OBSERVATION NEUVIEME
Névralgie nasale externe.
Joseph Beck , vigneron , demeurant à Kaisersberg , petite ville à deux lieues de Colmar, âgé de trente-quatre ans, d'un tempérament bilieux sanguin, fut atteint, il y a quelques mois, d'une dou-
' Van Swieten. Comment, in aphorism. Boerhaavii.^ 767.
leur périodique à la face, qui se manifestait chaque fois comme un éclair à la partie moyenne du sourcil du côté droit, descendait obliquement sur l'aile et le milieu du nez où elle se fixait. Cette douleur commençait tous les matins à sept heures, augmentait en intensité jusque vers les dix heures, et finissait vers une heure après midi. M. Noll fut appelé, pour la première fois, le 15 février 1816, à donner des soins à cet homme ; il le trouva dans le fort de l'accès : le malade éprouvait des douleurs déchirantes et lancinantes, si atroces, qu'il ne fut en état de répondre que très imparfaitement aux questions du médecin. Ces douleurs étaient portées à un tel excès, que Joseph Beck assura, dans un de ses momens de calme, que, si on ne parvenait à le soulager, il était décidé à se donner la mort. On ne put découvrir a cette névralgie d'autre cause qu'une colère extrêmement violente à laquelle cet homme s'était livré peu avant l'invasion de sa maladie. Comme la périodicité des paroximes était bien marquée, que, hors des accès, le malade se portait très bien et n'éprouvait pas la moindre sensibilité dans les parties si cruellement torturées pendant sa durée, M. Noll crut devoir recourir de suite au quinquina : ce médicament fut pris pendant trois jours ; mais bien loin de procurer du soulagement et de faire cesser les accès, il rendit les douleurs continuelles et permanentes. On substitua alors au quinquina les pilules de Meglin ; on commença par en donner une le matin et une le
soir, puis on augmenta graduellement la dose jusqu'au nombre de cinq, deux fois par jour. Quand le malade fut parvenu à cette quantité, à laquelle il resta jusqu'à la fin de sa guérison, les douleurs diminuèrent j-apidement, et elles ne tardèrent pas à disparaître totalement. Le malade persista pendant dix-huit jours dans l'usage du remède : il n'y eut pas de rechute ^ .
II. Entre les névralgies dont il a été question jusqu'ici, quelques unes sont d'une grande rareté, et les cas que nous en avons rapportés sont les seuls qui fussent à notre connaissance ; les autres sont beaucoup plus fréquentes; mais les exemples que nous avons choisis dans la foule appartiennent aux formes les moins communes de ces névralgies. Nous avons pu nous dispenser de consigner ici de celles qui le sont le plus : il est peu de médecins qui n'en connaissent quelque exemple, et nous serons entendu de tout le monde, quand nous aurons à tracer quelque trait qui s'y rapporte, dans la description générale du tic douloureux.
Laissant donc à ce point les névralgies de la branche ophthalmique et de tous les rameaux qui en dépendent, nous allons passer à celles de la maxillaire supérieure, dont les espèces ne sont ni moins distinctes dans quelques cas, ni moins compliquées dans beaucoup d'autres , et qu'il n'im-
' Meglin. Recb. sur la iievr. faciale. Strasbourg, 181G, in -8"..
porte pas moins de distinguer dans tous , de celles avec lesquelles elles sont susceptibles d'éîre confondues.
Nous ne pourrions citer comme exemple de névralgies du rameau orbitaire que des cas dénature fort douteuse ; aussi allons-nous passer immédiatement à celles du rameau dentaire postérieur. On verra, dès la première observation comme dans celle qui doit la suivre, un exemple d'une grave méprise dans laquelle on dut tomber autrefois bien fréquemment , et qu'on n'évite peut-être pas toujours aujourd'hui , quoiqu'on prenne soin de la signaler dans tous les travaux sur le tic douloureux, et quoique le savant dentiste, M. Duval, ait consacré à ce sujet un opuscule intéressant ^