‹ Considérations pratiques sur les névralgies de la faceChapitre 16 sur 30 · OBSERVATION SEIZIEME · texte numérisé non relu

OBSERVATION SEIZIEME

Maxillaire inférieur. Mentonnier.

Le sieur Lespart, bourgeois de Versailles, souffrait depuis quatorze à quinze ans les douleurs les plus cruelles d'un tic douloureux qulaymi son principal siège à la mâchoire inférieure du côté gauche, ou plutôt dans une branche de nerf de la cinquième paire appelée 7naxillaire inférieure, qui sort du canal de la mâchoire par le trou mentonnier. Ces maux ne laissaient au malade aucun relâche; jour et nuit il courait comme un insensé et un furieux; il ne pouvait mâcher, et dans le temps de la déglutition il faisait les grimaces les plus horribles; enfin son tic le fatiguait au point, par ses fréquences, qu'il était obligé d'avoir continuellement le menton appuyé sur un point solide; il ne pouvait presque pas parler, il était aussi dans l'impossibilité de vaquer aux affaires indispensables d'un négoce étendu. Son tic s'annonçait par des cris plaintifs, il finissait par des accens gradués, entrecoupés, et une respiration précipitée par le nez, et était accompagné d'une extension générale et d'une distorsion continuelle du nez, des lèvres, de la bouche et de tout le visage, et des douleurs si grandes et si vives qu'il disait toujours qu'on lui arrachait avec violence les tempes et le pariétal du côté malade. Il avait pendant tout ce temps fait beaucoup de consultations et de remèdes, et il n'y eut guère de charlatans qui n'eus™

( 'i-i ) sent essayé de lui en donner. Mareschal fut le premier qui connut la nature de la maladie , et son opinion fut que le véritable moyen de la guérir était de pratiquer la section du nerf mentonnier à l'endroit même où il sort par le trou de ce nom.

L'opération, pratiquée par l'intérieur de la bouche , n'atteignit probablement pas le nerf qu'il fallait couper; les symptômes restèrent les mêmes jusqu'au dix-septième jour, qu'il survint une hémorrhagie extrêmement violente , accompagnée d'un soulagement d'environ deux mois , pendant lesquels il n'y eut que quelques accès passagers de tic douloureux.

Après ce temps, le mal reprit de nouveaux accroissemens, et le malade retomba dans des douleurs encore plus aiguës que par le passé. André, de Versailles, consulté à cette époque, eut recours à la cautérisation, qui lui avait réussi plusieurs fois. «Le caustique ayant pénétré jusqu'à l'os , ditil , et mis à nu le trou mentonnier, j'aperçus distinctement le paquet des vaisseaux, le nerf, l'artère et la veine confondus avec les fragmens de l'escarre; je les pinçai et secouai légèrement, à l'instant le tic reparut. » Assuré d'avoir ainsi pénétré jusqu'à la source du mal, André crut devoir pratiquer encore plusieurs cautérisations successives , dont nous aurons occasion de parler dans un autre endroit, et le malade fut guéri, après avoir, il est vrai, supporté quelques opérations inutiles outre une opération nécessaire, et pour laquelle on ne saurait

( 75) donner trop d'éloges à celui qui la pratiqua le premier.

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