‹ Considérations sanitaires sur l'expédition de Madagascar et quelques autres expéditions coloniales, françaises et anglaisesChapitre 4 sur 133 · LES CLIMATS DES TERRES CHAUDES · texte numérisé non relu

LES CLIMATS DES TERRES CHAUDES

Les nations de l’Europe, à l’étroit dans leurs frontières gardées par des armées formidables ou par des tarifs douaniers infranchissables, ont cherché dans la seconde partie de. ce siècle à épandre sur d'autres continents le trop-plein de leurs forces, à élargir l’étendue de leurs influences. Pour assurer des débouchés à la production nationale surabondante, pour utiliser à leur profit les courants d émigration de leurs peuples, pour augmenter leur puissance dans le inonde ou conserver leur prépondérance, les gouvernements de ces nations ont cherché à créer des colonies, à imposer des protectorats, à pénétrer par des traités dans les empires d’un autre continent jusque-là fermés à la race blanche, à répandre la civilisation.

Le monde entier est ainsi l’objet de partages et de compétitions entre les plus hardis, les plus rapides et les plus forts. L’explorateur, le soldat et le commerçant se suivent de près sur des sentiers à peine tracés à travers des continents à peine connus. Autrefois, alors que la navigation était plus lente et la géographie

l’expédition di: Madagascar

du monde moins complète, quelques hommes courageux, marins, commerçants, conquistadores, courant sur les mers au gré des vents et de leurs ambitions, ou suivant les inspirations de leur génie, rapportaient en cadeau, à leurs compatriotes indifférents et à leurs souverains incrédules, hostiles et souvent ingrats, de vastes empires conquis au delà des océans.

Aujourd’hui, les gouvernements organisent eux-mêmes les expéditions et les explorations. La science nous a livré le secret de ces terres et nous a rapprochés d'elles. Il n’existe plus de contrées mystérieuses. L'Afrique, ce continent noir qui, au commencement du siècle, gardait encore si bien son secret, est aujourd'hui traversée dans tous les sens, sondée, fouillée, déchirée entre les mains de ceux qui se la partagent. Dans son centre, qu’on marquait sur les cartes d’une large tache blanche avec ces mots : « Territoire inconnu ». les armées européennes se rencontrent sur des frontières marquées à la hâte par la diplomatie là où les plus hardis explorateurs osaient à peine s’aventurer naguère. L’Océanie est depuis longtemps partagée. Les nationalités nouvelles de l'Amérique ont déjà toute une longue histoire et se dressent fièrement devant celles de l'Europe.

Dans les terres déjà bien rares, qui n'appartiennent pas à des populations avancées dans la civilisation et réunies en Etats réguliers, les premiers occupants deviennent les possesseurs. Ils tracent au gré de leur fantaisie, suivant leur activité, leur avidité ou leur prévoyance de larges limites, et réservent pour l’avenir des zones d'influence qui s ouvrent sur de vastes territoires.

Aux peuples doués d'une organisation plus complète, constituées en Etats puissants, pourvus de gouvernements dont l’action effective etreconnue s’exerce sur des domaines délimités, les Européens offrent des traités aux

NOTIONS - GÉNÉRALES 7

puissants, et leur protection aux plus faibles. Enfin dans les grands empires, comme la Chine, qui ont des frontières fermées et gardées, la diplomatie s'efforce d’obtenir un accès plus facile pour l’industrie européenne, des protections pour les commerçants, les religieux et les savants. Chaque gouvernement européen s’applique à s’assurer la plus grande somme d’avantages et à acquérir une prépondérance favorable à la prospérité du peuple qu’il administre.

Mais ces prises de possession, ces occupations, ces protection^ accordées ou... imposées, ces traités avantageux ne sont pas toujours acquis ou conservés par des voies pacitiques. La force des armes intervient parfois soit pour imposer la domination, soit pour obliger au respect des conventions conclues. Les Européens sont alors conduits à faire loin de leurs frontières des expéditions militaires.

C’est ainsi que furent amenées les expéditions de « Chine », du « Mexique », de « l'Indo-Chine », de « l’Egypte », des « Ashantis », du « Dahomey », de « Madagascar ». Ces guerres different en tous points des guerres d'Europe par la qualité des ennemis que l’on a combattus et contre lesquels il faut une tactique nouvelle, et aussi, et surtout, par la nature du pays où on les fait.

. En effet, la plupart des régions où les nations de l’Europe s’efforcent aujourd’hui de fonder des colonies ou d’établir leur influence ou leur commerce sont situées au delà des mers, dans des climats bien différents de notre vieux monde. Elles sont généralement placées entre les tropiques ou au voisinage des tropiques. Par suite, aux difficultés qui résultent d’un grand éloignement et de la marche à travers des pays inconnus s’ajoutent les influences qu’exercent des climats nouveaux pour les organismes européens. La guerre nécessite le

transport à grande distance, sur des navires, des troupes et de tout leur matériel. Les .pays que l'armée traverse sont souvent dénués de vivres, et il faut les expédier de la métropole et les transporter à la suite des colonnes ; les routes sont à créer.

Ce sont là de grands obstacles à la marche des armées européennes, mais des obstacles dont on peut à l'avance mesurer assez exactement l'importance, et que, par la prévoyance des administrateurs et la science des ingénieurs, on peut arriver à vaincre.

Il en est d’autres au moins aussi considérables mais moins aisément surmontables : ce sont ceux que les maladies opposent au séjour, aux marches et aux travaux des soldats européens, dans les pays chauds. Ces maladies onL occasionné des désastres dont le souvenir est encore présent à toutes les mémoires ; elles ont arrêté bien des fois et pendant longtemps les entreprises coloniales, au point de faire douter, même eu Algérie, de l’aptitude de l’Européen à fonder des établissements durables dans les terres chaudes. Mais ce découragement d’un petit nombre d’hommes, qui ne considéraient que les résultats sans dissocier les effets des causes diverses, n’a pas prévalu contre les intérêts majeurs des peuples. Ces échecs provenaient le plus souvent de

la méconnaissance de la vraie nature des obstacles ren-

contrés ; on les méconnaît encore. Les leçons de l'expérience semblent ne porter aucun fruit. On paraît négliger ou ignorer les données précises que la science moderne a acquises sur la climatologie et la géographie médicale des pays chauds.

Quelles sonl les caractéristiques dominantes du climat des juiys chauds? Avant de passer à l’étude des principales expéditions coloniales, il est bon de rappeler en quelques mots ces caractéristiques.

NOTIONS GÉNÉRALES

On comprend généralement sous le nom de pays torrides et chauds, l’ensemble des pays situés géographiquement eatre le tropique du Cancer et celui du Capricorne, et aussi les terres situées au delà des tropiques mais dans leur voisinage immédiat.

Suivant l’élévation annuelle de la température, ces terres sont partagées en :

1° Climats torrides, ayant de 58° à 25° de température;

2° Climats chauds, ayant de 25° à 15° de température.

Les climats torrides forment par leur ensemble à la surface du golbe comme un gigantesque anneau qui fait le tour de la terre suivant l’équateur. Cet anneau comprend les trois quarts de l'Afrique, les trois grandes péninsules du sud de l’Asie, le plus grand nombre des archipels océaniens, toute l’Amérique du Centre et une partie de l'Amérique du Sud. C’est surtout des climats torrides que nous aurons à nous occuper, et aussi des climats chauds les plus rapprochés de la zone torride.

Les climats chauds, situés en bordure au nord et au sud de cet anneau, forment par leur continuité un anneau boréal et un anneau austral : l'anneau boréal contine aux régions méditerranéennes de l’Europe, englobe une partie de l’Asie méridionale au nord des grandes péninsules, comprend la Polynésie septentrionale, le nord du Mexique, le sud des Etats-Unis, l’extrême nord de l’Afrique. L’anneau austral s’étend du sud de l’Afrique, au sud de l'Australie, au Chili, au Pérou, au Brésil sud.

Toutes ces régions sont caractérisées par une température très élevée, et la constance dans la moyenne de ces élévations. Mais pour être moins grandes que dans les régions tempérées, des variations et des oscillations se font sentir dans la température, soit d'un pays à l’autre d’une même zone, soit d’une saison à l’autre, soit du jour à la nuit.

En certains points de la zone torride on constate des températures de 48", 49° (Sénégal; et 50° (bords de la mer Rouge).

La température est loin d’èLre la même dans toutes les régions d'une même zone : les chiffres qui ont servi à les classer ne sont que des moyennes, et chaque région se différencie par des variations dues aux saisons, aux vents régnants, au voisinage des grandes surfaces d'eau ou de sable. Ainsi tandis qu’au Sénégal, de février à avril, on a une température de 20°4 en moyenne, dans le haut Niger et sous l’influence des vents d'Est. la température moyenne est, dans la même zone et dans la même saison, de 32°2 à 32°6.

Un autre exemple de l’influence des vents régnants sur la température s’observe à Madagascar : sur la côte ouest Majunga a une moyenne annuelle de 29°7 ; tandis que Vohemar, sur la côte est, situé cependant plus près de l'équateur mais balayé par les vents alizés de S.-E.. la température moyenne annuelle est de 26°.

D’une saison à l’autre on observe des variations faibles, mais qui ne sont pas négligeables. Ces variations saisonnières sont moins grandes au voisinage de l’équateur qu’au voisinage des tropiques. On peut subdiviser à cet égard les climats en une zone équatoriale, et deux zones tropicales , situées au nord et au sud de la première et la séparant des pays « chauds ».

Dans la zone équatoriale les mois les plus chauds ont en moyenne 30°3, et les plus froids ont 23n 2 *.

Dans la zone tropicale les mois les plus chauds ont 29°u et les plus froids 20° «.

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