OBSERVATION DIX-SEPTIEME
Maxillaire inférieur. Meiitonnier.
Le sieur "^^^j procureur fiscal de Château- Thierry, âgé de plus de soixante-quinze ans, était, dit encore André, dans le même état dont je venais de tirer le sieur Lespart ; la conformité de leurs maladies les avait liés de l'amitié la plus étroite, ils se rendaient un compte mutuel des moyens qu'ils mettaient en pratique pour se soulager. En conséquence le sieur *** partit sur-le-champ de son pays et vint à Versailles chercher le même avantage que je venais de procurer à son ami.
Son aspect m'effraya, je balançai long-temps si je renverrais ce malade ou non, sans faire aucune tentative ; effectivement, outre la maladie pour laquelle il était venu, il était vieux et usé, il avait le visage livide et décharné , il crachait sans relâche du pus verdâtre et en grande abondance; de plus, il portait depuis long-temps une fistule complète à l'anus, il avait essuyé l'opération; enfin il avait inutilement essayé de tout ce que l'art a de plus connu et de plus efficace dans l'une et l'autre médecine.
Les instances réitérées de ce pauvre vieillard , son triste état, ses tourmens continuels l'emportérent sur mes répugnances, et me déterminèrent à
mettre en œuvre les moyens qui m'avaient déjà réussi.
Les douleurs convulsîves étaient dans le nerf maxillaire du côté droit. Je lui fis la même opération que je fixai sur le trou mentonnier; je continuai l'application des caustiques jusqu'à ce qu'il fui découvert et que toutes les adhérences du nerf maxillaire inférieur fussent détruites ; alors tous les accidens de son tic douloureux cessèrent.
Une fluxion de poitrine qui survint au malade et qui faillit l'emporter, le préserva des cautérisations ultérieures que voulait encore pratiquer le chirurgien. Il partit dès qu'il fut en convalescence. Il n'a jamais ressenti la moindre atteinte de son tic douleureux , quoiqu'il ait survécu plusieurs années à cette opération.
Nous terminerons tout ce que nous avions à dire sur les névralgies de la cinquième paire en particulier, par la relation du fait suivant que l'on doit à Marc-Aurèle Severino.
OBSERVATION DlX-IlUmEME.
Névralgie du Mentonnier.
« Antonius a Cavio provincise romanœ oppido , sacerdos sodalis Franciscanus ex his, quos convenluales appellant*, homo vigesimum quintum , aut circiter, annum natus; pusillocorpore, habita
gracili , dejecto plane colore , crasi omnino biliosa et non nihil exusta ; id sibi molestiarum et morbi , decemjam annos, questus est incurrisse. Ad médium inferioris maxillse locnm , qua oum labro , item inferiore mediis merabranis connectitur , nullo unquam apparente tumore , vel alieno colore, prurigo insultât in dies, saepe sic gravis et effera , ut necessum sibi sit , ut dolor ejusmodi prehendat , nunc dextera , nunc lœva manu , partitis scilicet quasi vicibus laboris, locum, quà mentum incohat , vehementissime quatere , pressumque hue îlluc varie deducere ; quo facto in horas particulse defricatu sic posse quiescere ut furienle illo dolore non deprimatur, alque dispereat! quamquam qualis illa quies, aut qualis illa levatio sit, cui supersit amaritudo incomparabiliter potior ! cui malo nullse pares corporis aut inanitiones, aut expurgationes , aut assse sudationes : ut neque diversoria remédia, fonticuli, externa epithemata, intinctus medicamentorumacerrimi, et quse denique non medeîse ! adde neque diruptus, concisusque , particulee , quse perpetuo , credo , lancinatu callum obduxerat. Quid plura? Sed neque vis ignis ex ferro diaphano , et scintillante, vitii virus excoquere , quid dicam autem extirpare valens fuit : adeo scilicet atrox fomes altis nixus radicibus intime se reduxerat.
« Vivit adhuc vitae pertaesus homo , vigiliis
nocturnis , molestiisque diurnis , quassus , actusque, sic, ut aridus , et squalens toto corpore,
( -78 ) futurum sit aliquando , ut doloribus , salis in moduni, quod Plaulus ait, liquescat. Res nota nuUis non Cœnobii fratribus , medicisque neopolilanis , quoshomo miserabilissingulos consuluit, patavinis et vcnetis, et romanis etiam exacto tempore immedicabilis.
« I nunc et assere , malum exile loco perexiguo circumscriptum , externum , et quasi hilum in se coactum , muitis et magnis medicamentis omnis generis , et exquisitis cessurum ! 1 etc. {^L-Aur, Severini^de Recond, absc. ;z^^ , pag. 236, édit. 1724, in-4.)
IV. Nous devrions placer ici peut-être quelques remarques générales sur les névralgies de la cinquième paire, considérées dans l'ensemble de toutes les variétés qu'elles peuvent offrir ; nous trouvons plus commode néanmoins de renvoyer aux considérations générales sur les névralgies de la face ce que nous avons à dire de celles-ci ; car nous tenons à ne pas interrompre par de longues réflexions la série des faits qui doivent trouver place dans ce travail. Aussi allons-nous passer immédiatement à l'histoire des névralgies de la portion dure de la septième paire.
Névralgies du Nerf facial.
Rien n'est plus faux que l'opinion long-temps, généralement admise , et consignée encore aujourd'hui dans des ouvrages estimés , que le nerf
facial est le siège ordinaire du lie douloureux. Ceux mêmes d'entre les praticiens qui ont déjà relevé en partie cette erreur, comme MM. Boyer et Deîpech , en sont restés encore entachés, car assurément la névralgie du facial n'est pas aussi fréquente qu'ils le disent. Ce n'est pas que nous prétendions donner notre assentiment à l'assertion de Georget , qui déclare que jamais celte névralgie n'a été observée. Non, cette assertion est fausse, et on va le voira l'instant; mais c'est certainement une affection fort rare que la névralgie simple çlprimitive de la portion dure de la septième paire de nerfs. Ce n'est pas sans peine que , entre plusieurs centaines d'observations détaillées de névralgies de la face que nous avons rassemblées de toutes parts, nous en avons trouvé quatre ou cinq de l'espèce de celles dont nous nous occupons maintenant ; et encore sont-elles bien loin d'offrir les conditions que l'on y désirerait , et qui seraient indispensables pour qu'on pût prendre sur elles une idée nette et complète de la maladie.
A défaut de faits plus précis, nous indiquerons d'abord sommairement les premiers de ceux qui vont suivre, dont Ig^ détails portent sur d'autres points que ceux que nous avons à faire connaître ici , et nous placerons à la suite les observations les plus concluantes qui nous soient connues.