Gart'eron, loc. cil
Un jour sur trois, puis un jour sur deux, on distribuait une ration normale qui se composait de :
Viande fraîche 590 gr.
Biscuit 550
Tuiïa 6 centil.
Jamais on ne délivrait de vin.
Après un mois , on parvint à constituer un approvisionnement suffisant. On reçut alors de la farine et des fours de campagne, et à partir du 20 mars on put distribuer du : pain un jour sur trois ; on n’en avait pas mangé depuis 46 jours, c'est-à-dire depuis le 2 février, jour du départ de Chu. Fort heureusement, le pays fournissait des volailles, des légumes, des fruits, de la viande de boucherie en quantité suffisante.
Les hommes de cette brigade furent donc soumis à de grandes privations pendant plus d'un mois, bien qu'ils fussent, en garnison, à quelques jours de marche seulement de Chu, base d’opération, et dans une région dont nous étions les maîtres.
Pendant ce temps la brigade Giovaninelli avait couru .au secours de Tuyen-Quan, et l’avait débloqué après une série de marches forcées et de combats meurtriers. Partie de Lang-Son le 6 février avec un effectif de loü officiers et 2.870 soldats \ elle arrivait le 22 février à Hanoï, ayant parcouru 160 kilomètres, construit une partie de la route de Lang-Son à Cut. Elle ne comptait plus que 86 officiers et 2.348 soldats ; soit une perte de 1 9 officiers et 622 hommes.
La garnison de Tuyen-Quan, qui se composait à la fin de l’année 1884 de 2 compagnies de légion à l'effectif 1 total de 400 hommes environ, avait perdu une grande partie de son effectif à la suite de travaux constants 1 1. Commandant Lecontc, /oc. cil.
EXPÉDITION DU TONKIN
d'établissements et d’assainissement que les hommes avaient à exécuter dans l’intervalle des gardes et des reconnaissances. Elle fut décimée comme toutes les troupes qui ont eu à créer des établissements au Tonkin. A la. lin d’octobre elle comptait 170 malades, et la quinine faisait défaut.
Statistique. — Dans le cours de l’année 1885, à la suite de la retraite de Lang-Son, des renforts considérables de troupes européennes furent envoyés au Tonkin, 14 navires partis de France en avril, arrivèrent successivement en mai et juin à llaï-Phong ; c’était une troisième série de renforts qui arrivait depuis 1883. Au premier août les effectifs s’élevaient à : 890 officiers et 28.000 hommes de troupes européennes auxquelles il fallait ajouter les tirailleurs tonkinois dont le nombre fut progressivement augmenté. Il y en avait 0.000 au mois d’août; il y en eut 12.000 à la lin de 1885.
La proportion des Européens est de plus du double des indigènes. En 1880 cette proportion change :
La situation des effectifs au 1er juillet 1880 est la suivante :
Officiers : 766 idont 39 absents);
f 27.112 présents (15.049 indigènes);
Troupe : 31.193 h. ' 1.418 détachés ^12.063 Européens) ;
( 2.663 absents (dont 1.834 aux hôpitaux).
Mais le nombre des coolies attachés aux corps de troupes est réduit à 1.070.
Au cours de l’année 1885 la mortalité avait présenté deux phases distinctes : pendant les cinq premiers mois qui avaient vu se dérouler les affaires de Lang-Son et Tuyen-Quan, le corps d occupation du Tonkin qui comptait un effectif total de 23.700 hommes (mars 1885) avait eu 300 décès, soit une proportion de 21 pour 1.000 hommes.
Pendant les derniers mois de l'année, alors que les
effectifs venaient de s’élever par l'arrivée des renforts I .11.700 hommes, le choléra éclate, et on compte 3.81 1 décès (dont 1 .507 du choléra) soit 77 pour 1.000 hommes,
soit environ 50 p. 1.000 pour toute l'armée.
En 188(5 cette proportion des décès tomba à Gi.pour 1.003 ; mais se releva à SI p. J .000 en 1887. et 108 p. 1 .000 en 1888, années pendant lesquelles le choléra se répandit dans tout le Tonkin. Au commencement de 1880, 10.00 ) à 11.000 hommes de troupes européennes, non compris les malades, furent rapatriés.
Uapatriements. — Les hôpitaux de Hanoï et Hai-Pkoug. avaient été successivement agrandis; on avait fondé un. troisième hôpital à Queng-Yen et installé un vaste hôpital temporaire dans les pagodes ou maisons d'habitation annamites de Ti-Cau.En outre, on avait pris la sage résolution, à défaut d'un sanatorium convenable, de faire des rapatriements nombreux.
Cependant un certain nombre de malades évacués dé ! Formose sur le Japon (Yokohama s'étaient bien trouvés de ce séjour : « C’était là une mesure excellente qu un n' tenté dr faire revivre à plus d' une reprise sans y réussir j'ai la convie. lion que si celle mesure acail été prise dès le\ début de V occupation , bien des François pleins de sanlé raconteraient aujourd'hui leur campagne dans les villages • de France , au lieu de dormir de Vélerncl sommeil à 1.000 lieues de la Patrie 1 ».
Les rapatriements s'effectuaient parles transports de l'État et par des affrétés. Les transports do l'Etal du! type A nnamile, vastes, bien emménagés, bien outillés, exécutaient ces traversées dans de bonnes conditions! lorsqu'on ne les encombrait pas d'un trop grand nombre de passagers et surtout de malades.
Los navires affrétés étaient très défectueux, et le nom-
I lui ’.oudoiis toc. cit.
EXPÉDITION DU TONKIN
bre des décès en route était toujours considérable : « Il fallait toujours compter sur 40 jours de traversée de retour, souvent même beaucoup plus, dans des paquebots mal emménagés pour leur destination. De là celle mortalité effrayante qui est venue assombrir telles traversées. Je sais un bateau affrété qui a jeté 7 o hommes à la mer pendant une seule traversée de retour, et la moyenne de 20 à 30 décès est commune.
« J'ai fait moi-même h1 voyage sur un paquebot affrété , et fai été témoin de pénibles spectacles. J’ai constaté au passage de la mer Rouge, dans des salles adossées à la machine, des températures courantes de 53 0 centigrades ,el elles
étaient occupées par des malades Quand, par suite de
gros temps on est obligé de fermer les sabords (trop petits ),■ la batterie devient une fournaise inhabitable même pour des animaux. Je sais que nos confrères de la Marine ont cent fois protesté contre un étal de choses aussi préjudiciable à la sauté des rapatriés, mais toutes leurs protestations sont restées stériles devant la ténacité inconsciente de gros personnages réglementa ni de loin, souvent sans en savoir le premier mot, ces questions d’hygiène pourtant si importantes *. » ,
Cette protestation n’a pas été plus écoutée que celle des médecins de la Marine : de nos jours les malades' revenant de l’Indo-Chine sont tous rapatriés par ces navires affrétés ainsi stigmatisés, ou par des paquebots où ils sont encore plus mal placés. De même pendant l’expédition de Madagascar, on a généralisé l’emploi de cos navires affrétés si meurtriers. Voilà les fruits de l’expérience.
Critique. — Nous arrêterons là l’examen des faits qui ont été observés au cours de la période la plus active de l’expédition du Tonkin. Ils surlisent pour se rendre