OBSERVATION DIXIEME
Névralgie dentaire poste'rieure.
En 1793, Tellier, employé aux fermes, se plaignit de douleurs de dents du côté droit; la face était légèrement enflée et les dents saines, mais l'intérieur de la bouche du côté affecté bien plus rouge que l'autre. Gel état tluxionnaire dura plusieurs jours; les gargarismes adoucissans , les boissons calmantes et la chaleur de la partie entretenue par des compresses chaudes semblèrent arrêter les
' Obs. sur quelques affections douloureuses de la face^^ considc're'es dans leur rapport avec l'organe dentaire. Paris ^ i8i4. ln-8°.
progrès du mal ; mais les douleurs devenant plus vives au bout de douze jours , le malade se persuada que son état dépendait d'une molaire de la mâchoire supérieure , parce qu'il y éprouvait une douleur plus sensible que sur les autres. Dans cette idée , il vit un dentiste qui, après un mûr examen , ne reconnut aucune dent cariée; Favant-dernière dent molaire lui paraissant seulement plus sensible au toucher, il en conclut que la racine de cette dent était altérée; il en proposa l'extraction, à laquelle le malade consentit d'autant plus volontiers que ses souffrances étaient extrêmes et accompagnées d'un ptyalisme fatigant. La dent extraite se trouva saine; alors Beaupréau (le dentiste) estimant que c'était le fond de l'alvéole qui était altéré, en proposa la cautérisation. Comme le malade se crut soulagé, il s'y refusa; la journée et la nuit suivantes furent beaucoup plus calmes. Mais le lendemain matin , environ dix -huit heures après l'opération , les premières douleurs se firent sentir. Le dentiste , de nouveau consulté , insista pour cautériser l'alvéole , dans la vue , disait-il , de détruire la sensibilité du nerf. L'espoir d'être soulagé y fit consentir le malade; il en arriva bien autrement ; dès cet instant, les douleurs allèrent en augmentant ; les saignées répétées , les bains , les cataplasmes et les lotions narcotiques procurèrent assez de calme pendant huit jours, pour que Tellier reprît ses occupations ; la joue était restée seulement sensible au toucher et un peu plus rouge ,
le malade conservant toujours, du côté de la face, un sentiment douloureux mais supportable. Trois semaines s'écoulèrent dans cet état, et les douleurs revinrent ensuite avec la même violence et les mêmes rémissions. Pendant la première année, les accès parurent périodiques, en sorte qu'après trois semaines environ de repos , il y avait dix à douze jours de souffrances énormes ; mais pendant le calme, il restait toujours dans la partie un sentiment douloureux qui était supportable; Tintérieur de la bouche était plus coloré , et il y avait un crachotement fatigant. La seconde année , les accès furent plus fréquens et plus longs , et le ptyalisme plus abondant. Tantôt le malade ne supportait que les boissons chaudes , tantôt les froides lui étaient plus agréables. Pendant les accès de la douleur, la face entrait en convulsion , la joue droite étant alternativement plus plate ou plus ridée que la gauche; après l'accès, il y restait de légers mouvemens de rétraction. Mais, ayant passé deux ans dans cet état, sans éprouver aucun soulagement, malgré tous les remèdes employés , les paroxismes devinrent si fréquens, et ils offraient un aspect si horrible , que le désespoir s'empara de Tellier, et que ce malheureux mit fin à sa déplorable existence ^
' Duval, Opusc. cite. — Obs. communiquée par Allan,