‹ Considérations relatives à la dernière révolution de la Belgique [microforme]Chapitre 14 sur 15 · F REFLEXIONS POLITIQUES · texte numérisé non relu

F REFLEXIONS POLITIQUES

Applications au Gouvernement du Bas Canada.

«Le plus grand malheur pour l’homme politique, c’est d’obéir à une puissance étrangère. Aucune humiliation, aucun tour ment de cœur ne peut être comparé à celui-là. La nation sujette, à moins qu'elle ne soit protégée par quelque loi extraordinaire, ne croit pas obéir au souverain ; or nulle nation ne veut obéir à une autre par la raison toute simple qu’ S aucune nation ne sait commander à une autre.”

‘6 Observez les peûples les plussages et les mieux gouvernés & chez eux, vous les verrez perdre absolument cette sagesse ét ne & ressembler en rien à eux-mêmes lorsqu’il s’agira d’en gouverner “ d'autres. La rage de la domination étant innée dans l’homme, & Ja rage de la faire sentir n’est peut-être pas moins naturelle. ‘6 L’étranger qui vient chez une nation sujette au nom d’une sou- & veraineté lointaine, au lieu de s'informer des idées nationales & pour s'y conformer, ne semble trop souvent les étudier que pour ‘ Zes contrarier. Il se croit plus maître à mesure qu’il appuie ‘ plus rudement la main, Il prend la morgue pour dela dignité w et semble croire cette dignité mieux attestée par l’indignation “# qu’il excite que par les bénédictions qu’il pourrait obtenir.’

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| A Tel est le langage d’un écrivain que l’on n’accusera pas de nourrir des idées, de favoriser les doctrines révolutionnaires, qu’au contraire il a pendant toute sa vie combattues. (1)

On serait tenté de croire que l’auteur écrivait d'inspiration ; qu’une prévision exacte avait mis d'avance sous ses yeux le spec— tacle dessouffrances des Belges, pour avoir pu tracer un tableau dont tous les traits accusent une ressemblance si parfaite avec celui que l’on vient d’esquisser. Il était Italien.—Il avait été

temoin des souffrances de son propre pays sous une domination

étrangère aussi sans contre-poids. Il avait peint, sous des couleurs les plus fortes et malheureusement les plus vraies, les maux auxquels sa belle patrie avait été en proie pendant des siècles et qui avaient constamment découlé. de cette source amère. En lisant ses ouvrages, on voit que ce spectacle allume dans son âme une indignation honnête qui, malgré lui, le ramène à ces principes qui font un devoir, une nécessité de résister au pouvoir, quand il n’est pas exercé dans l'intérêt des peuples, quand il les écrase au lieu de faire régner l’ordre par la justice.

On peut aussi se rappeler comment l'Italie fut traitée en 1814 et depuis par la Sainte Alliance. Plusieurs des peuples qui l’habitaient avaient été comprimés par la puissance de fer de Bonaparte. On les invita à briser ce joug en faisant briller à leurs ÿoux l'espoir du rétablissement de la liberté et de l’indépeñdance de leur pays. Malheureusement le souvenir de ces promesses s’évanouit avec la crainte qui les avait commandées.

Ce fut dans l'ivresse du triomphe qui suivit la fameuse lutte terminée par la chûte de Bonaparte, que les ministres des potentats qui voyaient l’Europe àleurs pieds, dictèrent des lois aux nations. Ce fut au milieu des camps qu’on se les divisa, qu’on les répartit entre les souverains comme on fait d’un butin pris sur l'ennemi. Comment auraient-elles pu faire entendre leur voix au milieu du chaos qui régnait alors ? Ne devait-elle pas se trou-

(1)Mr. le Comte de Maistre.

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se RE dus ver étouffée par le bruit des armes et les cris de la victoire? Les vainqueurs étaient forts ; que leur importaient les vœux des vain cus ?

On pourrait encore observer que les sentimens personnels de quelques-uns de ces souverains étaient bien loin de se trouver montés sur le ton de l’exagération de ministres auxquels, dans cette occasion comme dans beaucoup d’autres, ils se croyaient dans la nécessité dé s'en rapporter pour la direction dés affaires qui se réglatent en leur nom ét par leur autorité. En perdant de vue les principes de la modération et de la justice, en disposant avec tant de Iegéreté comme de: précipitation du sort dés peuplés souvent en raison inverse de leurs inélinations comme de leurs intérôts, de leurs mœurs et de leurs habitudes, en remettant sotis le joug de princes étrangers ou d’une autorité absolue des peuples chez lesquels le despotisme de Bonaparte n’avait pu déraciner l'amour de la liberté, lé sentiment de la dépendance nationales on jetait dès lors les germes de nouvéllés révolutions qui devaient nécessairement éclater dès le moment où il se présenterait pour ces fauples une occasion de secouer des chaînes qu’ils ne recevaient qu’en frémissant,

Quant aux Belges en particulier, il n’eût pas TT Alt impossible de parer à la plus grande partie des maux qui ont suivi la tentative d’amalgamer le: deux peuples, si lon s'était avant tout occupé du soin de rétablir, a:itant qu: la chose se serait trouvée praticable, les anciennes constitutions des pro vinces respectives dnt on prétendait composer le nouveau royaume.

IL eût été possible aumoins d'y substituer quelque chose. d’analogue, avec les modifications exigées par | s circons'ances et les changemens que l’état de la société avait éprouvés, et en particuli2; ceux que ces pays avaie t subis pendant qu’ils avaient éprouvé les effets de la tourmente révolutionnaire ou les nouveaux orages qui lui avaient su cédé, Leur réunion en une espèce de gouvernement fédératif aurait pu laisser aux habitans de ces différentes provinces la conduite des intérêts qui peu-

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— D — vaient leur être particuliers, sans nuire à celledes intérêts pénéraux do cette nouvelle société. C'était, ce semble, l’uusjue moyen qui devait 8e présenter de faire PRRATENTE les sujets de collision inévitables dans le système qu’on adoptait et de donner quelque espoir de voir lunion s'établir entre eux. C'était à peu près aussi l'état dans lequol ces différens peuples s’étaient trouvés tous ensemble sous la domination des anciens ducs de Bourgogne, époque pour eux et pour les Belges en particulier d’une si brillante prospérité.

Depuis la séparation finale des Pays-Bas catholiques d’avec la Hollande, aumoins quand l’état respectif de ces provinces eut enfin été fixé avec quelque exactitude, le peuple Belge était venu graduellement à supporter à peu près avec résignation la privation de son commerce, les plaies faites à son industrie, le spectacle, si propre à l’aigrir, des succès de ses rivaux dans cetie carrière dont ils lui avaient fermé l’entrée,

St ce calme avait éte troublé, c’était quand les princes qui l'avaient gouverné, avaient perdu de vue le plus sacré de leurs

devoirs, celui qui est le prix de l’obéissance due aux souverains,

c’était lorsqu'ils avaient violé les droits de leurs sujets. La Belgique n’éprouva guère d’autres secousses et ce fut chaque fois la faute de ceux qui tenaient, les rènes du gouvernement.

Dans le fait, c’est à peu près létar dans lequel se trouve la plug grande partie des possessions britanniques. Aumoius l'analogie est, on ne peut plus, frappante, et les mêmes causes y ont produit les mêmes effets. C’est en laissant aux habitans de ja plupart de ces colonies la surveillance et la conduite de leurs

‘intérêts, Le droit de règler le montant comme l'emploi des impôts

prélevés sur eux, la législation intérieure enfin, que l'Angleterre a jeté les fondemens de leur prospérité, qui a si puissamment contribué à faire fleurir la nation et à donner en particulier un si grand développement à toutes ses ressources au siége de l’empire. Le gouvernement de la France avait la maniy de tout

Eh; PE régler directement dans les établissemens de la même nature qu’elle avait formés, et nous savons surtout qua] en a été lé r6sultat dans l’Amétique du Nord. Ils sont restés dans un état de faiblesse qui les a exposés à devenir la proie d’une puissance rivale, du moment où celle-ci s’est occupée sérieusement d’en faire la conquête. Si la France possède encore des isles à sucro dans un état florissant, elle doit cet avantage à des circonstances particulières qui là ont balancé l’effet des vices de son régime colonial, Ce n’est pas qu’en France on ne sentît pas la nécessité de protéger les colonies par des loïs sages et que le gouvernement n’en eût pas souvent adopêt dans le véritable intérôt de leurs habitanss mais ces colonies étaient administrées par des hommes revêtus d’un pouvoir absolument arbitraire. L'autorité militaire était entre les main d’un gouverneur ; celle qui se rapportait à la Justice, à la police et aux finances était dans celles d’un intendant. Le peuple n’avait aucune part, pas même la plus indirecte dans cette espèce de gouvernement; son influence était dès lors absolument nulle, Comme on vient de observer, les vues du gouvernement français avaient été bien loin de manquer généralement de sagesse et d’étendue ; la preuve s’en trouve dans plusieurs des lois promulguées pour cette colonie. Mais ces lois étaient vaines quand les fonctionaires pubiics avaient intérêt de les violer. Ceux sur qui pesaicnt les abus de l’autorité ne pouvaient dans la colonie porter leur réclamation que devant ces fonctionnaires publics eux-mêmes, peu disposés à leur prêter une oreille favorable d’abord, et qui se trouvaient de fait souvent constitués juges dans leurs propres causes. Quel Canadien un peu versé dans l’histoire de son pays, surtout celle des dernières années qui précédèrent la conquête, peut ignorer l’état malheureux dans lequel ses habitans se trouvaient alors et les causes qui lavaient amené? ‘Cette espèce de gouvernement est pourtant encore l’obiet des éloges de certains adeptes. C’est celui que des hommes nés sujets britanniques, établis au milieu de novs, auraient voulu

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voir revivre, qu’ils ont même domandé à grands cris. Bion entendu qu’ils auraient été seuls et à notre exclusion les dépositaires de l'autorité. INous savons de leur propre bouche quel usago ils so proposaient de faire de cette puissance à notre

égard.

Quant aux colonies anglaises avant la conquête, elles étaient alors généralement, par rapport à la métropole, à peu près dans la situation des provinces belgiques sous la suzeraineté des ducs de Bourgogne. Le gouvernement d'Angleterre les abandonnait généralement à leurs propres soins. Il n’exercait, pour ainsi dire, sur elles qu’une surveillance paternelle. Chacune des colonies avait son assemblée particulière, qui, comme le dit un écrivain célèbre, est pour ellesles Communes, du pays et dont les membres étaient élus par leurs habitans. Les lois étaient leur ouvrage. Îls pouvaient modifier, changer, abroger celles qu'ils avaient apportées avec eux de la mère-patrie pour leur en substituer d’autres, et ils le faisaient en effet du moment où elles cessaient de répondre à leurs vœux ou à leurs besoins. Ils avaient par la nature de leurs constitutions les moyens de prévenir les abus ou de les réprimer, Dans cet état de choses, bien loin d’être ennemi de l’autorité d’un gouvernement, un peuple sent qu'il est de son intérêt de l’appuyer.

C’est, d’un autre côté, cette diversité même de gouvernemens, de centres de réunions et d’intérêts, quand ils sont liés à des principes de liberté, qui font réellement la force d’un grand empire. En Angleterre même les habitans des comtés comme de presque toutes les villes respectivoment ont la surveillance et la conduite des affaires de ces communautés, tandis que Le corps législatif veille aux intérêts de tous sur un plan plus étendu. L’administration de la justice, le droit d’infliger des châtimens contre ceux qui sont poursuivis devant les tribunaux, n’est pas confié à des salariés, à des mercenaires auxquels on pourrait commander .une sentence contre l’accusé ; son sort est entre Jes mains de ses concitoyens sans l'intervention desquels

on ne peut rien conire lui. Un corps de jurés pris à mêmo fa population peut seui l’obliger à répondre dévant les tribunaux, Seul un corps de jurés tirés de la snème manière peut le déclarer coupable. Ils ont des intérêts communs avec l'accusé, par dessus tout celui de le protéger contre l’arbitraire dont ils seraient oxposés à subir le joug, s'ils ne se rangeaient pas en faveur de la justice et de l’innocence, comine ils sont intéressés à s'élever: contre le crime dont ils deviendraient les victimes, s Le Puuto+ risaient par l’espérance de l’impunité,

Ce sont ces institutions portées dans les colonies anglaises: avec des formes de gouvernement modelé sur celui de la mère-patrie et organisé de manière à assurer les droits de tous et de chacun, qui ont été à lu fois la source de la grandeur de Angleterre et de la prospérité de ses colonies. Là les peu-' ples ne sont pas sans cesse tourmentés de la crainte de voir les caprices d’un individu, ‘-s fantaisies dn pouvoir du jour, la eupidité d'employés qui peuvent changer d’un moment à l’autre, ébranler l'édifice de leurs droits; au contraire ils ont sur cet article la plus sure de toutes les garanties’possibles : leur sort est entre leurs mains. |

Si Angleterre perdit les provinces de PAmérique du Nord qui composent maintenant les Etats-Unis, c’est qu'après la everre qui finit en 1763, elle oublia le rôle de protectrice qu’elle avait si honorablement joué jusqu'alors. On sait aujourd’hui que ce malheur ne fut pas la suite d’un plan formé d’avance dans!leur sein de briser lesliens qui les unissaient à la métropole. Le désir de Pindésendance naquit des événemens., Ils amenèrent les mesures de coercition employées pour soutenir le droit de les taxer sans leur aveu, pour foriner un revenu dont le gouvernement d’Argleterre prétendait disposer. Lorsqu'il, abandonna cette prétention en 1778, l’attachement de la part des colons avait fait place à la haîne. Tout sentiment de confiance était éteint. Ils devaient redouter les ressentimens de la métropole ou ceux des employés à qui elle pouvait déléguer son autorité,

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La crainte de voir le parlement mettre au jour de nonvel les prétentions du même genre, de se voir assujétics, pour s’y sous traire, aux mêmes souffrances quo cette lutte leur avait fait éprouver, peut-être à de plus grandes encore, et dans des circonstances moins favorables pour leur assurer des succès, les engagea à repousser l'offra de la paix et de la soumission à ce prix 3 au commencement des troubles ils l’auraient acceptée avec reconnaissance, plus tard ils ne virent de ressource contre ces dangers que dans la séparation absolue d’avec la mère-patrie.

Que scrions-nous devenus, si nous n’avions pas nous-mêmes êté protégés par cette loi extraordinaire qui, suivant l’auteur que j'ai cité, forme l’exception à l'espèce de règle qu’il établit ? Après la conquète, des hommes venus au milieu de nous de toutes les parties de l’Europe réunirent leurs efforts pour engager notre nouvelle métropole à nous traiter comme si ce changement nous avait rendus étrangers à tous los droits de citoyens, placés en dehors de la civilisation. Tout était perdu pour nous, lois, coutumes, établissemens civils et religieux. Le gouvernement anglais était tombé dans le piège qui lui avait été tendu alors. Bientôt éclairé par les réclamations d’un peuple que lon prétendait traiter en esclave, le parlement reconnut la nullité de la proclamation à laquelle on avait prétendu faire produire ces conséquences. L'acte de 1774 rétablit quelque peu l’ordre troublé par les intrigues des fanatiques qui avaient prétendu que les lois pénales d'Angleterre contre les catholiques s’étendaient jusqu’à nous, et nous privaient, aumoins à peu près, de l’existence civile. Depuis nous avons eu un gouvernement constitutionel, une législature dont ie peuple fait partie intégrante par des représentans de son choix. Le défaut d’éducation politique et d’expérience nous a d’abord jetés dans bien des écarts. Nous avons souvent été, nous sommes même encore aujourd’hui trop . suvent en proie à des divisions, qui ont eu le même eflet que sur les Belges. Nous avons tropsouvent cédé aux prétentions d’hom-

— 693 — mes qui profitaient de la faiblesse do notre caractère, résultat des anciennes iastitutions et de notre inexpérience, et nous leur avons

laissé prendre un ascendant qui ne devait appartenir qu’à la eu-

périorité de la vertu, des talens et des lumières qui ne se trou-

vaient pas de leur côté. Mais enfin, quoique nous ayons laissé

mutiler les colonnes sur lesquelles nos droits sont appuyées, elles

n’ont pas encore perdu leur aplomb. C’est encore un arbre plein

de vie ; s’il a été violemment attaqué par la cognée, si quelques branches ont été abattues par l’étourderie ou la malveillance, des

sujets vigoureux en produiront de nouvelles. Les plaics pour-

raient se cicatriser, il refleurira, pour ‘u que nous soyons attentifs

à lui donner des soins constans.

Ces considérations ne regardent que nous seuls. Si on veut aller un pou plus loin et examiner notre situation dans ses rapports avec le gouvernement de l’empire, il est bien évident quo cette loi d'exception milite également en sa faveur. Il est inutileàce sujet de s’enfoncer dans des considérations de simple théorie, on peut en appeler à des faits frappans. Que d'efforts n’a-t-on pas employés à deux reprises différentes pour nous entraîner dans le tourbillon de la planète des Etats-Unis. N’y serait-on pas aisément parvenu, s’il ne s'était trouvé un contrepoids pour affaiblir effet de cette attraction? Lors de la première invasion américaine, la forme du gouvernement que l’on avait établie pour le pays, était sans doute bien peu propre à inspirer au peuple lo sentiment d’énergie qui est le fruit d’1n0 participation active au pouvoir souverain qui nous appartenait et que l’on nous avait refusée. D'ailleurs exemple des &nciens sujets, comme on les appelait, des sujets nés dans la même patrie qui non seulement chez nos voisins, mais “ans le sein même de cette province, travaillaient de concert à nous inspirer contre elle la haine dont ils étaient animés, pouvait agir avec efficacité sur nos préjugés, nous porter à nous joindre à ceux qui brisaient le joug de son autorité. La nature et les motifs de cette lutte étaient à peu près inconnus :o nos pères ;

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mais uno résistance active autant qu’on pourrait l’attendre de la nouveauté des dispositions de la loi, qui nous avaient rassurés sur les intentions du gouvernement anglais et partout lo refus de combattre avec ses enfans contre notre nouvelle métropole qui n'avait pas reculé dovant un acte de justice, paralysèrent les efforts des Américains-unis et conservèrent ces provinces à l’Angleterre.

Une seconde épreuvo a eu des résuitats bien plus remarquables encore. Lo peuple du pays venait de soufirir des caprices et de la conduite arbitraire d’un gouverneur qui nous traitait en rebelles quand nous en appelions à sa justice. Que ne peut sur un peuple le sentiment du devoir et de l'honneur, quand le gerr..o de la liberté n’est pas encore étouflé, quand son flambeau peut encore éclairer l’esprit et réchauffer le cœur! Le Canada fut sauvé un peu plus d’un an après l’époque à la quelle les satellistes d’un gcuverneur lui avaient persuadé que si on mettait des armes entro les mains de ses enfans pour défendre leur pays eontre l'invasion, ils les tourneraient de suite contre l’Angleterre. Alors on no parlait que de se renfermer dans les murs de Québec en cas d’invasion et d’abandonner tout le resto de la province à l’ennemi!

Après tout, pouvaient-ils se persuader que ceux qu’ils oprrimaient pouvaient s'élever au dessus des ressentimens que leurs injustices avaient dû provoquer ? On se contentera d’ajouter que cette province avait succombé sous les efforts anglais, quand elle était sous le gouvernement de son ancienne métropole, elle a pu résister deux fois à l’invasion, à la dernière suitout, avec une administration dont elle avait à se plaindre, parce qu’elle avait un gouvernement au quel le peuple participait et qu’elle n’avait pas perdu l’espoir d’obtenir la justice qu’elle réclâmait. Enfin on ne saurait manquer de rappeler ici le souve-

nir d’un troisième évènement plus récent et peut-être plus important, Encore unc fois, que sorait devenu lo Canada lors du projet d’union dont ila déjà été question dans ces réflexions,

gans cette constitution et l’énergie qu’elle inspire à un peuple, sans la confiance dans ses propres ressources et dans la justice et les lumières de ceux. qni exercent l’autorité suprême, les quelles découlent de la même source? La tyrannie et l'avarchie auraient bien vite déchiré tour à tour la province, jusqu’à ce que, épuiséé par ses convulsions, tous les liens de la vie sociale successivement brisés, le corps politique eût. cessé:de vivre, |

Ilest vrai que, depuis ce projet d’union, nous avons eu de nouveaux sujets de nous plaindre de plusieurs des mesures dans les quelles on a entraîné le gouvernement anglais à notre égard ; mais la liberté veille sur nous, Conservous les vertus de nos pères, espérons encore dans le secours d’une providence qui ne laisse pas toujours triompher Pinjustice et prête l'oreille aux soupirs des peuples qui réclàäment sa protection contre ceux qui travaillent à les spprimer. Q

Les hommes superficiels ne voient le chef-dœuvre du gouvernement que dans le despotisme, Son énergie apparente leur en impose. Incapables d'étendre léurs vues au delà du présentet de revenir sur le passé pour calculer les probabilités de l’avenir, iis ne voient pas que le pouvoir arbitraire n’a de force que pour détruire. Les succès passagers de la tyrannie leur fout illu— sion. Ils Jui supposent de l’habilité. Ils ne voient pas que c’est le talent de l'enfant ou du sauvage. Il ne faut que de lignorence avec des passions; et entre les mains de l’un ou de Pautre la torche ou la huche pout abattre ou réduire en cendre les monumens que le génie vvait mis des siècles à élever, pour les consacrer aux arts ou uux sciences, pour subvenir aux besoins de l’homme ou pour honorer son auteur. L’homme éclairé par la réflexion et expérience sait au contraire que la liberté avec la justice sans laquelle elle ne peut subsister, est l'âme des sociétés politiques. Avec elle, les nations, les peuples croissent et s’élèvent au plus haut degré de la force et de la prospérité, Si ce principe de vie s’affaiblit, ils languissent.

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Si ce flambeau s’éteint, ils s’éteignent avec lui et meurent. Redoublons de vigilance. ÆEclairons notre gouvernement : éclairons-nous nous-mêmes, de plus en plus. Les lumières avec des vertus sont une véritable puissance. Saisissons cette arme invincible, C’est avec elle’ que nous pouvons faire valoir l’empire de la justice que nous réclamons, D’ailleurs notre cause est celle de notre métropole elle-même. Avec de la cons-tance et de la modération, de l’énergie et de la sagesse, nous pouvons compter sur lespoir d’un avenir plus heureux. (1)

(1) Onn°a pas besoin de fhire observer qu’à l’époque de la première publication de ces considérations, les espérances de l’auteur devaient paraitre reposer sur des fondemens solides. 1Il.eût été sans doute diffcile à lui qu'elles, pussent être frustrées. Qui surtout eût pu d’avance imaginer les motifs étranges et plus. qu’étranges invoqués par Lord Russell à l’appui du Bül d’Union.—"OTE DE L’EDITEURe

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