‹ Considérations sanitaires sur l'expédition de Madagascar et quelques autres expéditions coloniales, françaises et anglaisesChapitre 110 sur 133 · Dr Delteil, loc. cit · texte numérisé non relu

Dr Delteil, loc. cit

SANATORÏA

Bulletin du Service de Santé militaire ) avaient signalé à l’attention publique une grande partie de ces ressources.

D'autre part, au cours de l’expédition de 1883-1885, la Réunion avait joué un rôle important. Après avoir éprouvé les funestes effets des hôpitaux d’évacuation, successivement installés fi Sainte-Marie-de-Madagascar, à Vohémar, à Diégo-Suarez, on renonça à laisser les malades sur le littoral de Madagascar, et on les dirigea sur la Réunion. Dès le mois de septembre 1883, un roulement est établi entre la garnison de celte colonie et les troupes expéditionnaires. Au mois de décembre, quand les compagnies européennes sont épuisées par la mauvaise saison et les fatigues extrêmes du service, l’amiral Galiber les envoie se reposer à Saint-Denis, comme il y avait envoyé déjà les malades et les convalescents. Des hôpitaux annexes y avaient été aménagés. L un d’eux, ancien hospice situé dans un bas-fond malsain, donna quelques mécomptes qui nécessitèrent son abandon. Mais ce fait fut isolé, et les inconvénients qui en résultèrent ne pouvaient conlre-balancer les énormes avantages que trouva généralement le corps expéditionnaire à envoyer ses malades à la Réunion, et à y tenir ses réserves.

Jusqu à la' fin de 1 année 1887, les garnisons laissées à Madagascar continuèrent à envoyer leurs malades à Saint-Denis.

Lorsque la dernière expédition fut résolue, des corps élus, énumérant les ressources permanentes que possède la colonie de la Réunion, firent les offres les plus généreuses pour recevoir les malades qui pourraient être envoyés de Madagascar : terrains et locaux étaient offerts gratuitement. Le ministre des Colonies, en remerciant la municipalité de Saint-Denis de « son initiative patriotique et généreuse », par une lettre adressée au gouver-

neur, et reproduite dans la presse locale, faisait savoir en même temps à la commission d'organisation, qu'il avait transmis ces propositions et ces renseignements à la commission d’organisation du ministère de la Guerre, « lui laissant le soin d’en tirer le parti qu’elle jugerait possible 1 ». Depuis le mois de décembre 1894, le ministre de la Guerre avait reçu communication de ces pro-

1. Lettre du ministre des Colonies au gouverneur de la Réunion, publiée dans le Petit Journal de la Réunion :

« Paris, 25 janvier 1895.

« Monsieur le Gouverneur,

« Par lettre du 24 novembre dernier, n° 1144, vous m'avez adressé un extrait de la délibération, en date du 17 novembre précédent, par laquelle le conseil municipal de Saint Denis a mis unanimement k la disposition du Gouvernement de la métropole, à l’occasion de 1 expédition de Madagascar, toutes les ressources que possède la commune, en vue d’établir des ambulances destinées aux malades ou blessés, au cours de la prochaine campagne.

« Vous rappelez, en outre, dans cette communication, les opinions émises à ce sujet par le Conseil sanitaire central, d'après l'avis de M. le Chef du Service de santé de la colonie.

« Le Conseil supérieur de santé, auquel votre lettre précitée et la délibération du Conseil municipal ont été communiquées pour examen, s’est rallié complètement aux propositions y insérées.

« Ce comité, après avoir énuméré et décrit les divers avantages qu’offrent la ville de Saint-Denis et l’ile entière, notamment la plaine des Cafres, aupoint dovue sanitaire et hospitalier, conclut à la possibilité d’hospitaliser immédiatement un millier d'Européens à la Réunion.

« J’ai l’honneur de vous informer que je me suis empressé de transmettre ces propositions et ces renseignements, par 1 intermédiaire de M . le Ministre de la Guerre, à la Commission d’organisation de l’expédition de Madagascar, en laissant à cette assemblée le soin d en tirer le parti qu’elle jugera possible. En tous cas, je vous prie de vouloir bien exprimer mes remerciements à M. le Maire et au (.ouseil municipal de Saint-Denis, pour la patriotique et généreuse initiative dont ils ont fait preuve dans la circonstance ».

Signé : « Bourdiaux,

« Directeur de la Défense. »

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positions.. Néanmoins, les ressources offertes par la Réunion comme sanatorium, n’ont eu qu’un emploi extrêmement limité.

Des arguments de divers ordres ont été élevés contre une utilisation plus large. On a dit tour à tour:

1° La distance de Majunga à Saint-Denis est trop longue, la traversée trop pénible ; il est dangereux de doubler le cap d’Ambre ;

2° Le nombre de lits disponibles était insuffisant ;

3° L’accès des hôpitaux situés dans les hauteurs est difficile ;

4° Le climat des hauteurs ne convenait pas aux malades, et il valait mieux les rapatrier ; les malades préféraient rentrer en France ;

3° Enfin, le prix de la journée d’hôpital était trop élevé.

\oilà bien des raisons accumulées, pour expliquer une détermination qu’un seul bon motif pourrait justifier.

1° Nous savons déjà que la délégation de la commission d'organisation n’avait pas jugé nécessaire d’aller vérifier sur place les ressources, les avantages et les inconvénients d’un sanatorium qui avait été jugé bon autrefois pour recevoir les malades du corps expéditionnaire de Chine et de Cochinchine (1838-1801), ceux du corps d’occupation de Madagascar (1883-1887), et qui est le rendez-vous de tous les malades de Maurice, des Seychelles, de Madagascar, depuis près de deux siècles.

La délégation s’arrêta à Diégo- Suarez, et ne poussa pas ses investigations jusqu’à la Réunion. Le voyage n’était pas bien long, et pouvait être fécond en résultats, si les délégués avaient pu contrôler la valeur des propositions adressées par la municipalité et les autorités sanitaires de l’île, et en rechercher le meilleur usage. Cette omission, de même que les circonstances qui no

permirent pas à la délégation d'examiner sur les lieux la valeur du climat dé la montagne d’Ambre, était fâcheuse et laissait libre cours à la supposition d'un parti pris inadmissible.

Cependant, au moment où la presse entière, émue par la mortalité considérable constatée sur les navires rapatriant les malades, avait protesté contre les rapatriements effectués pendant les plus fortes chaleurs, et demandé pourquoi les malades n'étaient pas envoyés à la Réunion, une note officielle fut communiquée pour expliquer cette détermination. Elle était ainsi conçue : « Après examen approfondi des divers emplacements proposés, ce sanatorium a été établi à Nossi-Comba. En effet, si la Réunion est, par sa situation géographique, le lieu d’évacuation naturel des malades de Tamatave et de Diégo-Suarez, qui n’en sont séparés que par trois ou quatre jours de traversée , il n’en n’est pas de même de ceux de Majunga: il leur faudrait doul.er le cap d’Ambre, et subir tous les inconvénients d'une navigation beaucoup plus longue, et rendue souvent périlleuse par la mousson contraire.

« Au lieu d’être le premier gîte d’étapes du retour en France, l’envoi à la Réunion aurait éloigné nos malades de la Mère-Patrie' ».

Cet argument est reproduit en ces termes dans le rapport officiel : « On ddit se rappeler, à ce sujet, que cinq jours environ sont nécessaires pour se rendre de la baie de Bombetoke à la Réunion, en doublant le cap d’Ambre, dont le passage esl toujours pénible, et souvent dangereux ». Cette appréciation puise une nouvelle force dans cette répétition, dans l’affirmation nouvelle, dans la consécration que lui donne le rapport officiel de l’expé-

1. Note du 22 septembre. Voir ournal Le Temps, du 23 septembre

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dilion, et parait devoir être définitivement admise. Cependant, elle soulève des objections.

Quand l’auteur du communiqué parlait des « inconconvënients d’une navigation beaucoup plus longue » loi stiu il s agit d’aller à la Réunion, il entendait dire que cette traversée est plus longue que celle qu’il faut faire pour aller à Nossi-Comba. Il n’est pas inutile de donner cette explication du texte de la note.

Les malades furent dirigés sur Marseille, et firent une traversée de trente jours, au lieu des quatre ou cinq jours nécessaires pour aller à la Réunion. 11 semble donc que la longueur d un voyage de cinq jours n’était pas pour effrayer ceux qui ne reculaient pas devant un voyage de trente jours. La traversée de Majunga à la Réunion n’offre pas des dangers aussi grands que pourraient le faire croire les assertions reproduites ci-dessus. En effet, le cap d Ambre, dont les dangers paraissent avoir fait une impression si fâcheuse dans certains milieux militaires, est doublé quatre fois par mois par les paquebots des Messageries Maritimes, deux fois par mois par les navires de la Compagnie Havraise, sans que leur marche en soit retardée d un seul jour, sans qu’aucun sinistre soit venu justifier la réputation qui lui est faite. Les gens familiarisés avec les choses de la mer savent qu’il y a beaucoup de parages, en particulier sur le parcours de Majunga à Marseille, beaucoup plus rudes et plus périlleux que celui du cap d’Ambre, et que la navigation offre souvent des obstacles plus grands que ceux d’une mousson régulière à refouler. « Un officier de vaisseau» en retraite, écrivant dans le journal Les Tablettes des Deux- Lharentes, émettait à ce sujet une opinion qui est en désaccord avec l'opinion exprimée dans la note émanant du ministère de la Guerre : « Dans la traversée jusqu’en f rance, on des chances de rencontrer des mers plus

l’expédition DE MADAGASCAR

dures qu’au cap d’Ambre,et pendant plus longtemps1 ».

Aussi bien, de grands navires, tels que le Shamrock, pouvaient aisément et en tout temps, venir directement de Majunga à Saint-Denis, en moins de quatre jours.

2° Le communiqué contenait cet autre passage : « Les autres ressources existantes de la Réunion, étaient du reste insuffisantes. Elles ne comprennent encore aujourd’hui que 300 places. Il aurait fallu tout créer, là comme sur la montagne d' Ambre, et, malgré les offres empressées et l’obligeance très grande du département des Colonies, les organisateurs de notre service de santé ont cru devoir choisir Nossi-Comba comme le sanatorium immédiat et principal.

D’autres sanatoria devaient être installés ultérieurement sur les hauts plateaux de Madagascar, puis à Tanarive, au fur et à mesure de la marche en avant et de l’occupation2.

L’étude du Dr Brossier publiée dans les Archives de Médecine navale permet d’apporter quelques observations à la suite de cette note. Ce médecin fait savoir que le service de santé de la colonie pouvait disposer immédiatement de 519 lits, et qu'il y avait, en outre , de la place pour 842 lits, en n’utilisant que les bâtiments publics disponibles. Cette situation existait au début de la campagne3.

La délégation chargée du choix d'un sanatorium, aurait recueilli ces renseignements sur place, si elle était allée jusqu’à la Réunion. Elle eût constaté en même

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