‹ Considérations sanitaires sur l'expédition de Madagascar et quelques autres expéditions coloniales, françaises et anglaisesChapitre 28 sur 133 · Capitaine Niox, toc. cil · texte numérisé non relu

Capitaine Niox, toc. cil

hommes n’étaient pas protégés contre le soleil. On ne peut mieux faire, pour avoir une idée exacte de l'ignorance incroyable qui régnait dans les milieux militaires et administratifs, de toutes les exigences des expéditions militaires dans les pays tropicaux, que de reproduire le passage suivant du livre si instructif du capitaine Niox : « Au départ de France, l’uniforme des troupes ne fut pas modifié ; plus tard le général Forey donna l'ordre de laisser les shakos à la Martinique. Il fil distribuer des chapeaux de paille et adapter des visières aux bonnets de police alors en usage dans l'infanterie. Cette mesure était commandée ' par les nécessités du climat. Mais les négligences de tenue qui en résultèrent firent regretter que l’équipement des troupes n eût pas été mieux approprié aux conditions d'une guerre faite sous les tropiques. Les chapeaux de paille furent d ailleurs bientôt abandonnés, et les troupes portèrent le képi avec coüvre-nuque, qu’elles conservèrent pendant toute la durée de la campagne ».

Ainsi nos soldats allaient sous les tropiques avec leur tenue d'Europe, des shakos ou des bonnets de police sur la tôle! Le général en chef tente de remédier bien faiblement à cet équipement déplorable en leur donnant des chapeaux de paille et des visières. Mais on rejeta bien vile ces modifications qui amenaient des négligences de tenue !...

La tenue avant tout !... Et depuis une année entière cependant l’expédition était commencée. Mais là encore on croyait pouvoir faire « comme en Afrique ». Or eu Afrique il n’y avait pas de tenue spéciale ; combien d’hommes en sont morts à l'époque des grandes expéditions d’Algérie? Nul ne- le sait ; mais la mortalité y était très élevée. Quoi qu’il en soit, le soleil et la chaleur humide des tropiques sont autrement redoutables que la

CAMPAGNE PU MEXIQUE

chaleur sèche du nord de l’Afrique. De cela on ne s’était pas préoccupé.

Le général Forey, frappé par le désastre qui avait anéanti son bataillon d’escorte, voulut préserver les autres corps de semblables malheurs. Il donna l’ordre de ne débarquer les troupes que lorsque l’on pourrait se mettre en route immédiatement vers l’intérieur. Il fut obligé de retarder longtemps encore la marche en avant, par suite de l'insuffisance complète du service des transports et des vivres.

La région comprise entre la Vera Cruz et Orizaba était complètement épuisée. L’ennemi avait chassé les troupeaux loin de notre portée. Les guérillas poursuivaient les Indiens qui essayaient de nous apporter des vivres. Les convois était attaqués. Les marchés que l’intendance avaient passés étaient exécutoires à Puebla et à Mexico. On recherche partout des moyens de transport ; on en demande en France ; on fait des achats en Amérique, aux Antilles. Les vivres s’accumulaient à la Vera Cruz.

Au moment où la concentration des troupes put s’effectuer à Orizaba, en février 1803, les moyens de transport étaient encore réduits à : 108 voitures train, 2:20 voitures mexicaines, 250 voitures américaines, au total 584 voitures ; soit environ 2 voitures pour cent hommes de l’effectif...

Il n’y avait pas d'animaux pouf atteler, le train ne disposant que de 2.030 bêles de trait, et 1.800 de bât; soit au total 3.830 bêtes, dont 2.500 mulets achetés en Amérique ou aux Antilles.

Telle était l’indigence, en moyens de transport, de ce gros corps d’armée, une année après le commencement de l’expédition.

Les mauvaises conditions d’emménagement des navires de guerre transformés en transports, les coups de vent

du nord qui rendaient la rade dangereuse, nécessitèrent le débarquement des troupes. On fut obligé de maintenir le plus grand nombre dans le voisinage de la ^ra Cruz, pour permettre le ravitaillement. Il faut retenir cette pénible situation, car nous la retrouverons, comme conséquence des mêmes fautes, dans une expédition toute récente.

Fort heureusement la lièvre jaune sévissait avec moins d'intensité. Les troupes débarquées échappèrent en général à ses influences ; mais elles eurent à souffrir du paludisme. On croyait avoir affaire à de simples fîèxres d’acclimatement ! 11 y eut beaucoup d'hommes indisponibles. Mais dès que la concentration fut faite à Orizaba, l’état sanitaire devint meilleur, comme cela s’était produit la première fois pour les troupes du général Lorencez. Les hommes les plus affaiblis furent renvoyés en France.

Dans les marches, les hommes furent toujours soumis aux mêmes fatigues. « On allégeait autant que possible le chargement du sac en ayant recours aux animaux de réquisition sur lesquels on plaçait une partie des vivres de réserve, quatre jours, quelquefois huit. Les cartouche*s étaient toujours portées par les hommes... La tenteabri, la demi-couverture et les ustensiles de campement complétaient le chargement du sac qui atteignait ainsi un poids énorme. C’était réellement pitié de voir nos malheureux soldats chargés comme des bêtes de somme, parcourir toute l’année les interminables roules du Mexique, avec un courage et un entrain qui fait le plus grand honneur à leur esprit de discipline et d abnégation L »

Oui ! mais cela fait-il l’éloge delà prévoyance et de la sollicitude des organisateurs de l’expédition ? Cela se

1. La Guerre au Mexique, Journal des Sciences militaires , 1894.

CAMPAGNE DU MEXIQUE

passait trente deux ans avant l’expédition de Madagascar!

Pour garder la ligne de communication entre la V.era Cruz et les terres hautes où étaient réunies les troupes, on avait laissé à la Soledad, à Tezeria et à la Vera Cruz des garnisons faites avec les troupes de marine et des soldats noirs. Les infortunées troupes de marine, qui étaient au Mexique depuis le commencement de l’expédition, avaient ainsi, de plus, la redoutable mission d’occuper les terres chaudes, la zone meurtrière dn littoral.

Il y avait :

.4 Ver a- Cruz :

Compagnie de matelots noirs, 253 hommes ;

Marins, 91 hommes ;

Compagnie d’infanterie de marine, 40 hommes (valides seulement) ;

Fraction de contre-guérillas ;

Volontaires Martinique, 50 hommes ;

A Tezeria :

2 1/2 compagnies infanterie de marine ;

1 compagnie génie colonial ;

Fraction de contre-guérillas ;

.4 Soledad :

4 compagnies d’infanterie de marine ;

25 hommes du génie colonial ;

Auxiliaires.

L’armée de terre était ainsi préservée des influences pernicieuses du littoral. Les marins gardaient les côtes.

On avait cependant réussi à organiser des contre-guérillas, qui rendaient des services pour la protection des convois.

De plus, le 23 février, un bataillon de -400 Égyptiens

débarqua à la Vera Cruz. Ils furent affectés au service des terres chaudes, et remplacèrent avantageusement les infortunées troupes blanches de l'infanterie de marine décimées par la fièvre jaune et la malaria; il était bien tard. Ces noirs soudanais, recrutés dans les rues, du Caire par la police du Khédive, arrivèrent au Mexique sans organisation. Il en était mort 22 pendant la traversée. Peu à peu, grâce à des interprètes algériens, on parvint à se faire entendre d'eux, à subvenir à leurs besoins, à les organiser, à les instruire, à les soigner, et ils rendirent les plus grands services.

Du 27 février jusqu’au 9 mars, la marche de la colonne sur Puebla fut encore retardée par le manque d'argent. La caisse était vide. Un convoi d’argent était attendu de la Havane.

Tels furent les commencements pénibles de cette expédition, qui fut continuée par une occupation difficile.

Statistiques. — Les pertes subies depuisde commencement de l’expédition sont résumées dans le tableau suivant :

Armée de terre (état du 7 novembre 1863) :

Tués : 17 officiers, 283 soldats ;

Morts de maladie: 10 officiers, 1.370 soldats; soit 1 .740 morts ;

Marine (état du 22 janvier 1864) :

Infanterie de marine : 12 officiers, 707 soldats (dont 2 volontaires créoles et 9 soldats créoles du génie) ; Marine : 40 officiers, 1.239 soldats.

Le personnel des équipages des navires qui avaient figurés dans la flotte expéditionnaire était de 20.312 hommes.

La marine avait mis à terre 4.066 hommes, à savoir :

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