I. EXAMEN GÉNÉRAL (EN DATE DU 18 JANVIER
On se trouve en présence d’une malade qui reste alitée par suite de son impotence fonctionnelle, déterminant une très grande difficulté de la marche. On est d’emblée frappé par l’atrophie de ses deux mains qui répond bien au type décrit par Aran-Duchenne. En effet, les muscles des éminences thénar et hypothénar ont complètement fondu et l’atrophie a atteint, en premier, les muscles thénariens. Cette amyotrophie entraîne une disparition complète des éminences et la formation d’un méplat. Le pouce se place en abduction et se met sur le plan de l’index. Les mouvements d’adduction et d’abduction du pouce sont encore possibles, quoique le muscle adducteur soit atrophié ainsi qu’en témoignent les modifications du premier espace interosseux. Les mouvements d’opposition et de flexion du pouce sont très limités. Les mouvements de latéralité des doigts sont presque impossibles. On ne peut parler, cependant de gril métacarpiens, la dépression entre les métacarpiens étant assez modérée.
Pas de griffe, mais impossibilité d'étendre les deux dernières phalanges de la main droite. Cette amyotrophie gêne la préhension et diminue la force musculaire de
Mt DR
la main. Au dynamomètre : à droite : 15, à gauche : 15 également.
Les mouvements de flexion, d'extension et de latéralité du poignet sont possibles. L’avant-bras mesure à son tiers supérieur : 20 centimètres à droite et 18 centimètres à gauche. Il existe une atrophie légère des muscles du groupe antérieur. La « corde » du long supinateur existe, les mouvements de pronation et de supination sont bien conservés. Au coude, l’extension se fait bien, par contre la flexion est diminuée surtout à gauche. La mensuration de la région moyenne du bras donne : 22 1/2 à droite et 21 à gauche.
(La ceinture scapulaire fera l’objet d’un examen spécial). Les mouvements de la nuque sont normaux. La face est intacte légèrement amaigrie. Au niveau du tronc, ni scoliose, ni cyphose, ni lordose. Les muscles dorsaux, lombaires et abdominaux sont intacts.
Aux membres inférieurs, il existe une chute du pied en rectitude : ni varus, ni valgus. Orteils étendus. Adiposité du dos du pied. Mouvements articulaires normaux. Impossibilité de redressement du pied aux mouvements actifs et passifs. Impossibilité de baisser le pied si l’on s’oppose à ce mouvement. Impossibilité de redressement des orteils et d’écartement. Ballottement du pied. Voûte à peu près normale. Le mollet mesure : 27 centimètres à droite et 29 centimètres à gauche.
La force musculaire du groupe antéro-externe et du groupe postérieur est très médiocre. On remarque, à leur niveau, une pseudo-hypertrophie.
PNR
Rien à la hanche. Il existe une atrophie des muscles de la fesse avec abaissement des deux plis fessiers. L'étude de la marche est difficile car celle-ci est très mauvaise. On note surtout un stoppage très marqué donnant l’apparence d’une démarche ataxique.
Les réflexes : Au niveau des membres supérieurs, le réflexe stylo-radial existe, le réflexe tricipital aussi. Le réflexe cubito-pronateur est aboli. Le réflexe médiopubien est normal.
Au niveau des membres inférieurs, il n’y a que le réflexe rotulien et le réflexe péronéo-fémoral postérieur qui soient conservés. Les achilléens sont absents. A la face : le réflexe massétérin existe. Les réflexes cutanés abdominaux sont conservés. Le réflexe cutané plantaire se fait en flexion.
Comme froubles trophiques on note la peau fine et glabre, surtout aux pieds.
La sensibilité est intacte à tous les modes : tact, piqûre, chaleur, froid. Discrimination tactile parfaite.
La sensibilité profonde est normale.
Pas de froubles sphinctériens.
L'examen des réactions électriques, à la date du 15 janvier 1932 montre : « Inexcitabilité faradique et galvanique des muscles de l’éminence thénar et de l’éminence hypothénar des deux côtés. Tous les autres muscles répondent normalement ».
Le même examen, à la date du 18 février 1932 a montré : « Aux membres supérieurs : une grande hypoex-
Eibee
citabilité faradique et galvanique des muscles des éminences thénar et hypothénar et une légère hypoexcitabilité des autres muscles.
Aux membres inférieurs : inexcitabilité aux deux modes du jambier antérieur, de l’extenseur commun et de l’extenseur propre, avec inexcitabilité aux deux modes des jumeaux avec tendance à la réaction de dégénérescence ».
La mesure de la chronazxie a été faite en juin 1931. On a trouvé :
Malade Normal
Deltoïde gauche 0,50 0,10 Biceps gauche 0,50 0,10 Éminence thénar gauche 2,5 0,27
On ne constate pas de secousses fibrillaires (la malade déclare en avoir constaté aux membres inférieurs).
A l’examen de l’œil, les mouvements sont parfaits. Pas d’Argyll.
L'examen complet ne montre rien d’anormal. Le cœur est normal, le tube digestif normal ; bonne dentition. Reins normaux : ni sucre, ni albumine dans les urines. Poumons normaux.
La ponction lombaire a montré :
Wassermann ......... négatif.
AID UNE A Deus es 0,23
À 5 Ca MNT RM TR négatif.
Fiocuetion nee, négative.
Lymphocytes. :..:.... 1 par mm.
L'épreuve de Stookey n’a montré aucun blocage.
Comme antécédents, on ne trouve aucune maladie antérieure. La malade a été réglée à l’âge de 16-17 ans d’une façon irrégulière, avec des périodes d'aménorrhée durant parfois quatre mois ; elle a eu 4 grossesses dont une grossesse nerveuse intercalée entre la 2e et la 3e en 1903; pas de fausses couches ; ménopause à 50 ans; son mari est mort l’an dernier d’une affection gastrique à l’âge de 66 ans; elle a trois enfants bien portants ;on ne relève aucune affection nerveuse dans sa famille propre .
En résumé : Femme de 62 ans, atteinte de poliomyélite antérieure chronique.
II. EXAMEN ANALYTIQUE DES DÉFORMATIONS DE L'ÉPAULE (EN DATE DU 12 MARS 1932).
A l'inspection, la malade vue de dos :
1° Les bras tombant le long du corps au repos (la malade étant en position assise) (Fig. n° 1) :
a) Onremarque une légère saillie de l’angle inférieur de l’omoplate, surtout perceptible du côté droit. D’ailleurs il suffit d’un écartement minime des bras pour que cette saillie devienne plus manifeste. Par contre, on arrive en déplaçant les bras légèrement en arrière à faire disparaitre complètement cette saillie.
b) Le bord spinal de l’omoplate reste éloigné de la ligne médiane. A la mensuration on trouve :
NS
Fic. No 2
LE re
De l’angle supéro-interne àla Côté droit Côté gauche
Héne:médianes. 00:11, 7 cm. 7 cm.
De l’angle inférieur à la ligne DICO UE ee 8 cm. 7 cm. 1/2
Il n’existe donc aucune obliquité de ce bord spinal qui reste parallèle à la ligne médiane.
c) Il existe un abaissement notable du moignon de l’épaule des deux côtés ; il faut tenir compte, cependant, de l’atrophie du muscle deltoïde ;
d) Ascension légère, en masse, des deux omoplates ;
e) Sous le bord spinal du scapulum, entre le gril costal et la face antérieure de l’omoplate, une légère gouttière est perceptible, plus marquée à droite ;
f) Pas de déformation vertébrale ; :
g) On constate une dépression plus accusée que normalement de la fosse sus-épineuse qui est aplatie. Cette dépression, se prolongeant en dehors contribue avec l’atrophie deltoïdienne à diminuer considérablement la
rotondité de l’épaule.
20 Les bras élevés horizontalement en avant (Fig. n°2) :
A) Côté droit : La malade arrive très difficilement à maintenir son bras dans cette position. Elle fléchit légèrement l’avant-bras sur le bras et s'incline du côté gauche, en même temps qu’elle contracte son muscle sternomastoïdien et son peaucier du côté droit.
a) La saillie de l’angle inférieur devient alors très manifeste, en même temps que le bord spinal de l’omoplate se détache du gril costal ;
AE
e) Le bord spinal prend dans cette attitude une direction oblique de haut en bas et de dehors en dedans. On mesure :
De l’angle supéro-interne à la
lignée médiane + 0r72x 10 cm.
De l’angle inférieur à la ligne ; inédiine TR EL Ne Hu 5 cm.
c) L’omoplate s’élève en masse, de telle sorte que son angle supéro-interne vient faire saillie au-dessus de l’épaule.
d) Le « scapulum alatum » est à son maximum. Le bord interne del’omoplate devient nettement postérieur et sa face antérieure devient interne.
e) La malade ne peut tenir aucun objet, tant soit peu lourd avec sa main ainsi étendue.
B) Côlé gauche. Mêmes signes. A la mensuration : De l’angle supéro-interne à la ligne médiane 9 cm.
De l’angle inférieur à la ligne médiane. .... 4 em.
La malade ne peut élever les deux bras à la fois.
30 Les bras élevés horizontalement en dehors (en croix). a) Même impossibilité et même attitude que précédemment ; ;
b) Mêmes déformations (scapulum alatum, etc.).
c) Le bord spinal est oblique de haut en bas et de dehors en dedans. On mesure :
De l'angle supéro-interne àla Côté droit Côté gauche
litre meétiAnet pee 9 cm. sent.
De l’angle inférieur à la ligne médiane. (47 ME SRaN AS D cm. 4 cm.
ASE
d) Élévation en masse de l’omoplate, moins prononcée que dans l’attitude précédente ;
e) La gouttière entre le gril costal et la face antérieure du scapulum est plus prononcée dans cette position ;
f) Il n'existe pas de plis verticaux entre le bord spinal du scapulum et la ligne médiane.
49 Les bras élevés verticalement.
Absolument impossible. En fixant bien avec la main l’omoplate contre le thorax et en poussant son angle inférieur en avant et en dehors, on peut arriver à grand’ peine à faire dépasser au bras la ligne horizontale. La malade fait alors un mouvement brusque, peut quelquefois dépasser l’horizontale, mais il lui est impossible de se maintenir dans cette position.
A l'inspection, la malade vue de face :
a) On ne trouve aucune déformation thoracique ;
b) Le creux de l’aisselle est moins profond que normalement. Sa paroi postérieure à tendance à s’effacer.
c) La malade peut « hausser les épaules ». Dans cette attitude on remarque que les clavicules prennent une direction antéro-postérieure, se rapprochant des parois latérales du cou. Aucune différence appréciable entre le côté droit et le côté gauche ;
d) On ne remarque aucune trace de digitation du grand dentelé sur les parois antéro-latérales du thorax, même pendant l'élévation des bras.
Constantinidès 4
AA
A la palpation : recherche des mouvements anormaux :
a) Si on élève le bras passivement et qu’on lui imprime des mouvements de va-et-vient, allant de la position horizontale en avant jusqu’à la position le bras le long du corps, on constate que ces mouvements se transmettent par l'articulation scapulo-humérale, au scapulum qui suit en sens inverse l'allure des mouvements donnés au bras correspondant. C’est l’inversion du «mouvement de sonnette » qui est à son maximum ;
b) Pour ce qui est des autres mouvements du membre supérieur, il est à remarquer que la malade peut écrire, peut faire des travaux de tricotage et de couture, peut croiser les bras. Toutefois, la main gauche est portée à l'épaule droite avec plus de facilité que la main droite sur l’épaule gauche. Les mouvements de rotation de l’humérus sont conservés ;
c) Les autres muscles, grand pectoral, sterno-mastoïdien, trapèze se contractent bien. Le deltoïde présente une atrophie manifeste surtout à droite.
La sensibilité est normale :
La mesure de la chronaxie des muscles de l’épaule (à la date du 11 mars 1932), a montré :
Côlé droit Côté gauche Normal
DElTOIAO TR LE RESS 0,10 0,10et0,30 0,10 tÉTADEZE MAP EE 0,10 0,10 0,10 Grand pectoral ..... 1 inexcitable 0,10
Grand dentelé ...... inexcitables