de marine, au Sénégal depuis dix-sept mois, a fait une campagne’ de six mois dans le Haut-Fleuve ; à déjà eu un certain nombre d'accès de fièvre pendant cette campagne. A son retour du Haut-Fleuve, il séjourne environ trois mois à Saint-Louis et est ensuite envoyé à M'Pal où il se trouve depuis deux mois et demi. Remplit au poste les fonctions de vaguemestre : à cet effet, est obligé de se rendre deux fois par jour à la gare au moment du passage des deux trains ; est chargé également, le matin, à son premier voyage, de porter la viande destinée aux hommes du poste de Louga. C’est au retour d’une de ces courses, pendant laquelle il avait été surpris par une tornade, qu'il est tombé malade à la date du ?9 juillet, ce jour-là, cependant, il ne vient pas à la visite du matin et se rend encore à la gare pour le train du matin. Le soir, il a eu un accès de fièvre et fait appeler mon prédécesseur, qui constate une température de 39°6.

30 juillet. — Le maiade déclarant ne pas avoir été à la selle depuis trois jours, un lavement est prescrit pour le jour même et un purgatif pour le lendemain matin. À sept heures, au moment de la visite, la température est de 383 ; on prescrit 0 gr. 60 de sulfate de quinine en poudre, à prendre en deux fois, à une demi-heure d'intervalle.

unes À trois heures du soir, la fièvre augmente, et de quatre heures à onze heures la température oscille entre 39° et 3905.

31. — À partir de onze heures hier soir, le malade a un peu dormi ; au matin, pas de fièvre; il prend son purgatif, selles abondantes. A midi, il prend 0 gr. 60 de quinine. Le soir, cependant, la fièvre se déclare de nouveau vers cinq heures.

Depuis trois jours, le malade n’a pris pour nourriture qu'un peu de bouillon et de lait.

1% août. — C'est le jour où je le vois pour la première fois ; il a l'air abattu, ses yeux ont une teinte jaunâtre, ses urines sont légèrement foncées, assez rares. J'essaie les diurétiques, et leur action assez rapide dans le courant de la journée me tranquillise au point de vue de l'hématurie. Le malade a pris ce matin 1 gramme de sulfate de quinine, pas de fièvre jusqu’à six heures du soir, le thermomètre à cette heure, marque 38°9; une heure après, on replace le thermomètre, qui indique une température de 39°6. Ces accès surviennent sans frissons préalables, un simple malaise, une violente céphalalgie indique le début de la fièvre. L'accès est complètement terminé vers une heure du matin. À ce moment, le malade s'endort.

2. — La dernière moitié de la nuit a été bonne, les urines de nouveau sont devenues rares et un peu foncées. La langue est chargée, le malade se plaint d’une douleur à l’épigastre. J’ordonne un vomitif que le malade prendra demain matin au point du jour ; pour aujourd’hui, 1 gramme de quinine à prendre en deux fois dans la matinée; le matin pas de fièvre, le soir elle reparaît à peu près à la même heure que les jours précédents, entre cinq et six heures.

3. — Le malade a reposé cette nuit de minuit à quatre heures. Au matin, pas de fièvre, il prend un vomitif. A neuf heures, je vais de nouveau le visiter à l’infirmerie; la peau est fraiche, le pouls normal, mais il me déclare souffrir d'un violent mal de tête ; je prescris 1 gr. de quinine. Vers ouze heures et demie, il demande lui-même à linfirmier qu'on prenne sa température, le thermomètre marque 40°2. L'infirmier néglige de me prévenir, sous prétexte que je déjeunais à

cette heure, et ce n’est que vers midi et demi qu'il arrive à moi en courant, et m'annonce que B... a perdu connaissance. Je me rends aussitôt à l’infirmerie et trouve le malade plongé dans le coma; le pouls est à 120, la température se maintient à 40°; j'ordonne une grande affusion d’eau vinaigrée, dans l’espoir d’obtenir une baisse de température, nous n’avons point de glace au poste et ne puism'en procurer à la gare, je tâche de la remplacer de mon mieux par des compresses mouillées sur la têle et l'installation d’une sorte de « panka », au-dessus du lit du malade, qu’un noir est chargé de mettre en mouvement; un quart d'heure après, la température avait baissé de cinq dixièmes; on administre alors un lavement avec 0 gr. 75 de sulfate de quinine, le lavement est rendu aussitôt, je fais alors une première injection hypodermique de sulfate de quinine; vers quatre heures du soir, la température n’était plus que de 39%; le malade est toujours sans connaissance. Je pratique le cathétérisme, les urines sont légèrement foncées, j'en obtiens 250 grammes. A dix heures du soir, la fièvre avait encore baissé de trois dixièmes de degré, le thermomètre marquait 3807. Je fais une deuxième injection de quinine avant de me coucher, et je sonde une seconde fois le malade.

Un service de garde est établi, deux hommes restent constamment auprès de lui, se remplaçant d'heure en heure. Durant toute la nuit, la température se maintient entre 38°5 et 39°.

4. — Le malade est toujours dans le même état de perte de connaissance. Je décide de l'envoyer à l’hôpital de St-Louis par le train qui doit passer le soir à cinq heures devant le poste. La température oscille toujours entre 38% et 39 jusqu’à deux heures, où elle est de 3993. À sept heures du matin, troisième injection de quinine. Vers deux heures, au moment où la température recommence à monter, j’essaie de nouveau une grande affusion vinaigrée, mais sans résultat; à quatre heures, 39°6. À cinq heures, le train s'arrête devant le poste et prend le malade qui est transporté dans son lit et placé dans un wagon de marchandises retenu à cet effet. Deux hommes l’accompagnent

à St-Louis.

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Deux jours après, je recevais de M. le médecin en chef, directeur du service de santé à Saint-Louis, une lettre contenant le passage suivant : « Nous avons reçu votre malade par le wagon de marchandises dans un état complet de perte de connaissance ; cet état se compliquait de coma. À onze heures, cet homme allait mieux, et aujourd’hui, il est hors de danger ; mais nous allons le faire passer au Conseil de santé pour un congé de convalescence. »

Effectivement, quelques jours après B... partait pour Dakar, complètement remis, pour y attendre le paquebot qui devait le ramener en France.

Rien de particulier à signaler pendant le reste du mois d’août ; une dizaine d'hommes en tout furent encore atteints de fièvre intermittente, mais, traités par les évacuants et le sulfate de quinine, ils furent guéris au bout de peu de jours.

Au poste de Louga, l’état sanitaire pendant tout cet hivernage 1888 fut bon. La garnison se composait de douze soldats européens, y compris l’adjudant qui commandait le poste; on comptait en plus trois employés noirs, le boulanger, le bûcheron et l'interprète, ce qui portait l'effectif complet du poste de Louga à quinze hommes.

Pendant le mois de septembre, je dois signaler deux cas de dysenterie chez deux soldats d'infanterie de marine du poste de MPa! :

Observation II

Dysenterie

Louis G..., vingt-quatre ans, à déjà fait avant de venir au Sénégal un séjour de sept mois en Cochinchine, d’oùil a étérenvoyé en France pour anémie et fièvre intermittente. À eu, depuis qu'il est au Sénégal, c'est-à-dire depuis huit mois, plusieurs accès de fièvre intermittente.

Anémie manifeste. A M’Pal depuis le commencement du mois de

ed juin, a eu depuis lors deux rechutes de fièvre paludéenne ainsi que je puis le constater sur le cahier de visite; la dernière s’est produite depuis mon arrivée et nécessite six jours de repos. fs

9 septembre. — Se présente à la visite. Se plaint de coliques survenues depuis quatre jours. Aurait eu au début des selles diarrhéiques. Le matin du troisième jour, il a remarqué du sang et des mucosités dans ses selles. À eu hier au soir, dit-il, une selle entièrement composée de sang pur. Ténesme rectal très douloureux, langue sale, blanchâtre.

Prescription : Tisane albumineuse, diète lactée, un lavement laudanisé, cataplasme sur le ventre.

10. — Le malade a eu vingt selles dans les vingt-quatre heures, composées seulement de mucosités sanguinolentes. Ténesme rectal toujours très douloureux, fièvre légère, les coliques se sont un peu calmées pendant la nuit.

Même prescription que la veille, plus ipéca à la brésilienne, lavement laudanisé.

11. — Le ténesme rectal n’est plus aussi douloureux, le malade à pu goûter un peu de repos pendant la nuit. Le chiffre des selles à considérablement diminué : neuf dans les vingt-quatre heures, composées de mucosités et d’une quantité notable de sang pur. La langue est toujours sale. La tolérance pour l'ipéca ne s'établit que difficilement; nausées, vomissements.

Le malade accuse une douleur au niveau de l’épigastre et dans le côté droit ; le foie ne paraît pas hypertrophié, tandis que la rate l’est considérablement.

Même prescription. Application de ventouses sèches sur la région du foie.

12. - Six selles dans les vingt-quatre heures, sanguinolentes, pas de sang pur ; le ténesme a notablement diminué, la douleur du côté droit a disparu, la tolérance pour l'ipéca s'établit peu à peu, encore quelques nausées, mais pas de vomissements.

Même prescription, sauf le lavement laudanisé qui est supprimé.

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13. — Six selles dans les vingt-quatre heures, d’une couleur blanc jaunâtre, très molle, avec stries de sang. Le malade a vomi une fois.

Même prescription.

14. — Quatre selles dans les vingt-quatre heures, même apparence que celles d'hier.

Même prescription.

15. — Cinq selles depuis hier, un peu de sang pur; les coliques ont reparu pendant la nuit.

Même prescription, plus un cataplasme laudanisé sur le ventre.

16. — Quatre selles depuis hier, blanc jaunâtre avec quelquesstries de sang ; les coliques n’ont pas reparu. |

Même prescription, suppression du cataplasme.

17. — Quatre selles pâteuses, pas de trace de sang ; le malade accuse un violent appétit et insiste pour qu’on lui donne à manger, mais le régime lacté est maintenu.

18. — Trois selles pâteuses, une moulée, pas de sang depuis deux jours, l’ipéca est supprimé.

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