‹ Considérations pratiques sur les névralgies de la faceChapitre 3 sur 30 · OBSERVATION PREMIERE · texte numérisé non relu

OBSERVATION PREMIERE

Névralgie de îa branche ophthalmique de la cinquième paire.

M. de L., négociant de Rouen, était âgé, dit Thouret, d'environ 65 ans, lorsque j'eus occasion de le voir pendant mon séjour dans cette ville, en 1776; Son indisposition avait commencé a s'annoncer huit ou neuf ans auparavant, par de légers élancement ou dards, qui prenaient avec autant de vivacité qu'un éclair, et qui passaient de même. Ils prenaient plus ordinairement les soirs, après souper, dans l'hiver, quoique cependant ils se fissent quelquefois sentir dans d'autres instans de la journée. Toutes ces douleurs et leurs crises avaient été peu considérables jusqu'en 1772, année où elles commencèrent à devenir plus longues et plus fréquentes -, au point qu en septembre, octobre et novembre de la même année , elles étaient presque continuelles , et ne laissaient prendre de repos au malade ni le jour ni la nuit. Persuadé que de mauvaises dents étaient le principe de ses maux, il appela le dentiste qui lui arracha toutes les mauvaises et les racines qui étaient du côté affligé; mais il n'en fut que plus tourmenté.

Cette terrible crise, qui avait duré près de trois

( 20) mois , s'était enfin terminée vers la mi-novembre. Mais depuis ce temps jusqu'en octobre 1776, les douleurs avaient repris de temps à autre, et duré quelquefois pendant des huit jours entiers. Il y a eu des élés où le malade ne s'en ressentait que faiblement. Il vaquait encore à ses affaires , et pouvait vivre avec son mal, qui devint beaucoup plus opiniâtre par la suite. Lorsque je le vis en 1776, il y avait plus d'un an qu'il souffrait considérablement. Depuis le mois d'octobre de l'année précédente jusqu'au mois d'août, à peine avait-il eu, par reprises, six semaines de bon temps. Jusque là encore ses élancemens ne s'étaient fait sentir que quelquefois et par crises , en laissant pendant la journée de longs intervalles. Mais depuis le mois d'août, les douleurs étaient devenues plus fréquentes qu'en 177.2; leur nombre par jour ne pouvait se calculer ; elles revenaient à chaque instant , et ne laissaient prendre au malade aucun repos. Il y avait eu cependant plusieurs jours où les douleurs laissaient entre elles quelques intervalles d'une, deux et même trois heures. Mais après les intermissions, elles revenaient avec plus de violence, et semblaient, par leur vivacité et leur fréquente répétition, se dédommager de leurs courtes absences. Tel était alors le triste état du malade ; les douleurs, qui n'avaient duré d'abord qu'une seconde, allaient souvent jusqu'à trois et quatre minutes. Il semblait que tous les nerfs de l'œil se déchiraient; leurs contractions étaient si violentes, que les lar-

mes coulaient abondamment. Le mal se répandait sur la joue, gagnait jusqu'à Textrémité du nez, ou serpentait vers les gencives. Quelquefois il se faisait sentir avec force au dessus du sourcil et s'étendait jusqu'au sommet de la tête. Le siège de la douleur n'était pas fixe; il se portait quelquefois avec plus de force au sourcil; quelquefois l'œil était plus souffrant ; et il paraissait cependant que le foyer du mal était toujours placé sous l'œil, vers le nez, et que le front ou les gencives n^en recevaient des atteintes que par contre-coup. L'œil était larmoyant depuis 1772.

On avait remarqué que la plus légère vivacité occasionait le retour subit de ces douleurs, et qu'elles revenaient plus volontiers, supposé qu'elles fussent assoupies, lorsque le malade mangeait ou faisait quelque mouvement. Il avait fait usage des bains, des demi-bains, des lavemens et des purgations légères. Différentes pommades, les vésicatoires, le savon de Saturne, avaient été employés, et l'eau de squine donnée pour boisson . On avait appliqué les sangsues, et fait faire usage de taffia; ces remèdes n'avaient procuré aucun soulagement. Le malade était réduit dans un état vraiment déplorable, lorsque, bien convaincu de l'inutilité des secours ordinaires, un célèbre médecin de Rouen lui conseilla l'usage de l'aimant; ce conseil salutaire fut suivi d'un prompt succès. Ce fut à cette époque que je le vis armé jour et nuit de son aimant artificiel, charmant sa douleur dans le moment

même, et la faisant disparaître en peu de temps. A l'instant où les élancemens se faisaient sentir, l'application de l'instrument sur la partie douloureuse calmait le mal comme par enchantement, et faisait succéder aux déchiremens violens un engourdissement léger et très supportable. L'aimant artificiel dont le malade se servait pouvait soutenir un poids de six livres; il se proposait d'en substituer un qui fût d'une force double.

Pendant l'année 1777, il eut des intervalles de plusieurs mois pendant lesquels il sentit peu de douleurs; des jours entiers se passaient sanS qu'il en fût atteint. Les forces s'accrurent, l'embonpoint revenait; le repos de la nuit, la promenade pendant le jour, et la tranquillité d'esprit hâtaient son rétablissement. Au mois de novembre, cet état de calme se soutenait , malgré la rigueur . et l'inconstance du temps; le malade jouissait de la meilleure santé, et sa famille s'empressait d'annoncer qu'il devrait aux aimans la cessation de ses douleurs.

Ces espérances flatteuses ne furent point réalisées ; les crises reparurent comme à l'ordinaire, et se succédèrent pendant les années 1778, 79, et 80, sans rien offrir de remarquable dans le cours de la maladie.

Depuis lors l'état du malade se maintint avec des alternatives de mieux ou de pire, toujours soulagé, mais jamais guéri par l'aimant. On pratiqua deux fois, ou du moins on tenta de pratiquer la section dunerf sous-orbitaire, car on conserva des

doales à cet égard, mais sans aucun résultat avantageux; ce traitement, comme tous les aulres, échoua complètement contre la ténacité du mal ^

Le nerf sous-orbitaire avait -il été réellement coupé dans les deux tentatives qui furent faites pour cela? Rien, dans cette observation, ne nous autorise à nous prononcer sur celte question. La nullité d'effet de cette opération ne saurait servir de base à une réponse négative; car quel effet pouvait-on raisonnablement se promettre en séparant d'un tronc nerveux , dont toutes les divisions paraissaient également affectées, l'extrémité seulement de l'un de ses rameaux? A mesure que l'on ayancei^a dans la lecture de ce mémoire, on verra combien était illusoire et dangereux le précepte donné ; de pratiquer une pareille opération dans tout« affection vaguement désignée sous le nom de névralgie faciale.

fias3ons aux névralgies qui se sont développées dans quelque rameau isolé de l'ophthalmique , et qui, pendant toute leur durée, sont restées assez bien limitées dans le siège primitif qu'elles avaient affecté.

Ne serait-ce pas à la branche lacrymale de l'ophthalmique et au rameau par lequel elle communique avec le système nerveux de la face (le rameau malaire), qu'on devrait rapporter le cas suivant, publié par Masius?

' Mem. de la Soc. Roy. de Mëd , ijSo.

OBSERVATIO>' DEUXIÈME.

Névralgie de la branche lacrymale de Toplithalmie.

Le juif Z..., de Schwérîn, qui de tout temps avait été trèsadonnéau sexe, et qui avait eu diverses affections vénériennes , éprouva , il y a deux ans , étant à dmer, une démangeaison au dessus de l'œil droit, laquelle, dans l'espace de quelques minutes, se changea en douleur véhémente. Mon père, qui était son médecin , envisagea d'abord cette douleur comme rhumatique ; mais bientôt il reconnut qu'il avait affaire au tic douloureux deFothergill. Comme il connaissait le genre de vie du malade, il eut recours, sans tarder, aux mercuriaux ; mais au bout de six mois, ces remèdes ne produisant aucun effet, et la douleur au contraire devenant de jour en jour plus violente , il les mit de côté , et essaya successivement la belladona/ la gratiole, les antimoniaux , les vésicatoires, le séton et tous les autres remèdes connus, qui n'eurent pas plus de succès. Les évacuans aggravaient visiblement le mal. Je conseillai, il y a quelques mois, de reprendre l'usage du mercure et de l'administrer jusqu'à ce qu'il provoquât une salivation modérée : on commença effectivement la cure; mais, par des raisons à moi inconnues, on n'entretint la salivation que pendant dix jours, quoique le malade crût déjà sentir du soulagement. En octobre, il s'est manifesté un écoulement puriforme du nez, qui dure encore,

( -25 ) est souvent très abondant, mais ne souiage point, comme on s'y attendait.

La douleur commence dans i'orbite, et se prolonge par la tempe et la joue jusqu'au menton. Pendant Faccès, l'œil, dont depuis peu le malade ne voit plus du tout, est poussé hors de l'orbite, presque jusqu'au bord de l'os de la pommette; un ectropium complet en est la suites

Si le fait suivant était décrit avec plus d'exactitude et de détails, il présenterait sans doute, avec le précédent , plus d'analogie qu'on ne lui en trouve au premier aspect.

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