‹ Considérations pratiques sur les névralgies de la faceChapitre 12 sur 30 · OBSERVATION DOUZIEME · texte numérisé non relu

OBSERVATION DOUZIEME

Névralgie sous-orbitaire.

Marie Furrerin, d'environ soixante ans, d'une taille élevée, grêle, d'un tempérament chaud et sec, mère de onze en fans, cessa d'être réglée à cinquante-deux ans; elle éprouva depuis lors une hémicranie pour laquelle elle vint me consulter avec son mari, chirurgien distingué, pour la première fois le 1«*" juillet 1692. La douleur vient subitement, occupe cette partie de la joue droite qui

est au dessous de la paupière inférieure , là où se trouve le grand os de la mâchoire supérieure; de là elle s'étend vers la tempe, elle occupe en même temps le front au dessus de l'œil , la moitié droite du nez et cette partie de la lèvre qui est sous l'aile droite du nez; le moindre contact y est presque insupportable. Cette douleur tourmente cruellement la partie postérieure de l'œil, qu'elle fait rentrer en quelque sorte dans l'orbite , et détermine un écoulement abondant de larmes. Les gencives de la mâchoire supérieure sont aussi douloureuses, quoique toutes les dents en aient été depuis longtemps arrachées; on remarque du côté droit un tiraillement de l'aile du nez, d'une partie de la lèvre supérieure et de la portion voisine de la joue. Ce tiraillement gênait quelquefois la mastication, mais n'était pas aussi fort et ne déformait pas tant la face que je l'ai vu quelquefois. La douleur est lancinante, brûlante, pongitive, tensive, presque intolérable, mais courte et momentanée, revenant une ou plusieurs fois par semaine , par jour, ou même par heure. Aujourd'hui, au moment où j'ai vu la malade , elle a éprouvé plus de six accès dans une heure; chaque fois, les larmes ont coulé de l'œjl droit seulement, qui était rouge , la lèvre supérieure droite a éprouvé un tremblement, puis une rétraction en arrière, avec l'aile du nez. Il y avait a cette partie de la lèvre un vaisseau très enflé qui s'affaissait après la douleur, et on le touchait alors sans irriter le mal, ce qu'on ne pou-

vait Taire autrefois ni pendant ni après l'accès. La douleur monte parfois au synciput, au vertex, d'où elle descend vers le cou. De temps en temps les nuils sont calmes ; et quand la malade souffre trop fiéquemnient dans le jour, l'appétit se perd. D'après le conseil de plusieurs médecins, de Murait, Lavater, Yitoduranus et autres, eile a employé un grand nombre de remèdes, vésicatoires, emplâtres d'onguent huileux, gargarismes, fomentations, et le tout en vain. Son mari lui a arraché successivement jusqu'à la dernière molaire toutes les dents de la mâchoire supérieure, la canine et les incisives *, récemment il enleva avec le bistouri une portion de la gencive, à l'endroit où étaient la canine et les petites molaires ; l'opération fut faite h sept heures du matin, la douleur fut suspendue jusqu'à sept heures du soir, mais elle reprit alors avec la même violence , ce que la malade attribua à l'hémorragie trop considérable qui eut lieu. Il s'y est fait depuis une petite exfoHation de l'os. L'artère temporale a été ouverte deux fois. Une foule de médicamens ont été adininistrés à l'intérieur.

Je pense, dit Wepfer, que le mal réside dans le nerf qui répand ses filets dans l'orbite, dans l'os maxillaire supérieur et les racines des dents, sort par le trou sous-orbitaire, et se répand dans la lèvre supérieure et Taile du nez.

( Vésicatoires derrière les oreilles et sur toute la tète, cautère, selon, artériotomie a plusieurs reprises, embrocations avec une décoction de

( 49 ) plantes céphaliques, pédiluves id., poudre céphaliqueavec racine de valériane, pseon. limail. , etc.

Au mois de septembre, la malade écrit qu'elle a appliqué le vésicatoire sur la têle, pris la poudre, subi Fartériotomie ; que la douleur a éprouvé une rémission de deux ou trois jours pour revenir comme auparavant ; elle refuse le cautère et plus encore le séton.

( Même prescription. )

Le 16 octobre 1692, tous ces moyens étant sans succès, Wepfer conseille encore le séton.

Vers Tautomne de 1693, la phthisie se déclare, et la malade meurt au mois de mars 1694, dans le dernier degré du marasme.

Quoique la douleur ne restât pas, au plus fort de l'accès, parfaitement renfermée dans les limites qu'embrasse le rameau sous-orbitaire de la maxillaire supérieure, cependant les parties auxquelles il se distribue après sa sortie du canal osseux qu'il traverse étaient si évidemment le point de départ de cette douleur, et sa violence en cet endroit l'emportait si constamment sur celle à laquelle elle parvenait en tout autre , que nous ne croyons pas nous être trompé en assignant à la névralgie, dans ce cas, le siège que nous venons d'indiquer, et en en faisant une espèce particulière. C'est celle dont on trouve le plus d'exemples parmi les observations qui ont été publiées jusqu'à ce jour. Il serait difficile d'en trouver un plus analogue en tout au précédent, que celui dont la relation fut insérée

en 1811, par le docteur Megliri, dans le Journal de médecine de Corvisart, Leroux et Boyer. Le suivant s'en rapproche également beaucoup. Nous le citons pour cette analogie, mais surtout parce qu'il servira plus tard de base à des considérations thérapeutiques que nous croyons n'être pas sans importance.

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