CHAPITRE XXII
SAN AT OR IA
Le système des formations sanitaires devait être complété par un sanatorium, qui fut construit à Xossi- Comba, îlot situé en face de Hell- Ville - Nossi-Bé). dans la baie de Passandava. C'est le sanatorium ordinaire des Européens vivant à Nossi-Bé, qui veulent se soustraire pendant quelques semaines aux chaleurs torrides de Ehivernage, ou combattre des affections palustres légères. Les malades graves vont à la Réunion.
Ce lieu de convalescence fut choisi par une commission composée d’un officier supérieur du génie, d'un officier supérieur d’artillerie, et d’un médecin-major de l" classe de l’armée de terre. Elle fut envoyée par le ministre de la Guerre, au commencçment de l’année 1895, en vue des installations à faire à Madagascar. En s’arrêtant à ce choix, la commission suivait les indications fournies par les médecins de la Marine, qui avaient signalé cet îlot montagneux comme un des points les plus sains de la côte ouest de Madagascar. Sa proximité de Majunga (2ilieures de traversée par mer toujours calme), son voisinage immédiat de Nossi-Bé, l’accès facile de la côte,
SANATCRIA
étaient autant d avantages pouvant recommander le choix de cet Mot. Formé de deux cônes étroitement soudés, ayant un sol à grandes pentes, de la verdure, quelques sources d'eau, une salubrité relative, il présentait pour l’hygiène des garanties suffisantes à, première vue.
Après une visite sommaire à Diégo-Suarez, la commission décida que Nossi-Comba serait le sanatorium du corps expéditionnaire. Aussitôt, on se mit à l’œuvre. Il n'y avait plus un jour à perdre, car les troupes d’avantgarde étaient déjà arrivées à Majunga. L’établissement fut construit à 480 mètres d'altitude, sur une crête qu’il fallut aplanir. Il se composait d’un hôpital et d’un dépôt de convalescents, pouvant contenir ensemble 500 malades. Les logements étaient formés par des baraques du système Werlhin-Espitalier. L’administration coloniale de Nossi-Bé avait ajouté quelques cases malgaches.
Des soldats du génie, aidés par des ouvriers indigènes, furent employés aux travaux de terrassement nécessaires pour le montage des baraques : les remuements d’un sol malarien furent funestes à un grand nombre de soldats européens. II eût été plus prudent, dans l’intérêt de la santé des soldats ouvriers et des soldats malades, de ne pas fouiller la terre, et de se borner à construire des cases à double toiture, très élevées au-dessus du sol; il n’était plus besoin de niveler; il suffisait alors de débroussailler. La construction du sanatorium a été l’occasion d’une faute qui révèle une connaissance insuffisante de la pathologie et de l’hygiène des pays chauds. Tous les logements furent concentrés à une altitude de 480 mètres, et on négligea de créer sur le littoral un premier établissement oii les paludéens auraient pu faire le stage imposé à leurs malades par les médecins qui ont l’expérience de ces climats etde leurs maladies. L’abaisse-
ment subit de la température et de la pression atmosphérique, les variations nycthémérales plus grandes, l’humidité constante, sont autant de causes de réactions vives donfcertaines catégories de malades doivent être préservées. Une préparation, un triage, doivent être réservés à ces malades, dans une station salubre située sur le littoral du sanatorium choisi. Par suite de celte erreur, 1» sanatorium ne donnait pas des résultats aussi heureux qu’on pouvait l'espérer. Sa valeur était d'ailleurs relative. La chaleur y est encore assez forte; sa salubrité n’était pas parfaite ; l’altitude à laquelle pouvait être édifié l’hôpital et le dépôt de convalescents était insuffisante pour donner le bénéfice d’un changement notable de climat (200 mètres d’altitude équivalent à 1 degré en latitude). L’alimentation en vivres frais achetés à Nossi-Bé était limitée.
Enfin, le nombre de places préparées était trop faible pour suffire aux nécessités que la morbidité formidable du corps expéditionnaire avait fait naître.
Quelle autre solution pouvait être adoptée?
L insalubrité de Nossi-Bé était trop grande et trop notoire, pour qu’il fût possible de songer à v établir normalement un grand dépôt de malades. Cependant, le pelit hôpital colonial de Hell-\ ille fut mis à profit pour recevoir les malades très graves qui ne pouvaient pas être rapatriés immédiatement, ni envoyés directement dans les hauteurs de Nossi-Comba.
L’ile d’Anjouan (Comores) offrait quelques ressources et une salubrité satisfaisante; mais elle n'a pas de mouillage, elle n’est pas sur la ligne des paquebots ; enfin tout était à créer.
La montagne d’Ambre, située sur le territoire de Diégo-Suarez, avait été préconisée à diverses époques1.
L l,r Cnilier, loe. cil.
sanatoriA
Mais, éloignée de 35 kilomètres d’Antsirane, son accès exigeait la construction préalable d’une route, et les établissements hospitaliers étaient tous à faire ; il était bien tard pour s’en occuper. D'ailleurs, la commission ne poussa pas ses recherches jusque-là. Son siège était fait. Elle revint sur ses pas, sans aller jusqu’à la Réunion.
Ile de la Réunion. — Une partie des malades de Tamalave, et quelques-uns des malades de Majunga, furent dirigés sur cette île, qui est considérée, à juste titre, par les Européens habitant la partie australe de l'océan Indien, comme un sanatorium complet. Les hôpitaux de cette colonie reçurent environ un millier de malades pendant toute la durée de la campagne.
La question de l’envoi des malades à la Réunion, a tellement occupé l’opinion publique, elle a été discutée si fréquemment et si diversement, qu’elle mérite de nous arrêter plus longuement. Elle a reçu un jour très vif, des documents publiés sur ce sujet, par le docteur Jean Lémure', le D1' Burot et le Dr Brossier2.
La Réunion offrait-elle des conditions favorables comme sanatorium ? Quelles étaient ses ressources matérielles? Tous ces avantages étaient-ils connus?
Les notions de climatologie, insérées au commencement de cette étude, font suffisamment connaître la valeur sanitaire de la Réunion; sur le littoral, climat chaud sans excès, brises fraîcheset constantes de S.-E. ; par places, paludisme médiocrement intense et sévissant particulièrement dans la population sédentaire et peu aisée.
Sur les hauteurs, climat tempéré, constant, stations graduées, offrant tous les climats d’altitude successifs ;
1. Dr Jean Lémure, Annales d'hygiène et de médecine légales, 1895.
2. Dr Burot, T)r Brossier, Archives de médecine navale et coloniale
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paludisme inconnu dès les premiers échelons ; les autres maladies des pays chauds sont très rares.
L’eau potable est partout abondante et saine; les . sources d’eau minérale sont nombreuses, abondantes, variées ; les ressources alimentaires sont considérables. L’îie produit tous les légumes d’Europe, les fruits des tropiques, et une grande partie des fruits d’Europe.
« On peut donc dire, écrit le Dr Brossier, que la Réunion est un sanatorium de la plus haute importance. Les malades (cachectiques et anémiés' peuvent y faire ■ facilement, et selon leur état, de véritables étapes sanitaires, pour le rétablissement de leur santé. C'est, du reste, par centaines, que les Mauriciens, moins favorisés dans leur île, viennent chaque année demander la santé au climat réparateur des hauts plateaux de la Réunion. Le gouvernement britannique serait fort heureux, s'il avait pour ses troupes européennes des sanaloria de celte valeur 1 ». M. Brossier signale ensuite l'abondance des légumes et du lait frais, et la variété infinie de l'alimentation, si précieuse pour les estomacs débilités des paludiens cachectiques ou anémiés.
Les ressources hospitalières de la Réunion étaient les suivantes: «Il n’existe, en temps ordinaire, que deux hôpitaux coloniaux : l'hôpital de Saint-Denis , contenant 205 lits, au besoin 215, comme cela a eu lieu pendant quelque temps, lors des évacuations de Madagascar, et l’hôpital annexe de Hell-Bourg (Salazie), 95 lits. Mais sur demande de M. le chef de service de santé.... 105 lits avaient été montés à Saint-François, convalescence pour les troupes, à 8 kilomètres de Saint -Denis et à (H9 mètres d’altitude, 103 lits à la caserne d'artillerie, alors inoccupée. Si nous récapitulons, nous trouvons: