‹ Considérations sanitaires sur l'expédition de Madagascar et quelques autres expéditions coloniales, françaises et anglaisesChapitre 120 sur 133 · Rapport officiel · texte numérisé non relu

Rapport officiel

RAPATRIEMENTS

de rapatriés, qui ne tarda pas à -s’imposer, on profita du retour en France, on fin de contrat, du Nolre-Dame-du- Salut ». C’est une occasion qui s'offre, et non un moyen régulièrement préparé. « La nécessité s’impose », mais n’est pas prévue sitôt.

L emménagement de la Provence[ le 2° navire) est assuré par le corps expéditionnaire. Dans ce cas encore il n’y a pas de préparations, et cependant l’expédition a commencé effectivement depuis le 1er mars, jour de l’arrivée de l'avant-garde, c’est-à-dire depuis cinq mois. 11 était probable qu’il y aurait des malades à rapatrier après cinq mois de campagne. Comptait-on sur Nossi-Comba poulies recevoir et les rétablir ? Le rapport officiel nous apprend que cette île ne devait être qu'une première étape vers la Francç, et non un lieu de guérison. Il était dans le programme primitif du commandement, de ne pas retenir les malades sous les tropiques, obéissant à cette conviction que les hommes ne pouvaient en retirer aucun profit. - De ce côté il n’y avait pas de déception. Maisalors, quels sont les navires préparés pour effectuer des rapatriements périodiques? Ce n’est pas le Shamrock, retenu à Majunga comme navire-hôpital, complétant l’ensemble du système des formations sanitaires dans lequel son départ ferait une lacune. Ce n’est pas la Provence : au moment où ce navire quittait Marseille, effectuant un voyage pour le compte de l’État, la Compagnie avait demandé si elle devait conserver à bord le matériel de couchage, en vue d’un transport de personnel. Sur une réponse négative, tout fut débarqué. A son arrivée à Majunga, le navire fut réquisitionné ; le corps expéditionnaire dut construire des emménagements, et six cents malades furent amassés à bord, chiffre considérable constituant un encombrement redoutable, si l’on réfléchit que des navires tels que le Shamrock, emménagés spécia-

lement, ne peuvent recevoir que 350 malades dans leurs batteries, si peu aérées !...

Les médecins convoyeurs embarqués sur la Provence furent pris dans l’effectif médical du corps expéditionnaire, déjà si insuffisant pour faire face à une morbidité sans cesse croissante. Il n’y avait pas un cadre de médecins convoyeurs. Ce besoin n’avait pas été prévu au moment de la constitution du corps expéditionnaire, ainsi que le prouve l’énumération et la répartition du personnel. Donc, pas de navires préparés, pas de personnel affecté au rapatriement. Nous ne trouvons pas jusqu'ici de signes appréciables d'une préparation de ce service.

Le Shamrock part ensuite le 15 août, avec 600 malades. Les navires de ce type sont faits pour en recevoir 350 au maximum !

La Concordia suit, le 20 août, avec 504 hommes : à défaut de navires nécessaires et appropriés, il faut prendre le premier qui se présente. A défaut de médecins et d infirmiers convoyeurs, le médecin-major d'un bataillon et un aide-major, malade, furent désignés pour embarquer sur ce cargot-boat. Huit infirmiers, rapatriés euxmêmes, pour cause de santé, constituaient le personnel secondaire. — 43 malades moururent pendant la traversée.

La Nolre-Dame-du-Salnt avait perdu 10 hommes pendant le voyage, lia Provence, — 21 — —

Le Shamrock, — 40 — —

Cette progression ne fit que s'accroître. En effet, après le renvoi de ces 2.100 hommes, il restai t encore à la base maritime 1.800 malades répartis entre Majunga et Ankaboka, sans compter ceux desautres formations sanitaires. De nombreuses évacuations étaient annoncées de l’avant. Il fallait procéder d’urgence à des rapatriements en masse, « Dès le 21 août, le directeur des étapes deman-

RAPATRIEMENTS 425

dait, au nom du général en chef, l’autorisation d’utiliser un paquebot de la Compagnie havraise, la Ville-de-Metz, pour rapatrier 400 conducteurs somalis et kabyles, qui partiraient en septembre, et l’affrètement pour les premiers jours d’octobre, de deux autres bâtiments.

« Ces demandes ayant reçu satisfaction, la Ville-de- Metz quitta Majunga le .27 septembre ; quant aux deux paquebots Canton et Cachar , ils partirent de Majunga le premier le .24 septembre , avec 642 hommes, le second le 1 4 octobre, avec 1 0 officiers et 740 hommes de troupe *. , Pour donner satisfaction aux demandes réitérées du commandement, le Gouvernement donna l’ordre de retour au Vinh-Long , qui avait remplacé le Shamrock en rade de Majunga, et affréta successivement plusieurs navires dont les départs s’échelonnèrent ainsi qu’il suit :

Notre-Dame du Salut, départ, 17 octobre

Vinh-Long, Ville-du-Havre, Cachemire, Vercingétorix ,

— 1er novembre

710 mal. et convalescent-s.

570 (Kabyles et Somalis).

Les autres partirent par groupes sur les paquebots, et les derniers furent embarqués sur Y Annamite, en janvier 1896.

C est sous la pression des événements, et pour obéir à une impérieuse nécessité, que les rapatriements sont exécutés. Pour y faire face, des cargo-boats, des navires quelconques, sont réquisitionnés, affrétés d’urgence, installés sommairement pour recevoir des masses énormes de malades. A 1 exception du Shamrock et du Vinh- Long, indispensables à Majunga, aucun des navires ci-dessus désignés n’était prêt à l’avance pour recevoir des rapatriés malades.

Page 1