CONSIDERATIONS GENERALES
Aperçu historique.
Il est une classe de maladies qu'on pourrait dire, en quelque sorte , nées pour le tourment des médecins aussi bien que pour celui des malades. Soumises à une espèce de caprice, on les voit céder dans un cas à l'emploi d'un traitement qui a échoué dans vingt autres, ou résister sans faiblir aux remèdes les mieux éprouvés; et l'on pourrait dire d'elles, sous ce rapport, que leur caractère constant est de n'en point avoir de tel. Ces maladies sont les névralgies. Long-temps confondues avec des affections de nature très diverse, elles n'ont été, que dans les temps modernes, distinguées en
( 6 ) une classe à part. Si le cadre nosographique présente peu de maladies qui offrent aux yeux de l'observateur des traits plus propres a les faire reconnaître, il n'en renferme pas une seule peut-être dont la nature soit enveloppée de plus d'obscurité. On s'en aperçoit aux systèmes dont elles ont été l'objet; et, de toutes, celle qui en a fait naître le plus, c'est peut-être la névralgie faciale, c'est-àdire celle précisément dont il y a le moins de temps qu'on s'occupe. On pourrait dire en effet que l'étude du lie douloureux date à peine des derniers siècles qui ont précédé le nôtre : tout ce qu'on trouve dans les ouvrages antérieurs à ceux d'André, Sauvages et Fothergill, n'aboutit presque qu'à démontrer qu'on ne fut pas plus exempt autrefois qu'aujourd'hui des atteintes de celle affection redoutable.
Quoi qu'il en soit , il ne nous paraît pas hors de propos d'en recueillir les traces dans les premiers monumens de l'art , et de suivre , à travers les époques de notre histoire, la série des observations et des idées qui ont eu cours sur cette matière.
Nous remonterons jusqu'à la source primitive de la science des anciens temps , moins dans l'espoir d'y puiser des notions d'une grande importance, que pour suivre une sorte d'habitude reçue, et en cédant à une curiosité bien naturelle et qui n'est pas toujours vaine.
L'observation suivante d'Hippocrate ne se rapporte-t-elle point au tic douloureux de la face? On
a €ru reconnaître souvent, dans les écrits du père de la médecine, des maladies dont la description s'éloignait bien plus encore de la nature que ne fait celle que l'on va lire.
« Phenicis affectïo ea quidem erat, dextro oculo fuigetrse sibi prsemicare videbantur, parvoque postea temporis intervallo dolor ad tempus dextrum instabat, deinde per capul ac collum. Caput intendebatur rétro ad verticula, et distentio et durilies circum tendines , et ubi caput commovere , aut dentés diducere conabatur, non poterat, ut qui valde distendebatur. Vomitiis, ubi facti fuissent, prsedictos dolores avertebant et leniores faciebant. Sed et venae sectio proderat et veratri potio, eduxit autem varia, et omnigena, maxime vero prasina. Epidem. Lib. V. ad fin. Obs. repet., in lib. VII. «
L'élégant auteur qui représente pour nous, tout entière, la médecine des Romains, paraît n'avoir pas ignoré l'existence de la maladie qui nous occupe. A la vérité, on a eu tort de citer, comme s'y rapportant, le chapitre (lib. iV, cap. n, art. 2) où il traite de celle désignée par les Grecs sous le nom de Spasine cynique, affection aiguë et fébrile, qui n'a nul rapport avec la névralgie faciale ; mais Geise semble avoir en vue quelque chose d'analogue au tic douloureux, lorsqu'il dit, en parlant des diverses espèces de céphalalgie : « Prseter hsec, dolor- intolerabilis, maxime circa tempora, veloccipitium bique omnes dolores modo in febre, modo
(8) sine hac sunt : modo in toto capite, modo in parte;
INTERDUM SIC , UT ORIS QUOQUE PROXIMAM PARTEM EX- GRUGIENT. Lib. IV, cap. II. »
Aretée est bien plus explicite et plus précis; il manque peu de chose à sa description pour donner de la maladie une idée juste et complète , bien que cette description se trouve mêlée a celle de la migraine ordinaire. « Formae cephalese, dit l'auteur, infinitae sunt. Quibusdam enim perpetuus dolor;... non nuUis per circuitus revertitur, ut iis
qui quotidiana intermittente febricitant dolor
modo est in toto capite, modo in dextra magis, modo in sinistra, modo circa frontem, aut sinciput : haecque eodem die incerto et erratice fieri soient. Quidam dextra tantum parle dolent, quidam Iseva ; qua tempus, vel auris, vel supercilium upum , vel oculus ad médium usque terminalur, vel qua nasus in aequas partes dividit : ultra quem terminum dolor non progreditur, dimidium tantum ca-
pitis occupans Haud levé malum : quaravis
intermittit, quamvis exiguum esse prima specie videtur : nam si acute interdurn impetum faciat, fœda atque atrocia detrimenta atfert : nervi distenduntur, faciès obtorquetur; oculi vel contenti instar cornu rigidi sunt : vel hue, atque illuc interius convelluntur, ac vertiginose agitantur : in ipsisque dolor profundus usque ad intimas tunicas
descendit neque uUa causa praecessit, perinde
ac si quis ligno plagam inflixerit (De Caus. et
sign. diuturn. Lib. I, cap. ii.) »
Cœlius Aurelianus, traitant de la céphalée, dit quelque chose d'assez analogue à ce qui précède ; il parle même d'une forme de Themicranie, ayant son siège dans les muscles delà tempe, et désignée par les Grecs sous le nom de KpoTacpov ; mais on lit surtout dans son précieux ouvrage une description du rapt as caninus , qui doit trouver place ici. « In ista passione constitutos, dit Cœlius, sequitur conclusio, sive contractio repentino motu veniens ac recedens sine ulla corporis turbatione, in utriusque labii ultimo fine, sive oris angulo, ut etiam buccas adducat in posteriorem partem creberrime, tanquam ridentibus, nunc palpebras, vel supercilia ac nares, ut eliam colla atque humeros rapiat, etila patientes faciat commoveri, tanquam onus humeris bajulantes transferendi ponderis causa. » S'il y avait de la douleur dans le raptiis caninus, ce qu'on pourrait induire peut-être du rapprochement de quelques endroits du livre de Cœlius Aurelianus, dans lesquels il semble qu'il soit fait allusion à celui-ci, ce raptas ne serait pas différent de la prospalgie; au cas contraire, la description qu'on vient de lire se rapporte admirablement au tic non douloureux , et nous avons dû la rappeler, car ces deux maladies ne sont pas sans analogie.
Nous ne connaissons de Galien aucun passage duquel nous puissions dire positivement qu'il s'applique à notre objet. A la vérité, pour affirmer des œuvres d'un écrivain aussi enclin aux digressions que Galien , et h qui il arrive si l'réquem-
ment de parler d'un sujet à l'occasion d'un autre, qu'on n'y trouve rien sur un point déterminé, il faudrait le lire d'un bout à l'autre tout exprès pour s'en assurer, et nous avouerons franchement que nous serions peu disposé à nous imposer en ce moment une pareille tâche. Quoi qu'il en soil, voici parmi les souvenirs qui nous restent de la lecture de cet auteur, ce qui nous semble aller le mieux à notre but. « In iis quos convulsio correptura est, dit-il en un endroit, hic muscuius (le peaucier) primus omnium tenditur. Itemque ea affectio quam caninam convulsionem Dominant, musculum hune potissimum occupât. (De Dissect. musc., cap. i.)^) Dans un autre endroit, déjà remarqué et cilé par Rhazès; il dit : « Spasmus aut accidit in toto corpore, sic epilempsia : aut accidit medietati corporis ad modum spasmi accidentis antrorsum aut retrorsum : aut accidit in membro : sicut tortura
NERVI VENIENTIS LABOS ET MANDIBULIS ET NASO *, prO-
grediuntur a pari tertio nervorum cerebri : alias progrediuntur a parte interiori cerebri. » Cette dernière réflexion est remarquable; peut-être autoriserait-elle à supposer à Galien des connaissances plus étendues sur ce sujet, que celles dont on trouve clairement l'exposition dans ses écrits; mais ce n'est pas d'élever une telle discussion qu'il peut être question pour nous en ce moment.
Oribase, Alexandre, Aetius, Paul d'Égine, Actuarius, n'ont rien qui puisse nous arrêter.
Les Arabes ne paraissent pas non plus avoir
connu le lie douloureux. Le passage de Rhazès\ cilé par Dreyssig^^ ne saurait s'appliquer à celle maladie , et celui d'Avicenne^, où Pujol, suivi depuis par Sprengel , avait cru en trouver la description , ne se rapporte évidemment qu'à la paralysie de la face. Toutefois l'un et l'autre de ces auteurs rappellent les idées de Galien sur les spasmes de la face; mais la manière dont ils le font prouve ellemême qu'ils n'entendaient pas les appliquer h une affection spéciale dont les caractères eussent été aussi propres que ceux de la névralgie de la face à les frapper d'une manière particulière.
La même remarque s'applique parfaitement à Balescon de Tarenle et à Bernard de Gordon, qu'on a aussi cités, mais sans plus de raison, comme ayant eu connaissance du tic douloureux. Leurs successeurs, jusqu'au dix-septième siècle, n'y songèrent pas davantage.
Tout ce qu'on peut induire de ce qui précède, c'est qu'on avait eu probablement , dès lors , plus d'une fois occasion d'observer la névralgie faciale , mais que la science n'avait encore tiré nul profit d'observations recueillies sans exactitude et décrites sans précision e L'absence de ces deux qualités, dans les observations de médecine, devient de moins en moins sensible, pour le tic douloureux comme pour toutes
' Contùi. jlih. 1, cap. 5, éd. venet., iSsg. ^ Trait, du Diagnostic Médical , tr. de l'allem.; Paris^ i8o4, p. 45i.
^ Ca/z., 3, fen 2, cap. i5.
( 12) les maladies , à mesure que les progrès de la philosophie expérimentale, au dix-septième siècle, apprennent à donner beaucoup plus de place à l'exposition simple et nue des faits, et beaucoup moins aux explications ou théories hypothétiques.
Strobelberger fut, dans ce siècle, un des premiers qui paraissent avoir eu connaissance de la maladie qui nous occupe; mais le seul titre de son livre {De Podagra dentium) doit faire présumer que ce n'est pas cet ouvrage qui nous a suggéré la réflexion qui précède sur les progrès de la bonne méthode. Outre les exemples plus ou moins curieux de céphalalgie ou d'odontalgie, rassemblés dans l'hnportant recueil des mémoires de l'Académie des curieux de la nature , qui ne paraissent pas entièrement étrangers à notre objet, ce recueil renferme plusieurs faits qui s'y rapportent évidemment, et que leurs auteurs ont reconnus pour constituer une maladie particulière. La première a pour sujet le fondateur même de cette académie, Laurent Bausch % qui succomba épuisé par quatre années de tourmens que lui avait fait endurer une névralgie maxillaire. Un autre médecin , atteint d'une névralgie frontale, ne put s'en débarrasser par aucun traitement, et la porta jusqu'au tombeau. Daniel Ludwig, qui nous a conservé ce fait^, dit avoir assez fréquemment vu des cas analogues.
' Miscell. acad. natur. curios. Dec. I, an II. ^ Miscell. acad. natur. curios. Dec. I , an III.
Degner, le même à qui l'on doit un ouvrage estimé sur la dyssenterie qui régna à Nimègue en 1736, a tracé, avec une exactitude qu'on n'a pas toujours surpassée depuis, l'histoire d'une névralgie, dont nous reproduirons plus loin les détails ï. Fr. Hoffmann 2, et quelques autres praticiens, en firent aussi connaître quelques cas.
La science en était à ce point à l'époque où André , chirurgien de Versailles , publia ses recherches sur cette matière^. Des faits dispersés, et décrits comme le sont, en général, des observations insolites dont on ignore la valeur et le caractère , voilà tout ce qu'on possédait ; et encore les hommes que leur propre expérience aurait mis en état d'en saisir l'analogie avec ce qu'ils avaient eux-mêmes observé, en ignoraient-ils jusqu'à l'existence. C'estau chirurgien de Versailles quenous venons de nommer, et non à l'anglais Fothergill , qu'il faut faire honneur, non pas d'avoir parlé le premier du tic douloureux de la face, ils avaient été , comme on l'a vu ci-dessus, prévenus en cela l'un et l'autre, mais d'avoir connu le véritable caractère de la maladie. Toutefois, ce ne fut point l'inventeur qui réussit le mieux à appeler sur ce sujet l'attention des médecins ; cet avantage était réservé à des écri-
' Act. acad. nat. ciir., t. ï, p. 347- ^ Consult, med., de cap. Morb.
3 Obs. prat. sur les maladies de Turèthre et sur plusieurs faits convulsifs, etc. Paris, "^J^^ y in-i2.
vains dont le nom eut plus de poids que le sien; tels furent Sauvages^ et Fothergilh. Tliouret et Andry-^ furent ceux qui publièrent les observations les plus nombreuses et les plus importantes. Pujoî4 mit au jour la première monographie qui ait été composée sur la matière ; et cet ouvrage , malgré sa teinte on peu trop hypollîélique, est un de ceux qui font honneur au médecin de Castres, dans les œuvres complètes duquel on est surpris de ne le pas retrouver. Selle ^, Bonnard^, Lentin7, Thilenlus^, Waton^ , Leidenfrost »» , Siebold",
» Nosol. method., t. ï.
^ Of a painful affection of the face, in med. obs. and inquiries, n*' 49-
^ Thouret, Obs. sur les veitus de l'aimant. Hist. de la Soc. Roy. de Med.; 1776, p. 281. — Du même : Mémoire sur l'affection particulière de la lace , à laquelle on a donne le nom de tic douloureux. Mem. de la Soc. Roj. de Me'd., 1782-83, p. 2o4. — Andry et Thouret : Obs. et recherches sur l'usage de l'aimant en mc'd., etc.; Me'm. de la Soc. Roy. de Med., 1779, p. 53i.
^ Essai sur la maladie de la face, nommée le tic douloureux, etc. Paris, 1787, in-12.
^ Neue Baitrsege zur Natur-und Arzneiwissenschaft, Berlin, 1782-3, trad. en franc, par Coray, sous ce titre : Obs. de Me'd. Paris, an IV, 1796, p. 22.
^ Journ. de Me'd.
7 Hufeland's Journal B. IX. st. i. s. 56.
^ Med. und chir. Bemerk. s. 283.
9 Journ. de me'd., 1793, t. 93.
'° In Forstmann Diss. infra indic.
" Doloris faciei morbi rarioris obs. illustr. adumbratio. Diairibeï,Wirceburgi, 1 796, in-4"; d'^'ï^ibe II, 1797, in-4"-
Reil ï , Oswald^ Volger^, Rahn4, etc. , firent connaître leurs observations particulières; Breiling^, Haighton^, Klein 7, etc., les succès de leurs opéraîions chirurgicales; Menuret, Desondes, Longavan et Dupouy^, Sachse9, Posewitz, Sauter, Jonas, etc., les réflexions que leur suggérait un sujet si nouveau; Hamel ^^^ Fortsmann ", Simon ^2, Sieboldi^, Weisse ^4, Lœnenï^, résumèrent, dans des dissertations intéressantes, les résultats de tous les travaux publiés avant eux.
Dans le courant de notre siècle, les faits ont été accumulés en assez grand nombre dans les journaux et les recueils académiques; une foule de remèdes divers ont été essayés comparativement; des mémoires étendus ont été publiés , entre les-
V Meniorabil. clinic, fasc, i, p. 7.
^ Arch. (îer. prakt. Heilkunde, etc. B. II, st. II, 11° 1.
3 Volger, in Blumenbach med. Biblioth. B. II, p. 5o6.
4 Muséum der Heilkunde. B. ï.,no 36. 4o. ^ In Hufeland's Journ. B. 26, st. 4-
^ Biblioth. med. infr, cit.
7 In Siebold's Chiron. B. II, s. i5y.
^ Journ. de me'd. 4*
9 In Hufeland's Biblioth. B. 4;.
'° De la nevralg. faciale. Thèses de Paris.
" Diss. inaug. med. de dolore faciei Fothergillii. Duisbourg, 1790, in-4*'.
'2 Diss. de prosopolgia , Halle, 1793.
'^ Diatrib. suprà citât.
'4 Weisse, de dolori faciei prosopolgia dicto. lena, 1796. etinBrera syllog. opuscul. T. IV, p. i34.
'^ De dolore faciei convulsiv. Groning., 1797.
quels se distmguenl ceux de Meglin», Frank ^ et Masius^. Nous nous efforcerons d'en consigner dans celui-ci les résultats les plus importons ; ce sera le moyen le plus sûr d'en faire connaître la véritable histoire.
Description de la maladie.
Nous ne croirions point avoir assez fait en nous bornant, à l'exemple de tous nos prédécesseurs, à donner une description générale de la névralgie faciale, et à fondre en un seul tableau les traits assez divers des affections comprises sous ce nom. Si de telles descriptions , quand elles expriment tous les caractères cbmmuns et vraiment essentiels d'objets bien déterminés et. parfaitement connus dans leurs détails , ont l'avantage de présenter sous un même coup d'œil tout ce qu'il importe de voir dans chacun de ces objets; elles ont, dans le cas contraire, l'inconvénient de ne représenter que de fausses abstractions , des tableaux imaginaires, et de rendre toute déduction qui les prendrait pour base, incertaine ou erronnée; et, en tout
' Dans le journ. de Leroux , Corvisart et Boyer ; la bibîioth. med., et dans : Recherches et obs. sur la neVralgie faciale. Strasbourg, i8i6, in-S**.
=" Prax. med. praecept., t. IV.
^ In Hufeland's Journ.; Nouv. Bibîioth. german. 5 Hecker's Annalen dcr oesammten Heilkund. T. VI.
( 17) cas, quelque désir qu'on ait de donner ainsi en raccourci l'histoire de ce qu'il y a d'important à connaître dans toute une série de faits , la rigueur des procédés logiques auxquels on proclame si souvent la nécessité de se soumettre en médecine, et dont on s'affranchit si volontiers , ne permet pas de le tenter avant qu'on connaisse sur chaque forme d'une maladie tout ce qui constitue son individualité , toutes les circonstances qui s'y rapportent. Or, bien loin qu'on en soit arrivé à ce point, relativement aux diverses espèces de névralgie de la face , on n'a pas même encore daigné envisager à part celles de ces espèces qui se distinguent par les caractères les plus importaus à connaître pour le traitement; aussi a-t-on vu proscrire ou préconiser d'une manière absolue des méthodes thérapeutiques, qui peuvent être aussi efficaces dans certains cas qu'elles sont inutiles dans d'autres. Ainsi, pour ne citer qu'un exemple de cette espèce , c'est pour n'avoir pas donné une attention convenable aux névralgies de la cinquième ou de la septième paire , selon qu'elles existent isolées , ou qu'elles se compliquent mutuellement, pour n'avoir pas distingué même , comme on le devait , l'une de l'autre , les névralgies , fort différentes sous plus d'un rapport, des branches de la cinquième paire, celles des principaux rameaux de chacune de ces branches , leur isolement ou leurs complications , qu'on n'a point encore déterminé les cas où l'on peut tenter avec espoir de succès l'opération chi-
( 18) rurgicale , et ceux où il serait inutile et cruel de pratiquer, comme on l'a fait plus d'une fois, de longues et profondes incisions qui ne peuvent avoir aucun résultat.
Ces considérations, auxquelles il nous serait facile d'en ajouter bien d'autres qui ne paraîtraient pas sans valeur, nous obligent à étudier une à une, et dans tous les détails que présente l'observation de la nature , chacune des névralgies qui peuvent affecter quelque partie de la face.
Nous le ferons d'après des faits que nous choisirons de préférence parmi ceux qui sont dispersés et comme perdus dans les collections académiques ou les recueils de journaux, surtout étrangers; ce sera nous assurer l'avantage d'être encore de quelque utilité pour ceux de nos lecteurs à qui nous n'aurons, d'ailleurs, rien à apprendre.
I. Nous commencerons par les névralgies delà branche ophthalmique de la cinquième paire; et, d'abord, nous placerons une observation dans laquelle l'étendue de la douleur, la profondeur à laquelle elle s'étendait , son début en divers points à la fois, et cette circonstance, sur laquelle nous aurons plus d'une fois occasion de revenir, que la section du nerf sous- orbit aire fut sans résultat, donnent tout lieu de penser que cette branche elle-même et la plupart de ses divisions étaient envahies par la maladie; ce caractère de généralité ressortira bien mieux encore, lorsque, à la suite de
( 19) ce fait , viendront d'autres cas dans lesquels la névralgie se montre plus ou moins évidemment limitée à quelque rameau isolé du même tronc.