‹ Considérations sanitaires sur l'expédition de Madagascar et quelques autres expéditions coloniales, françaises et anglaisesChapitre 40 sur 133 · Dr Courtois, toc. cit · texte numérisé non relu

Dr Courtois, toc. cit

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compte jusqu'à quel degré l’improvisation au dernier moment a présidé à la conduite de ces opérations. On y voit suffisamment à quelles fatigues excessives et j quelles privations les Européens ont été soumis; combien on a été peu soucieux de préserver des existences •. qui devraient être si précieuses; travaux de terre, marches en plein soleil, charges écrasantes, rations réduites, rien ne leur a été épargné par suite d'une utilisation trop faible de l’indigène. Le matériel était toujours insuffisant, et on y suppléait en surchargeant les hommes ou en supprimant leur bien-être. Était-ce par défaut d’argent? Nous ne le pensons pas, car le pays n'a jamais marchandé pour les dépenses utiles. « En 1885. dit 1 intendant Baratier, pour satisfaire à des besoins urgents et de toutes sortes on disposait d'un budget surabondant : ce n’était pas encore le temps des économies forcées. ' »

Comment était géré ce budget surabondant? M. Baratier va nous en donner un exemple : « Les 1 i navires qui avaient chargé en avril la 2e série de renforts arrivèrent presque simultanément à la fin de mai et au commencement de juin ; pour utiliser les coques on les avait, au départ, chargés de matériel et d’approvisionnements hors de proportion avec les besoins immédiats. Pour chaque bateau les surrestaries variaient de 2.Ô00 à 3. 000 francs par jour. La rapidité du déchargement s’imposait donc.

« On débarrassa hâtivement les cales sur une ilotille de 70 jonques qui attendaient aux maigres appontements leur tour de débarquement. La Marine eut une peine infinie à mettre de l’ordre dans ce service par insuffisance d’outillage... Au lieu de quais, deux mauvais appontemenls sans solidité que les grands bateaux ne pouvaient accoster et dont les chalands ne pouvaient

t. Baratier, Administration militaire au Tonkin.

EXPÉDITION DU TONKIN

s'approcher à marée basse. Au lieu de grues à vapeur une mauvaise bigue à main ; au lieu de magasins de triage, des locaux étroits où le matériel ne pouvait que s’empiler quand il ne restait pas sur la berge. »

Cela se passait en 1885, tout juste dix ans avant l'expédition de Madagascar, au cours d’une expédition faite en colonie française; et ces critiques sont faites par un intendant de l'armée. On est en droit d’espérer que ces leçons doivent porter leurs fruits plus tard.

D'où provenaient ces vices d’organisation, ce dénuement des moyens les pl^is élémentaires? Si l’on en croit les intendants de l'armée de terre, le doute n’est pas possible : la Marine est impuissante à conduire les opérations à grande envergure, en raison de la « nullité de sos moyens matériels » et par le fonctionnement même de ses services administratifs.

La Marine n'a pas de troupe d’administration, pas de fours de campagne, de matériel de transport sur terre, de tentes, baraques, etc. Tout le service d'ordonnancement des fonds était centralisé entre les mains du seul chef de service. 11 n’y avait pas de circonscription d’administration où des intendants d'arrondissement pouvaient agir de leur propre initiative. Ces critiques sont fondées, ainsi que celles qui visent l’imperfection des moyens de débarquement.

L'administration de la Guerre a, de même, rejeté sur l'administration de la Marine la responsabilité du manque de vêtements coloniaux pour les troupes de la guerre ; ces troupes arrivaient au Tonkin avec l’équipement d’Europe ; c’est dans le second semestre de 1885 seulement qu’elles ont reçu des effets coloniaux. La raison donnée est nne de ces formalités qui suffisent, parfois, pour entraver les actes les plus importants. Les troupes de la Marine sont approvisionnées par les magasins de la

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portion secondaire du régiment établie au chef-lieu de • la colonie, et ce dernier par les dépôts de la France.

Les troupes de terre n’ayant pas ces magasins de corps -j et ne trouvant pas de magasins généraux d'habillemenl 1 dans la colonie, restèrent dépourvus d'effets coloniaux.

Des bataillons furent laissés sans vêtements à Formose. ;

C’est pour des distinctions subtiles de cette valeur qu’on a vu récemment encore des soldats d un bataillon de légionnaires repartir nu-pieds de Phu-lang-Thuong pour aller précipitamment en colonne, au moment où ils allaient s’embarquer pour la France.

Quelle que soit l’administration qui est en cause, on ne peut que déplorer les vices d’organisation qui amènent de pareils résultats. Les laits seuls intéressent l’opinion publique qui constate que les sacrifices de la Patrie, î grâce à un emploi défectueux, ne profitent pas autant qu’il le faudrait à nos soldats.

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