‹ Considérations pratiques sur les névralgies de la faceChapitre 28 sur 30 · DU TRAITEMENT DES NEVRALGIES DE LA FACE · texte numérisé non relu

DU TRAITEMENT DES NEVRALGIES DE LA FACE

Le tic douloureux, comme toutes les maladies qui mettent souvent en défaut toutes les ressources de notre art , a été attaqué avec une multitude innombrable de remèdes. Le recensement de toutes les pratiques, tantôt raisonnables tantôt absurdes, qu'on a tentées pour le combattre, ne serait pas moins fastidieux qu'inutile: nous ne voulons parler que des moyens qui comptent en leur faveur un certain nombre de succès bien constatés. En réduisant à ces termes la thérapeutique des névralgies de la face , elle est encore assez étendue et assez compliquée pour qu'une exposition qui en serait faite sans ordre formât un cahos difficile à débrouiller. Nous y ferons donc quelques divisions nécessaires.

Tous les procédés dont nous avons a parler se partagent en deux classes bien distinctes : les uns constituent une thérapeutique rationnelle dont les motifs peuvent être déduits de principes reçus en thérapeutique générale , et se rapportent à la science des indications ; les autres n'ont jusqu'ici d'autre sanction que celle d'essais tentés , pour

ainsi dire , au hasard , et doivent être jugés non d'après les règles de la science, mais seulement d'après le calcul comparatif des succès qu'ils ont eus et des cas contre lesquels ils ont échoué. C'est la thérapeutique empirique , portion de l'art bien décriée par les systématiques , mais dont il y aurait trop de dommage à faire le sacrifice à l'orgueil de l'esprit scientifique, qu'elle a de tout temps bien vivement blessé.

Cette division fondamentale sera respectée dans ce qui va suivre ; mais, quant aux détails , qu'on n'y cherche point de partitions scolastiques , toujours marquées à l'avance , et toujours rigoureusement suivies. Je ne promets point de m'astreindre a tout cet échafaudage de divisions et de subdivisions , que l'on confond si mal à propos avec la véritable méthode.

Commençons par la thérapeutique rationnelle.

A. Traitement Jbndé sur la considération de Vétat général du sujet.

Pour pouvoir se montrer chez deux sujets doués des tempéramens les plus opposés qui se puissent imaginer, une maladie ne perd point, en atteignant le deuxième , le caractère fondamental qui constituait sa nature chez le premier. L'influence de la constitution ne va point jusqu'à transformer une affection d'un genre déterminé en une affection d'un genre contraire. Il y avait donc beaucoup

d'exagëralion dans la doctrine des diathèses, telle que la professait une école long-temps en vogue Sans aucun doute , il est des maladies , la syphilis par exemple, qui savent se soustraire à toute tendance que pourrait avoir la constitution à les dénaturer, et il ne suffit pas d'être affecté d'une débilité radicale, pour être exempt des atteintes d'une inflammation franche et vigoureuse. Mais si cette doctrine est fausse , comme trop absolue , elle n'en a pas moins pour base un fait placé hors de toute contestation : c'est qu'une maladie reçoit presque toujours, plus ou moins, le cachet de l'état général du sujet qu'elle frappe, et qu'il faut assez souvent avoir complètement détruit cette influence , avant de pouvoir espérer s'en rendre maître par l'emploi des moyens qu'on sait être propres à la combattre directement. Les névralgies n'échappent point à cette commune loi. Le tic douloureux d'un homme robuste et pléthorique sera une affection de même nature que celui d'un individu cacochyme et épuisé ; mais , quoique de même nature, ces deux cas ne sauraient être traités de la même façon ; ils réclameront tout au moins , comme moyens préliminaires , des secours fort différens. Ainsi donc, si l'on a affaire à un homme au pouls large et plein , à la face animée , sujet aux étourdissemens , aux maux de tête, etc., la première chose qu'il faudra faire sera de combattre cette pléthore par les moyens appropriés à cet objet. Une saignée, plusieurs saignées, s'il est né-

cessaire , devront être faites , des sangsues appliquées à l'anus ; des pédiluves seront administrés. Outre Favantage direct et immédiat qu'on retire de Femoloi de ces moyens, ils préparent et facilitent l'action des remèdes qui seront employés plus tard, et rendent possible l'emploi de certains traitemens auxquels, sans cette précaution , on n'aurait pu se permettre d'avoir recours.

S'il suffit d'une certaine disposition pléthorique du sujet pour autoriser cette conduite , à plus forte raison sera-t-elle prescrite quand on croira pouvoir faire dépendre le tic douloureux de l'absence ou de la suppression d'une hémorrhagie habituelle, et plus encore, quand la névralgie ellemême revêtira plus ou moins une forme inflammatoire : plus d'une fois , en pareil cas , on a vu tout mal cesser complètement après quelques évacuations sanguines.

Mais ce sera par la considération attentive du cas qu'on aura à traiter, qu'il faudra se laisser guider dans cette prescription , par des raisons positives, prises du sujet, et non par une sorte d'habitude banale , dont tant de médecins offrent l'exemple , de débuter toujours par des saignées. Car, autant ce moyen peut être avantageux pour les malades dont l'état le réclame, autant il aurait d'inconvéniens pour ceux qui seraient placés dans des conditions opposées. Si la personne affectée de tic douloureux est douée d'une de ces constitutions sèches, nerveuses, irritables et dé-

( 131 ) biles , dont les organes n'ont d'énerg ie que pour souffrir, gardez-vous de diminuer les forces par la saignée , vous ne feriez qu'en augmenter l'excitabilité , et le remède tournerait au profit de la maladie. L'usage des bains , un régime alimentaire substantiel et restaurant, un exercice modéré mais habituel, toutes les précautions possibles, tous les moyens imaginables de distraction qu'on jugera propres a faire taire les passions, etc., tels sont les moyens , infiniment variables selon les cas et les circonstances, par lesquels devra débuter le traitement. Cela passe avant l'usage des drogues, et doit toujours en favoriser l'action.

B. Traitement J'ondé sur la connaissance des causes de la Névralgie.

Les lumières fournies à la thérapeutique par l'étiologie des maladies , sont loin d'être toujours sûres et de n'égarer jamais. Cependant, comparées à celles empruntées à d'autres sources , que nous possédons sur un bon nombre d'affections , elles tiennent encore le premier rang; et c'est peutêtre le cas de celles que nous fournissent les causes du tic douloureux. Du moins peut -on poser en principe qu'avant d'en appeler aux ressources de l'empirisme, il faut avoir inutileîuent tenté les méthodes de traitement suggérées par la notion des causes de la maladie. On pourrait s'étendre bien longuement sur les vues que peuvent fournir à la thérapeutique de la prosopalgie les règles de Thy-

giène contre lesquelles ont péché les malades, et celles qu'il convient de leur prescrire pour réparer les fautes qui ont causé le mal ; mais tout cela n'offre rien de particulier au traitement du tic douloureux , plutôt qu'à celui de toute autre affection ; ainsi un mot suffit pour rappeler au praticien qu'il ne doit pas perdre cela de vue. Le seul fait spécial que nous mentionnerons, c'est que la névralgie de la face étant venue yjlus d'une fois à la suite des rhumatismes , éprouvant du froid uni à l'humidité presque la même influence que cette autre affection, ayant été en divers cas provoquée par l'habitation d'une maison humide et malsaine, il faut donner à cet objet toute son attention , et ne pas omettre, relativement à la demeure du malade, une précaution dont l'oubli pourrait com.promettre l'effet de tout autre traitement. S'il exerce une profession qui l'expose constamment à l'influence morbifique qui a altéré sa santé, à des courans d'air, ou à l'action d'une vive chaleur, comme celle qu'endurent les cuisiniers , les verriers , etc. , n'estil pas évident qu'il faut absolument qu'il y renonce, ou qu'il se résigne à vivre avec son mal. Un changement dechmat peut aussi devenir nécessaire, et, dans tous les cas , on comprend qu'il ne peut y avoir que de l'avantage à quitter un pays froid et brumeux, où la maladie est commune, l'Angleterre par exemple, pour aller habiter une contrée plus sèche et plus char ^e, comme l'Italie , où l'on a vu si rarement le tic ouloureux.

La répercussion de quelques exanthèmes , ou la suppression de quelque évacuation habituelle ou périodique, ont bien des fois été la cause des névralgies de la face ; bien des fois aussi on a vu cette affection céder au traitement qui ramenait ces exanthèmes ou ces évacuations. André a vu une dame être reprise de névralgie, toutes les fois qu'un érysipèle bourgeonneux qu'elle avait à la face venait à cesser de suinter. Une femme de dix-neuf ans fut attaquée de névralgie après la disparition d'une gale ; elle souffrit jusqu'à l'âge de soixante-dix ans; à cette époque , elle fut reprise de la gale , et les douleurs disparurent ; on guérit la gale , et les douleurs revinrent de nouveau.

Une dame avait, depuis quelques années, plusieurs dartres au visage. Ces dartres disparurent tout à coup , sans qu'elle pût indiquer aucune cause de cette disparition. Presque aussitôt elle fut saisie d'un asthme violent et d'un tic douloureux , contre lequel elle lutta plus de six mois. Westendorf de Gûstrow lui administra la douce-amère à des doses très fortes et sous toutes les formes possibles. Après qu'elle eut pris ce remède pendant sept semaines , les dartres reparurent , et en même temps les deux autres affections diminuèrent, l'asthme cependant avec plus de lenteur que le tic. (Masius.)

Une dame avait une dartre pustuleuse au front et à la joue droite; un onguent la fit disparaître. Quelques jours après l'œil droit devient larmoyant, une douleur vive se fait sentir dans le trajet du nerf

( I3'i ) frontal ; les accès en sont d'abord éloignés , puis se rapprochent. On emploie beaucoup de remèdes sans succès; on applique enfin la pommade émétisée ; l'apparition des pustules fait cesser la névralgie. (^Fallot, Jour, complém. des Se. méd,)

Il serait facile de rauUiplier les citations de faits analogues ; ceux-ci suffisent pour tracer au médecin la conduite qu'il doit tenir en pareil cas. 11 importe peu de savoir si c'est alors à la présence d'un virus scabieux ou herpétique dans l'économie , que le mal doit être attribué. La thérapeutique de ces cas-là est fort claire , indépendamment de toute théorie , et c'est perdre son temps que de s'arrêter à combattre ou à confirmer les idées qui ont eu cours à cet égard. Tout le monde sait, sans qu'on le dise , ce qu'il faut faire , quand le sujet atteint de névralgie l'a été par suite de la suppression des menstrues ou des hémorrhoïdes.

Si c'est à la suite de longs rhumatismes négligés , ou d'affections goutteuses anormales , qu'est venu le tic douloureux , ces antécédens ont sans doute quelque influence sur le cours de la maladie, et ils devraient en avoir sur le traitement , si la thérapeutique de la goutte et des rhumatismes chroniques était plus avancée ; mais, quant à présent , je ne sais si l'on n'est pas autorisé à dire que ceux qui attachent une grande importance à traiter telle ou telle névralgie comme goutteuse ou comme rhumatismale , n'ont d'autre principe, pour

appuyer leur conduite , que celui qui consiste à expliquer obsciira77i per obscuriiis,

11 n'en est pas ainsi quand c'est une affection syphilitique qu'on est en droit d'accuser d'avoir le tic douloureux sous sa dépendance. Quelques unes des observations que nous avons rapportées , celle de Waton (Obs. xxii.) par exemple, plusieurs autres publiées par Masius , un plus grand nombre encore mises au jour par divers médecins, prouvent qu'il est de la plus grande importance de connaître cette origine de la maladie, et qu'un traitement antisyphilitique peut faire ce que n'avaient pu vingt autres traitemens différens.

On a beaucoup parlé, depuis Lentin , de l'influence de certaines affections de l'estomac sur la produclion et sur la marche du tic douloureux de îa face. Les faits cités par le médecin allemand et ses partisans ne nous paraissent point de nature a donner la moindre solidité aux opinions qu'il en déduisait , soit relativement à la nature de la maladie , soit sous le rapport du traitement.

C. Traitement fondé sur la considéra! ion du caractère et sur celle du type de la maladie.

Relativement aux caractères assez diversifiés que peut présenter la prosopalgie, la thérapeutique peut se borner à distinguer deux de ses formes , dont la considération importe beaucoup à îa détermination du meilleur traitement. Elle peut

être aiguë, fébrile, inflammatoire, ou purement nerveuse et chronique. Lœbenstein-Lœbel a obvServé ia première chez des sujets pléthoriques et musculeux; c'était, selon lui, un état inflammatoire des nerfs de la face, joint à une grande exaltation de l'irritabilité générale. Hutchinson a vu des symptômes d'une vive inflammation de la partie , avec battement violent des artères de la face , et mouvement fébrile très prononcé. C'était, dans un cas publié par Masius , un véritable érysipéle intermittent de la face. Cette forme de la maladie est des plus violentes et des plus douloureuses ', mais , en revanche , c'est aussi celle qu'on voit le plus fréquemment se terminer en quelques jours, soit spontanément, par quelque crise remarquable, comme celle d'abondantes sueurs , d'abcès ou de sécrétions diverses , soit sous l'influence d'un traitement approprié. Une diète sévère, une ou plusieurs saignées, des applications de sangsues au cou , aux tempes , aux apophyses mastoïdes, ou bien à l'anus, a la vulve, aux cuisses, si l'on a quelque hémorrhagie supprimée à rappeler; tels sont les moyens auxquels il faut avoir recours. Unecertaine modération doit présider à leur emploi, si le sujet qu'on a à traiter est d'une constitution molle et lymphatique , ou d'un tempérament très sec et très nerveux ; car l'abus des débilitans pourrait favoriser le passage de l'affection à l'état chronique , et la rendre plus tard rebelle à d'autres Iraitemcos.

Si le tic douloureux est primitivement chronique et purement nerveux, ou s'il a fini par prendre ce caractère après avoir débuté sous une autre Forme, c'estlecas d'invoquer toutes les ressources empiriques de notre art , et d'employer les moyens qui se sont montrés le plus souvent efficaces. Nous ne les énumérons point ici ; la dernière section de ce travail va leur être réservée tout entière. Nous nous bornerons à un simple avis : c'est que le praticien ne doit pas se laisser facilement décourager par l'opiniâtreté de la maladie ; car, comme nous le disions en commençant, on l'a vue bien souvent résister sans faiblir aux remèdes les mieux éprouvés , et céder, dans le cas où on s'y attendait le moins , au traitenient qui avait échoué dans cent autres.

Nous ne répéterons pas ce que nous avons dit de l'importance qu'il fallait attacher au type de la névralgie. Si elle est régulièrement intermittente , après quelques préparations préliminaires qui peuvent être requises , une indication capitale se présente , devant laquelle toute autre doit céder le pas , c'est d'employer les antipériodiques. L'expérience a démontré jusqu'à l'évidence , que c'est vainement , dans la plupart des cas , qu'on voudrait alors tenter les moyens dits rationnels. On perd du temps , on laisse souffrir le malade ; souvent on aggrave ses douleurs , on détériore sa constitution ; et quand on en vient enfin au moyen par lequel on aurait dû commencer, on est trop heureux, si l'ha-

bitude enracinée des souffrances, le délabrement de la santé générale , n'en rendent pas Tefficacilé nulle ou incomplète. Le nombre des observations maintenant connues de névralgies de la face guéries par le sulfate de quinine, est trop considérable , pour que nous nous arrêtions à les signaler en détail. Nous nous bornerons à rappeler un avertissen^ent qui ressort de leur examen ; c'est qu'il ne faut pas se tenir pour maître de la maladie , quand deux , trois , quatre ou cinq accès ont manqué , et qu'on doit continuer l'usage du médicament longtemps encore après qu'on n'a plus observé la plus légère atteinte de la maladie. Dans cette sorte de convalescence avec imminence de retour du mal , on peut, de temps en temps , suspendre l'usage du sulfate de quinine pendant un ou deux jours , pour le reprendre ensuite et le continuer. Un autre fait établi par l'expérience, est qu'il faut, dans bien des cas , employer ce remède à des doses énormes , et qu'il vaut mieux s'y élever rapidement, que par une marche lentement graduée.

C'est principalement pour le tic douloureux intermittent , et comme substitut du quinquina , qu'on a eu recours à l'arsenic , et surtout au souscarbonate de fer. L'écorce du Pérou doit être employée la première ; mais dans des cas où elle avait échoué , on a vu réussir l'un ou l'autre de ces derniers moyens. Quoique nous les citions en même temps et au même titre , qu'on n'imagine point que nous mettions sur la même ligne l'arsenic et

( 139 ) le sous-carbonate de fer. L'un est un remède dont reffîcacilé est beaucoup moins certaine que ses dangers; Pautre guérit assez souvent, et fait rarement du mal. Du resle, comme leurs vertus sont encore un sujet de controverse, il convient de donner quelques développemens à ce qui les concerne.

Selle paraît être un des premiers qui aient recommandé l'arsenic. Nesse Hill guérit par ce moyen un malade qui , depuis l'âge de cinquante ans qu'il avait été atteint du tic douloureux , jusqu'à, celui de soixante-dix, avait épuisé inutilement toutes les ressources de la médecine. La solution d'arsenic fut donnée d'abord à la dose de trois gouttes, et portée successivement jusqu'à celle de douze. Le mieux se manifesta lorsqu'on fut parvenu à celle de neuf. Dès qu'on fut arrivé à la plus élevée, il fallut redescendre aussitôt, parce qu'il y avait menace d'empoisonnement. Gistren , M' Kechnie , Bedingfîeld , Currie , ont diminué , mais non guéri le tic douloureux au moyen de l'arsenic; Kapp n'en a retiré aucun avantage. Voici une observation remarquable , dans laquelle il a eu le plus heureux succès ; on la doit au docteur Lalaurie , médecin de la maison centrale d'Esses.

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