‹ Considérations pratiques sur les névralgies de la faceChapitre 11 sur 30 · OBSERVATION ONZIEME · texte numérisé non relu

OBSERVATION ONZIEME

Névralgie dentaire poste'rieiiie.

Madame Marie- Madelaine Haraberger, épouse du sieur Noil, officier de santé à Ammerschwyr, à deux lieues de Golmar, âgée de trente-huit ans , d'un tempérament mélancolique, d'une constitution sèche, ayant le genre nerveux très sensible, fut affectée d'un tic douloureux sous l'apparence d'un mal de dent, vers le 15 novembre 1812. La douleur venait par accès plus ou moins violens et plus ou moins fréquens. Elle s'était principalement fixée sur la dernière dent molaire de la mâchoire supérieure du côté gauche. La malade ayant eu beaucoup à souffrir dans sa jeunesse de plusieurs dents attaquées de carie, elle crut que, pour cette fois elle avait affaire au même mal, et qu'elle obtiendrait un soulagement prompt du remède qu'elle était habituée à employer, savoir, de se faire enlever la dent cariée : elle avait, de cette manière, fait arracher huit de ses dents, à des époques différentes, et toujours avec un égal succès, la douleur ayant disparu à chaque fois presque aussitôt. En conséquence elle se décida sans peine à faire extraire la dent soupçonnée ( la dernière molaire); elle fut enlevée avec adresse, mais elle ne parut nullement malade. Cette bonne dame fut, pour cette fois, trompée dans son attente; les douleurs continuèrent et devinrent insupportables. Il se manifestait quelquefois dans la journée, j)ar

( 45 ) accès plus ou moins lougs , des spasmes si violens dans l'alvéole de la deni enlevée, ainsi que dans les muscles buccinateur et masséîer, qu'il semblait à la malade qu'on lui arrachait ces parties avec des tenailles; à cet état se joignait un resserrement douloureux et comme tétanique, de la mâchoire inférieure, au point que la malade ne pouvait introduire qu'avec peine une nourriture fluide dans sa bouche. La malade a avoué, depuis sa guérison, que, dans l'excès de ses souffrances, elle avait pensé plus d'une fois à se donner la mort. M. Noll employa tous les remèdes caïmans qu'il put imaginer, mais sans aucun succès. Cet état affreux de son épouse durait depuis trois semaines lorsqu'il alla consulter le docteur Meglin, de Colniar. Celui-ci conseilla l'usage de ses pilules d'extrait de jusquiame noire, d'extrait de valériane sauvage, et d'oxide de zinc sublimé. Elles furent portées successivement à six le matin et à six le soir, de trois grains chacune. Dans l'espace de trois semaines, la guérison fut complète; depuis ce temps il n'y eut pas la moindre récidive.

En fouillant dans les archives de la science, on ti'ouve un grand nombre de faits analogues; la plupart des ouvrages sur l'odonlalgie en renferment quelques uns , et il n'est pas rare d'en trouver dans lesquels on a arraché toutes les dents d'un côté jusqu'à la dernière avant de reconnaître que la maladie tenait à une autre cause que l'altération de ces os.

Ce n'est point parla difficulté du diagnostic que se fait remarquer la névralgie dont nous allons parler maintenant, mais bien plutôt par sa fréquence et son opiniâtreté. La névralgie du rameau sous-orbitaire de la branche maxillaire supérieure est une de celles qu'il importe le plus de connaître avec précision ; car si c'est celle contre laquelle a le plus fi'équemment réussi l'opération chirurgicale, c'est celle aussi qui a été le plus souvent attaquée sans succès par le même moyen. Si l'on eût eu, dans tous les cas , une connaissance précise du siège du mal , on aurait pu prédire à l'avance quel serait le résultat de la section du nerf. Nous ne craindrons donc pas de rapporter un certain nombre d'exemples de névralgies sous-orbitaires et de choisir les plus détaillés.

C'est presque un devoir de placer en première ligne le plus ancien que nous connaissions.

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