III
Suivant la durée de l’intermission on
distingue les fièvres intermittentes en quotidienne , tierce , quarte , etc.
La quotidienne , dont le paroxysme revient tous les jours aux mêmes heures, commence le plus ordinairement dans la matinée ( a ). Son état de froid est communément de peu de durée, mais son paroxysme est le plus long, et son intermission est par conséquent la plus courte. Elle paraît attaquer de préférence les personnes d’une constitution sanguine , et c’est principalement pendant le printems qu’on l’observe. Ses rechutes sont moins fréquentes que dans les autres intermittentes. Abandonnée à la nature, elle se termine rarement avant le quinzième jour, et quelquefois elle dégénère en rémittente et ensuite en continue. Elle peut aussi devenir tierce et de tierce cjuarte , changement beaucoup moins fâcheux que si elle prend le type de continuité ; car quoique sujette à durer plus long-temps, elle s’éloigne du danger.
(«) Il est digne de remarque que les quotidiennes qui commencent vers le soir , changent le plus souvent leur type.
La tierce offre une intermission de vingt-quatre heures, ou pour mieux dire, son paroxysme revient de deux jours l’un. Son accès commence le plus ordinairement
vers midi. C’est la tierce qui est la plus
commune ; elle se fait observer le plus souvent au printems , et les personnes les mieux portantes ne sont pas à l’abri de ses attaques. Il n’est pas rare qu’elle se manifeste sans symptômes précurseurs.
Elle est susceptible de se convertir en quotidienne , et de devenir de quotidienne , rémittente et continue. Elle se termine souvent spontanément, durant le printems , avec le troisième , le septième ou neuvième accès ; et au bout de ces mêmes accès, on voit aussi quelquefois pendant l’automne, notamment s’il fait un froid humide, qu’elle prend le type quotidien , et puis qu’elle devient rémittente et continue. Elle a une grande tendance aux
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rechutes.
- La quarte a une intermission de deux
fois vingt-quatre heures ; elle commence le plus ordinairement dans l’après-midi.
Son état de froid est le plus long et le plus prononcé , mais son paroxysme dure généralement le moins. C’est principalement dans l’automne, sous l’influence des climats marécageux , qu’elle se fait observer. Abandonnée à la nature , elle cesse rarement avant le quatorzième accès ; elle peut prolonger sa durée au-delà de plusieurs mois.
La quarte conserve le plus long-temps son type et change rarement son cours.
Dans quelques cas je l’ai vu devenir quotidienne. Elle s’éloigne le plus de la diathèse phlogistique : le malade présente bientôt un aspect cachectique ; et quand elle a duré long-temps , elle fait naître des hydropisies , la jaunisse , des congestions ou engorgemcns dans le foie et la rate , fièvre lente , etc.
Outre les intermittentes dont nous ve-
nons de parler , on reconnaît aussi la double— quotidienne , la double-tierce , la tierce-doublé e , la double-quarte , la triple— quarte , la quarte— doublée et quart e-triplée .
La double-quotidienne a deux paroxysmes distinctifs dans les vingt-quatre heures. Elle est fort rare et ordinairement symptomatique.
La double-tierce , qui est assez fréquente , paraît composée de deux tierces. Elle présente un paroxysme tous les jours comme la quotidienne, dont elle diffère en ce que ses paroxysmes sont moins longs ; qu’ils ne reviennent pas tous les jours aux mêmes heures, et qu’ils se correspondent en tierce.
La tierce-doublé e , qui se fait observer fort rarement, se distingue de la doubletierce par deux paroxysmes qui reviennent tous les jours, et par un jour d’intermission.
La double-quarte a un paroxysme deux jours de suite et intermission le troisième. On appelle triple-quarte celle où le paroxysme revient tous les jours de manière à ce que le paroxysme du premier répond à celui du quatrième , et ainsi de suite. On désigne sous le nom de quarte-doublé e celle qui offre chaque quatrième jour deux paroxysmes , et on nomme quarte-triplée celle qui présente trois paroxysmes chaque quatrième jour.
Mais ces quatre variétés sont extrêmement rares.
On a consacré aux intermittentes le nom dy erratiques , quand elles ne suivent aucun ordre, soit dans leurs types, soit dans leurs périodes j et on appelle subin trantes celles où un accès commence avant la fin du précédent. Les erratiques et les subintrantes ne sont pas aussi facilement curables que les intermittentes ordinaires.
Il y a aussi des intermittentes masquées
ou larvées , dans lesquelles il ne se déclare point les phénomènes propres à la fièvre, tels que le frisson , la chaleur et la sueur , mais elles se font reconnaître par la périodicité de leurs accès. Elles se signalent par des accès périodiques d’ophthalmie, de céphalalgie, d’odontalgie, d’otalgie ou d’un point de côté , etc. ; et elles sont ordinairement accompagnées d’un dépôt briqueté de l’urine et d’une amertume de la bouche ou d’un goût métallique.
le prognostic des fièvres intermittentes masquées n’est pour ainsi dire jamais fâcheux ; mais elles peuvent durer longtemps si elles sont méconnues, et si on ne les combat pas par le quinquina et les autres moyens que réclament les intermittentes ordinaires.
Il convient aussi de faire observer qu’on divise les intermittentes en printanières et en automnales. Les printanières sont ainsi nommées parce qu’elles se manifestent
dans le printems et cessent en juin et en juillet , tandis que les automnales commencent au mois d’août , durent jusqu’en hiver, pendant lequel elles finissent par le changement de la constitution atmosphérique.
Les printanières sont ordinairement légères , très-faciles à guérir et rarement compliquées. Les automnales sont d’une curation moins facile ; elles peuvent entraîner des suites fâcheuses et même devenir quelquefois mortelles.