‹ Considérations sanitaires sur l'expédition de Madagascar et quelques autres expéditions coloniales, françaises et anglaisesChapitre 116 sur 133 · D' Brossier, loc. cil · texte numérisé non relu

D' Brossier, loc. cil

SANATORIA

Ces chiffres contiennent l’indication précise de ce qu’il y avait a faire : n’envoyer d'abord à Madagascar que six ou huit mille hommes (de préférence des troupes noires), p lacer le reste du corps expéditionnaire (troupesblanchesj en réserve sur les plateaux de la Réunion où ils auraient été conservés intacts et indemnes, bien nourris et bien dispos pour 1 aclion décisive qui commencerait après l'établissement de la base d’opérations à Suberbieville, et le montage de la flottille fluviale ; à mesure que les hôpitaux de campagne et les hôpitaux flottants, à Madagascar, se remplissaient, faire évacuer le trop-plein et les plus malades sur la Réunion, par des grands tranportshôpitaux qui auraient ramené, en retour, un effectif équivalent des troupes de réserve valides, et des vivres frais. Par cette navette ininterrompue, les effectifs présents à Madagascar auraient été maintenus au complet, et en état de validité.

Sûrs de recevoir les soins nécessaires, à Madagascar d’abord puis à la Réunion, terre si française, où ils auraient goûté les bienfaits d’une population patriote et les effets salutaires d une nature privilégiée, les hommes n auraient pas été frappés par ce désespoir qui les étreignait lorsqu’ils se voyaient condamnés à rester a Madagascar, c est-à-dire à une mort qu’ils croyaient inévitable.

Mais, au moins pendant cette période durant laquelle les rapatriements furent interdits et les malades si désespérés, au dire de l’auteur du rapport officiel, pourquoi n’a-t-on pas envoyé les malades à la Réunion, puisque les hôpitaux de Madagascar n’avaient plus de places pour les recevoir ? Pourquoi n’avoir pas envoyé dans les hôpitaux et les casernes vides de Saint-Denis, les malades qui restaient à la porte des établissements hospitaliers de Madagascar ? Mieux valait encore leur faire subir une

traveusée de quatre jours, au bout de laquelle ils devaient trouver des soins empressés et un bien-être capables de leur donner l’illusion de la Famille et de la Patrie, et de leur assurer un prompt rétablissement, que de les maintenir quand même sur le littoral insalubre de Madagascar pour y attendre l’occasion de rentrer en France. « Pendant cette période, annonçait le communiqué du ministère de la Guerre, le supplément d'hospitalisation de 300 lits existant à la Réunion a été mis à la disposition du général Duchesne, de manière à constituer une réserve, une ressource permanente permettant éventuellement d'éviter V encombrement de Aossi-Comba »

Nossi-Comba était encombré depuis longtemps. Lorsqu’au mois de septembre il y avait 8, 000 malades dans le corps expéditionnaire, dont 5.000 à peine avaient pu trouver place dans les hôpitaux, c était le moment de se servir de « cette réserve de 300 lits », et aussi des mille places dont il est question dans la lettre du ministre des Colonies au gouverneur de la Réunion, — lui faisant part des communications faites à la commission d organisation du ministère de la Guerre. Des pourparlers furent échangés entre les deux administrations. Le Gouvernement, pressé par les « demandes du commandement du corps expéditionnaire, aux prises avec les difficultés causées par une effrayante morbidité », donna l’ordre d affréter plusieurs navires, et aussi « d’utiliser le cas échéant les ressources hospitalières de nos colonies de l’océan Indien, auxquelles les approvisionnements nécessaires et plusieurs centaines de fournitures de couchage devaient être envoyés1 2. »

Depuis le mois de juin 1895, 518 lits étaient disponi-

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