‹ Considérations sanitaires sur l'expédition de Madagascar et quelques autres expéditions coloniales, françaises et anglaisesChapitre 5 sur 133 · I)r Jiist Navarre, Manuel d'hygiène coloniale · texte numérisé non relu

I)r Jiist Navarre, Manuel d'hygiène coloniale

■I. Pendant la saison froide, au Tonkin, le thermomètre descend parfois à -f 6°, et monte fréquemment à 38° cl iU° pendant la saison chaude.

NOTIONS GÉNÉRALES

Plus lofn encore de l’équaleur, dans la zone juxtatropicale, appartenant aux climats chauds c’est-à-dire compris dans la bande isotherme de 25° à 15°, les variations d'une saison à l’autre sont encore plus grandes et vont de 29°, moyenne des mois les plus chauds, à 16°, moyenne des mois les plus froids

Les variations thermométriques, du jour à la nuit ont peu d’amplitude dans la zone équatoriale, ne dépassant guère 7°, en moyenne de 3D à 4°.

Dans la zone tropicale les écarts sont plus considérables : ils vont de 12° à 20° ; en moyenne de 7° à 9°.

En résumé les climats torrides et chauds se font remarquer par la constance de leurs températures élevées ; c’est un des principaux facteurs de ces climats.

Mais d’autres facteurs interviennent dont l’importance est au moins aussi considérable. En première ligne vient l’humidité. La quantité de vapeur d’eau contenue dans l’atmosphère des pays torrides et chauds est considérable. Dans la zone équatoriale l’humidité acquiert une tension de 19 à 22 et même 28 millimètres de mercure (correspondant en centièmes à 96° el 97°). Dans la zone tropicale, la tension varie de 13mm, 8 à 25mm, 5 (ou, en centièmes, de oG° à 87°).

La saturation de l’atmosphère augmente avec la température, et avec elle augmente sa nocivité. Une chaleur de 28° avec un air sec el une tension correspondante de la vapeur d’eau, comme nous la subissons dans les régions tempérées, est aisément supportable. La même température de 28° avec 83 à 90 centièmes de vapeur d’eau, et une tension de plus de 24mm est intolérable à Saigon. Elle est môme plus intolérable qu'une chaleur sèch'e de 40°, comme on l’observe en Tunisie. La tension de la vapeur exerce l’influence dominante dans la zone 1. Tous ces chiffres s’appliquent aux régions basses seulement.

torride à mesure qu'elle s'élève, la pression de l'air s’abaisse ; par suite l’oxygène arrive à nos poumons avec une tension insuffisante, et les phénomènes <le la respiration et de l’oxydation du sang sont entravés. De plus, à mesure que la vapeur d’eau augmente en quantité et en tension dans l'atmosphère, l’eau du corps, qui s'exhale ordinairement par les poumons et par la transpiration cutanée, s’échappe plus difficilement, il en résulte un état de pléLhore et d'hyperthérmie qui peut rapidement se transformer en un état pathologique.

Aussi l’Européen, qui, à l’état de repos, équilibre avec peine sa température dans les climats torrides, doit éviter l’exposition au soleil et les efforts’ musculaires énergiques répétés. Ces conditions sont difficilement réalisables dans la vie militaire.

Ainsi qu’on peut le prévoir d'après les indications qui précèdent, les saisons sont beaucoup moins marquées que dans les pays tempérés, et on dit ordinairement qu'il n’existe qu’une saison sèche ou belle saison, et une saison pluvieuse ou hivernage.

Cependant il est plus exact de dire que, dans les zones tropicales, les deux saisons principales, d’une durée à peu près égale, sont séparées l'une de l’autre par des périodes de transition, très courtes, et occupées par des alternatives de calmes et de coups de vent.

Dans la zone équatoriale l’année est partagée en quatre saisons de durée inégale : deux sèches et deux pluvieuses. Elles sont déterminées par le mouvement alternatif du soleil qui va, dans le cours d’une année, du tropique du Cancer au tropique du Capricorne, entraînant avec lui dans ce mouvement de translation le vaste anneau de nuages, le Cloml Ring des Anglais, qui

1. Dr G. Treille, De Vacclimalion des Européens dans les pays chauds. Congrès d'hygiène de Vienne, 18S7.

NOTIONS GÉNÉRALES 13

Forme uu anneau autour du globe au niveau de l'équateur, el déverse des torrents d'eau sur les parties de la terre qu'il recouvre. C'est le « Pot au noir » des marins, bande nuageuse large de 3 degrés en moyenne, recouvrant une zone de calme bordée au nord et au sud par une zone d'orages, de tempêtes, de vents variables. Cet anneau nuageux se promène ainsi à la suite du soleil, du 12e degré de latitude nord au 2® ou 3° degré de laLitude sud. Dans ce mouvement alternatif il passe deux fois en un an au-dessus des terres les plus rapprochées de l'équateur, el détermine la formation de deux saisons des pluies séparées par deux saisons sèches d’inégale durée.

Ces saisons se succèdent dans l’ordre suivant :

Dans la bande équatoriale nord :

Grande saison des pluies (13avril-lfr août) ;

Petite saison sèche (Ie1' août-101 octobre); •

Petite saison des pluies (1er octobre-15 décembre) ;

Grande saison sèche (15 décembre-15 avril).

Dans la bande équatoriale sud :

Grande saison des pluies (1er février-16 mai) ;

Grande saison sèche (10 mai-lcr octobre) ;

Petite saison des pluies (1er octobre-13 décembre) ;

Petite saison sèche (15 décembre-fin janvier).

Nous laissons de côté la pression barométrique el la tension électrique, qui n’ont qu’une action peu importante.

Nous avon£ examiné jusqu’à présent les facteurs d’ordre météorologique qui exercent leurs influences sur les Européens. Ces influences présentent des dangers graves ; mais, par les précautions et l’assuétude, on peut arriver à leur égard à une immunité relative.

II on va tout autrement du deuxième ordre d influences, celles qui naissent du sol.

C’est là que prennent naissance les germes infectieux contre lesquels il n’y a pas d’accoutumance.

Dans les plaines basses, marécageuses, sur les terres d alluviou, non soumises à la culture régulière, dans les régions couvertes de forêts, d herbes humides, arrosées de pluies abondantes alternant avec un soleil ardent, les gei mes contenus dans le sol, très riche en matière organique, se développent sous l'action combinée de la chaleur et de l’humidité, et se répandent dans l'atmosphère à la faveur de 1 évaporation produite par l'action du soleil, et déterminent l’intoxication palustre et toutes ses redoutables complications.

Lorsque ces terres sont remuées accidentellement, les émanations se, produisent avec plus d'intensité et sont funestes à feux qui se livrent à ces premiers travaux. Les eaux et 1 air sont pollués par les innombrables germes qui se développent dans ces pays où les fermentations sont si rapides. La dysenterie et l’hépatite s'ajoutent souvent au paludisme, et remplissent avec lui le cadre de la pathologie.

Les zones équatoriales et tropicales constituent les foyers immenses et intenses de ces deux meurtrières endémies.

Mais le paludisme domine de beaucoup la scène : il s’v produit sous ses formes les plus graves, et avec une fréquence <pi on ne retrouve pas dans les autres régions du globe. On y rencontre aussi la dengue et le béribéri, qui sont endémiques ; la variole y est très répandue et très grave. Les autres maladies infectieuses qui sont communes en Europe, influen/.a, pneumonie, fièvre typhoïde, etc., viennent trop souvent s’ajouter aux maladies endémiques et tonner avec elles des associations redoutables*

NOTIONS GÉNÉRALES

Les terres torrides et chaudes ont aussi le privilège l être le foyer de la fièvre jaune et du choléra : choléra lans 1 Inde et en Indo-Chine, fièvre jaune dans le golfe lu Mexique et sur les côtes' du Brésil. De ces foyers loueurs en activité, grâce à l’humidité et à la chaleur si propices au développement de leurs germes, ces malades se répandent en Europe, ou frappent les troupes uropéennes en expédition.

Tels sont les ennemis qu’une armée européenne trouera devant elle aussitôt qu’elle aura atteint les climats hauds : il en est parmi eux que l’on peut éviter ou cou re lesquels on peut acquérir une certaine accoutumance u prendre des mesures de préservation qui dimimuî- °nt la gravité de leurs atteintes ; il en est d’autres qu’on e peut éviter qu'en les fuyant, qu’en s'en éloignant le lus possible.

Voilà quels sont les obstacles les plus sérieux aux xpéditions des Européens dans les pays chauds. Ils iennent apporter au problème les plus graves compilations. Lorsqu’on a Vaincu les difficultés du transport une masse d’hommes, d'animaux et de matériel à rande distance, celui de la' marche à travers des pays ont la géographie est très incomplètement connue, à avers des forêts épaisses, des marécages profonds, es montagnes abruptes : lorsqu’on a réussi à alimenter grande distance, ces hommes et ces animaux à pilleurs miliers de lieues de la rqèTe-palrie, dans des pays ms routes et sans accès, on n’a surmonté encore qu’une Trtie des obstacles. Il reste encore à préserver cette ■moe, toujours peu nombreuse, des maladies qui en uelques jours peuvent la décimer et entraîner ainsi des isastres sans que l’ennemi que l’on a devant soi ail -soin d’agir pour vaincre.

La connaissance des obstacles que les expéditions eu-

ropéennes doivent rencontrer sur leur route dans les pays chauds n'est pas une notion nouvelle. — Les maladies qu’on y rencontre sont connues depuis de longnes années : Anneslev, Celle,' Dutroulau, Boudin. Fonssagrives, Rochard, Collin, Nielly, Laveran, Leroy de Méricourt, Treille, etc., ont écrit sur ces matières des ouvrages qui sont dans toutes les mains. Les congrès d'hygiénistes d’Amsterdam, de Vienne, etc., ont mis ces questions d’hygiène intertropicale à leur ordre du jour, et ont énoncé des préceptes qui sont des lois de’ préservation.

Il semble donc, puisque ces notions sont ainsi répandues, et que les plus importantes d’entre elles ont été acquises à une époque bien antérieure à la seconde moitié de ce siècle, qu’on les aura mises à profit pour entreprendre dans les meilleures conditions possibles les expéditions coloniales faites dans cette période.

Les derniers événements survenus à Madagascar sont faits pour inspirer le doute le plus décourageant...

L’expérience, à défaut dénotions scientifiques, a-t-elle manqué ? et n’avait-elle pas encore donné aux déductions de la théorie la confirmation nécessaire d'une pratique longue 'et répétée ? Il suffira de jeter un coup d’œil rétrospectif sur les expéditions entreprises par les Anglais et les Français sur les points les plus divers de la zone torride, dans la seconde moitié de ce siècle, pour voir combien nombreuses et concluantes ont été les leçons de l’expérience. Elles n’ont pas manqué aux uns et aux autres ; science et expérience se donnent ici un mutuel appui et sont suffisantes pour apporter de grandes lumières à ceux qui ont la charge de préparer les guerres coloniales. Nous verrons le parti qu’on a su en tirer.

Dans la conduite de ces expéditions nous ne considérer rons que les préparatifs et les dispositions qui intéres-

NOTIONS GÉNÉRALES

sent l’hygiène, tels que : composition du corps expéditionnaire, choix des époques, marches, travaux, équipement, alimentation, exécution du service sanitaire, etc.

Dans ces expéditions, qui sont surtout des guerres d’ingénieurs et de médecins, la part de l'hygiène est assez grande pour être traitée isolément.

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