PREMIÈRE PARTIE
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celles chez lesquelles la corolle s’est plus ou moins multipliée. Il s’agit de
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dcmoiitrei* que celle qualificalioji doit philosophiqueinenl et logiquement se rapporter à un grand nombre d’autres fleurs.
En efïet, qu’est-ce que la fleur? C’est cssenliellement le petit appareil dans lequel on reconnaît des organes nuilcs ou des organes femelles ; et tandis que le vulgaire ne voit, à proprement parler, de fleurs que dans des assemblages de sépales ou de pétales plus ou moins développés et possédant des couleurs plus ou moins vives ; au contraire, le botaniste voit des fleurs dans des groupes d’étamines ou de carpelles quelquefois entièrement séparés et souvent dépourvus de ces organes accessoires qui forment le calice et la corolle. Donc la fleur ne consiste pas seulement en une corolle, el, d’une manière générale, une fleur normale de Dicotylédone, par exemple, se compose d’un calice de 5 ou 6 sépales; d’une corolle de 5 ou 6 pétales ; d’un androcée de 5 ou 6 étamines ; d’un gynécée de 5 ou 6 carpelles. Or nous demandons s’il est logique de ne donner le nom de fleurs doubles qu’aux fleurs dont la corolle seule vient à se multiplier. .
Déjà De Candolle, dans un mémoire sur les fleurs doubles (1), avait démontré que sous ce nom on avait confondu un grand nombre de faits hétérogènes, et c’est alors qu’il a été conduit à classer les fleurs doubles sous trois divisions, savoir ;
1® Les fleurs pétalodées, c’est-à-dire celles qui doublent par le développement simple en pétales de tous ou de quelques-uns des organes floraux : telles sont celles où le développement en pétales s’exécute par les bractées {Hortensia), par le calice {Primulacali/canthema),pM' les étamines (Rosiers), ou par les carpelles (var. û'Anemone nemorosa, etc.).
2® Les fleurs multipliées, c’est-à-dire celles dont le nombre des pétales est augmenté par l’accroissement du nombre des rangées des verticilles floraux, ou par l’accroissement des parties de ces rangées et leur transformation en pétales. Dans la classe précédente le nombre des parties n’était pas augmenté et il n’y avait que transformation; ici, au contraire, il y a augmentation de nombre et transformation : c’est ce qui constitue les fleurs pleines (De Candolle).
2° Les fleurs pei'mutées sont celles où l’avortement des organes génitaux détermine un changement notable dans la forme ou la dimension de l’im des léguments floraux. Ainsi, par exemple, l’avortement de l’un et de l’autre sexe ou de l’un d’eux, dans les Composées, détermine fréquemment un changement de forme dans leur corolle ; tantôt celle-ci, restant tubuleuse, devient plus grande qu’à l’ordinaire, comme on le voit dans certaines variétés de Reines- Margueritesi de Tagetes, etc. ; tantôt elle se transforme en languette plane, ce qui est le cas le plus ordinaire des Comix)sées appelées doubles dans les jardins. De semblables phénomènes se rencontrent dans le Viburnum Opulus, dont les fleurs stériles ont la corolle beaucoup plus grande que les fleurs fer-
(1) îdèm. Soc.à'Ârcueü, t. Ill, p. 385.
SÉANCK DU 22 JANVllîU 1872 .
tiles ; dans l’état naturel, les fleurs latérales offrent seules ce phénomène, tandis que dans la variété cultivée sous le nom de Boule-de-neige^ toutes les fleurs présentent cet état de grandeur exagérée, liée à l’avortement des organes génitaux (De Oandolle).
Tel est, très en abrégé, l’état actuel de la question des fleurs doubles. Voyons maintenant si ta discussion ne viendra'pas changer quehpie peu cet état de choses. Et, d'abord, faisons observer que les fleurs comprises dans la troisième division, celles dites permutées, ne devraient pas être rangées parmi les fleurs doubles, puisque, au contraire, elles se simplifieraient de tous les verticilles composant l’androcée et le gynécée.
Puis remarquons qu’une fleur de quatre verticilles floraux, calice, corolle, androcée, gynécée, par exemple, chez laquelle chacune des parties de ces verticilles se transformerait en pétale, ne devrait rigoureusement pas constituer une fleur double, puisque le nombre normal des verticilles ou des parties de la fleur ne serait pas augmenté, mais simplement transformé.
Au contraire, il existe une foule de fleurs que l’on n’a pas pris l’habitude de regarder comme fleurs doubles, et qui pourtant méritent beaucoup mieux cette dénomination que celles sur lesquelles vient de porter notre critique.
Ainsi, d’une manière accidentelle, les sépales peuvent se multiplier de façon à constituer un double calice, la fleur conservant le nombre normal de ses autres parties. Dans ce cas la fleur s’est doublée par sou calice : c’est ce que nous avons observé dans des fleurs de Poirier; et l’état normal des Fraisiers, des iMalvacées, n’offre peut-être que des fleurs doublées par leur calice. Les Cactées, les Calycanthus, les Nandina, seraient des exemples de fleurs doubles par le calice, de la même façon que les fleurs considérées aujourd’hui comme doubles le sont par leur corolle.
Pareillement, lorsque le calice, la corolle et le gynécée existant, nous trouvons plusieurs rangées ou un grand nombre d’étamines, comme dans les
polyundres, nous avons encore des fleurs qui se sont doublées par l’androcée, au lieu de l’avoir été par la corolle.
Enfin, dans quelques cas, la fleur peut présenter un calice, une corolle et un androcée plus ou moins simples et se multiplier plus ou moins par le gynécée. Dans cette manière de voir nous avons encore une fleur double, par le gynécée et non plus par la corolle : tel est le cas des Magnolia^ Liriodendvon, Myosurus, etc.
Si cette manière de voir est juste, il ne nous reste plus qu’à donner des dénominations à ces diverses fleurs doubles; c’est pourquoi, conservant la désinence donnée par De Candolle, nous profwserons celles qui suivent:
1 ® Fleurs sépalodées, fleurs doublées par le calice ;
2 ® — pétalodées, celles doublées par la corolle ;
30 —. staminodées, celles doublées par l’androcée ;
A» — carfyellodées, celles doublées par le gj fiécée.
6à SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE.
Mais ce n’est pas tout : il est une classe Irès-importaute de fleurs doubles qui mérite surtout d’ètrc distinguée des précédentes et qui nous paraît avoir une grande significalion physiologique. Nous voulons parler des fleurs doublées par la formation de petites fleurs dans la fleur, et que, pour rester en accord de désinence avec les dénominations précédentes, nous nommerons (leurs anthodées.
De Candolle n’ayant eu aucune connaissance défaits anormaux de ce genre, i ilui était imiwssible de les distinguer des autres fleurs doubles. Nous croyons être le premier qui ait annoncé ce singulier phénomène désigné par nous, autre part ( 1 ), sous le nom iVanthosanthie.
Nous l’avons d’abord observé sur le Brassica Napus, chez lequel un grand nombre de fleurs composées d’un calice et d’une corolle portaient, au lieu d’étamines, six petites fleurs complètes, c’est-à-dire formées elles-mêmes d’un calice, d’une corolle, d’un androcée et d’une silique.
Depuis cette époque nous avons retrouvé accidentellement le même phénomène dans le Nolana prostrata, le Lythrum Salicaria, et le Nicotiana rustica. Mais ce |)hénotnène, que tious n’avons pu trouver qu’accidentellement sur les plantes sus-énoncées, nous l’avons toujours sûrement retrouvé plus ou moins complet sur la variété d'AltItœa rosea que les fleuristes nomment Passerose-Arlequin, dans laquelle on rencontre une certaine quantité de petites fleurs munies de leurs corolles portant à leur centre un petit groupe d’étamines.
Plus tard, M. Bellynck nous a donné la description d’un Orchis ustulata découvert parM. A. Devos, qui pré.sentait également un phénomène d’anthosanthie suffisamment caractérisé. En effet, « le périanthe de cette fleur double, dit M. Bellynck, est composé, à sa partie siq)érieure, de deux labelles dressés, munis chacun d’un court éperon; parfois ces deux labelles sont soudés ensemble par un de leurs côtés, et alors il n’y a qu’un seul éperon placé entre les deux labelles. A l’intérieur de ces deux labelles, on en trouve plusieurs autres, tantôt alternes, tantôt superposés, ayant toujours leur partie libre dirigée en haut. Le centre et toute la partie inférieure de la fleur sont occupés par de petits groupes d’organes pétaloïdes, parfois sessiles, parfois portés sur un trèscourt support, au nombre de six à dix, et dont les plus petits et les moins développés occupent le centre. Chacun de ces groupes porte à sa base une bractéole purpurine, et se compose d’un petit labelle dressé et de plusieurs divisions pétaloïdes plus ou moins déformées. Les fleurs qui présentent le plus de ces petits groupes sont celles qui ont le moins de labelles solitaires.
V 11 est évident, ajoute l’auteur de la note, que les petits groupes de chaque fleur double sont autant de fleurs imparfaitement développées, privées de leurs étamines et de leur ovaire infère. Cette dernière circonstance explique pour-
(l) Essai de phylomorphie , t. Il, p. 391*
quoi le labelle est dresse, c’est-ii-dire dans sa position naturelle, car le labelle n’est inférieur dans nos Orchidées que par suite d’une torsion de l’ovaire infère, lequel renverse la fleur. L’analogie et les diverses particularités que nous venons d’exposer nous portent à croire que tous ces labelles solitaires, qui occupent la partie supérieure de la fleur double sont autant de fleurs, distinctes réduites à leur labelle. » (Bellynck.)
En rapprochant de ces faits ceux déjà connus et décrits par plusieurs auteurs, par exemple le Primula signalé par De Candolle, dans lequel chacune des étamines, au lieu de se changer en un seul pétale, s'était transformée en une houppe de pétales réunis par la base, on peut se demander si chaque groupe de pétales remplaçant l’étamine ne doit pas être regardé comme une fleur réduite à la corolle, et c’est cette manière de voir que, pour notre compte, nous n’hésitons pas à adopter.
De môme encore, c’est très-vraisemblablement un phénomène de ce genre q ui produit d’une manière normale les faisceaux d’étamines alternes avec les pétales chez les Melaleuca et plusieurs Hypericum.
Le nom de fleurs serait donc, dans notre manière de voir, appli¬
qué à toutes les fleurs doubles dans lesquelles on reconnaîtrait nettement le groupement d’organes représentant une fleur plus ou moins complète, 'mais qui peut être réduite, soit à une houppe de pétales [Primula), soit à un faisceau circulaire d’étamines [Hypericum, Melaleuca), soit à des pétales groupés au milieu desquels on trouve une on plusieurs étamines rosea).
En raison même des différences que peuvent présenter les fleurs anthodées, il devient utile de les distinguer par des dénominations qui ne laissent aucun doute sur leur composition; c’est pourquoi, désirant conserver les mêmes désinences pour ces subdivisions, nous proposerons les expressions sépaloîdées, pètaloïdées, staminoîdées, carpelloïdées, expressions employées à titre de diminutif et qui, énoncées purement et simplement, peuvent très-bien être comprises.
Ainsi la fleur du Primula et celle de VOrchis ustulata précitées seront pour nous des fleurs anthodées-pétaloîdces ou simplement des fleurs pétaloïdées; celle Aas Melaleuca, une fleur anthodée-androîdée ou simplement androîdée; celle de VAlthœa rosea, une fleur anthodée-pétalo-androïdée ou, pour simplifier, pétalo-androîdee.
Si ces idées sont nettement comprises, si surtout elles sont adoptées, est-il nécessaire de nous étendre sur les conséquences à en tirer ? Nous ne le pensons pas, et certainement plusieurs personnes ont déjà saisi le rapprochement que l’on peut faire entre les fleurs anthodées, qui ne sont réellement que des fleurs composées, et celles de cette classe de végétaux qui, d’une manière normale, nous présente des fleurs que le vulgaire regarde comme une seule fleur, dans les Composées, mais que depuis untemps immémorial les botanistes ont reconnu être constituées par une multitude de fleurs.