OBSERVATION VINGT - TROISIEME
Névralgie du Nerf facial.
La femme de Jean Brechtel , vigneron de Colmar, âgée de quarante-deux ans, d'une constitution sèche, d'un tempérament bilieux, est accouchée il y a dix-huit mois. Elle a nourri son enfant pendant un an ; depuis trois mois ses règles ont repris leur cours ordinaire. Un mois avant de sevrer son enfant , elle a pris des douleurs comme rhumatismales , qui se sont fixées d'abord sur la clavicule gauche , et transportées ensuite sur la clavicule droite. Elles s'étaient toujours bornées a ces deux régions sans s'étendre plus loin. Ayant souffert ainsi pendant un mois, cette femme a pris le parti de sevrer son enfant. Elle attribuait son état de souffrance à un allaitement trop prolongé, et espérait qu'en sevrant elle éprouverait du soula-
gement ; mais , malgré cette mesure, les douleurs ont continué comme du passé, jusqu'il y a environ quatre semaines (mois de mars 1814 ) , qu'elles ont quitté leur premier siège pour se porter à la tête. Voici ce que la femme Brechtel éprouvait : Les douleurs venaient par accès périodiques irréguliers ; les attaques étaient subites comme un coup électrique, et elles cessaient de la même manière; dans l'intervalle des accès elle était parfaitement libre. Les douleurs étaient lancinantes , déchirantes , pulsatives , presque insoutenables ; elles commençaient dans la première vertèbre cervicale, passaient par-dessus l'occiput et le vertex, se portaient sur l'os frontal, sur le nez, sur l'œil, la tempe, et sur toute la partie gauche de la tête et de la face , de manière que les douleurs occupaient entièrement la moitié gauche de la tête , et que tout le côté droit demeurait libre et indolent. Pendant l'accès , qui durait une heure et quelquefois plus , la malade éprouvait des trémoussemens dans les parties musculaires affectées ; l'œil devenait rouge et larmoyant. Le matin, les douleurs étaient plus supportables , mais elles devenaient de plus en plus fortes vers le soir. Pendant la nuit, elles avaient le plus d'intensité , contre l'ordinaire de ce qui arrive dans le tic douloureux ; les accès étaient alors si violens et si rapprochés que cette malheureuse femme, en proie aux plus vives souffrances, ne pouvait reposer un instant. La périodicité , la vivacité excessive, insoutenable des douleurs, l'invasion
et la cessation subite des accès , le trémoussement dans les fibres musculaires des parties occupées par la douleur, me démontraient évidemment que cette affection était une véritable névralgie , qu'on appellera, si l'on veut, rhumatismale, d'autant plus que cette femme attribuait son mal à de fréquentes suppressions de transpiration , occasionées par refroidissement. Quoi qu'il en soit, des sangsues , des vésicatoires avaient été appliqués ; on avait entretenu la suppuration de ces derniers pendant quelques temps, le tout sans succès. Ayant été consulté, le 16 mars 1815 , je prescrivis les pilules d'extrait de jusquiame noire , de racine de valériane sauvage et d'oxide de zinc sublimé , avec l'infusion de feuilles d'oranger et de fleurs de tilleul , à prendre immédiatement par-dessus ces pilules, le matin et le soir, en augmentant progressivement ces dernières, selon l'usage accoutumé. La malade ne put aller que jusqu'à dix pilules pour chaque dose , nombre auquel elle s'est arrêtée. Dans la première huitaine de l'usage de ces remèdes , elle éprouva déjà un grand soulagement ; les accès diminuèrent beaucoup en nombre et en intensité : au bout de trois semaines ils eurent entièrement disparu. La malade continua encore pendant quatre semaines ses remèdes pour consolider sa guérison , qui ne se démentit plus ^
» Meglin, Rech. et Oh s. sur la Névralgie faciale. Strasbourg, i8i6j iii-8^.
La névralgie dont nous allons emprunter Thisloire à Weisse , semble débuter comme une névralgie maxillaire ; mais bientôt la douleur remonte du rameau où elle avait pris naissance vers le tronc d'où émane ce dernier, et alors les élancemens que la malade éprouve jusque dans la profondeur de Toreille interne, font mettre en doute le véritable siège du mal. Ce pouvait être en effet ou un tic facial proprement dit , ou une névralgie du nerf maxillaire inférieur, s'étendant à son rameau temporal, et par là jusqu'au rameau tympanique. Quoi qu'il en soit ^ le fait mérite dans tous les cas d'être connu et examiné, et nous le rapportons tout entier.