‹ Considérations sanitaires sur l'expédition de Madagascar et quelques autres expéditions coloniales, françaises et anglaisesChapitre 6 sur 133 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

expédition d’abyssinie (sept. 1867-janv. 1868)

L’Angleterre, ayant à venger une insulte faite à ses nationaux par le roi Théodoros, dirigea une expédition contre 1 Abyssinie en 186/. Sir Robert Napier fut appelé à la commander.

Climatologie. — L Abyssinie est située entre la vallée du Nil et la mer Rouge, entre le 10e et le 13'' degré de latitude nord. Elle appartient donc géographiquement à la zone tropicale, et se trouve sur la même latitude que le Sénégal. Mais sa constitution très montagneuse modifie les cllets de la latitude. A l'exception du littoral, le climat de I ensemble du pays est relativement tempéré : l'altitude corrige la latitude. Le massif montagneux, d'une altitude moyenne de 2.000 mètres, présente fréquemment pendant la nuit et pendant la saison sèche des températures de zéro. La neige se rencontre à partir île i.000 mètres. Comme dans les autres pays de la zone tropicale, il n'y a

que deux grandes saisons: une saison des pluies, chaude (avril à octobre), une saison sèche et fraîche (de novembre ci mars), séparées l’une de l'autre par des périodes de transitions très variables.

La zone du littoral est très chaude; mais, dès qu’on l’a franchie et qu’on a atteint les premiers plateaux, on échappe aux influences météorologiques du climat chaud. Il s'agissait donc de franchir rapidement les terres basses.

Le vaste massif montagneux, de forme triangulaire, qui constitue l’Abyssinie, est très rapproché au nord, par son sommet, de la mer Rouge donl il n’est distant que de “20 kilomètres '. Au sud, il est séparé du littoral par un espace de plus de 500 kilomètres occupé par une vaste plaine sablonneuse et déserte.

Il importait de choisir pour le débarquement un point de la cote aussi peu éloigné que possible des montagnes, et répondant d'autre part aux indications fournies par la direction que devait suivre le corps expéditionnaire.

Dans les hauteurs, les dangers du climat étaient à peu Près supprimés, mais on se trouvait en présence de graves lifficullés de communications et ravitaillement. Le massif montagneux, haut, en moyenne, de 2.000 mètres, est en- -ouré d'une ceinture de montagnes deux fois plus hautes, H sillonné de vallées très profondes, très abruptes; chacune de ces vallées est bordée par des chaînes hautes de 1.000 à 4.000 mètres.* — Les difficultés de la marche et du •avitaillement étaient énormes, toutes les routes devant Hre créées.

Préparatifs (le l'axpcdUion. — Fort de l’expérience lourde par les campagnes de Crimée, de Perse (1856-1857), le Chine et du Mexique, sir Nnpier se préoccupa aussitôt l’utiliser les progrès de la science moderne pour prendre

1. Un détail des expéditions coloniales : Campagne des Anglais en Ibijssmie, par E.Taverna, Journal desSciences militaires \ aofit 18%).

20 l’expédition de Madagascar

toutes les mesures propres à sauvegarder la santé des troupes et accélérer la marche de 1 expédition.

Il fallait, en effet, à tout prix, quelle fût terminéavant le commencement de la saison chaude pluvieuse. Dans ces vues, il établit les propositions qui furent soumises à l’examen du pouvoir central et du conseil du gouvernement de Bombay chargé de fournira ses besoins. Le corps expéditionnaire devait se composer de 1 2.000 hommes, dont un tiers seulement formé de troupes européennes. Le reste était fourni par l’armée native des Indes.

Estimant qu’un dixième de l’effectif serait indisponible, il voulait amener au moins cinq mille hommes jusqu'à Magdala, et échelonner le reste entre Magdala et* la côte, en trois postes.

11 espérait trouver sur place une partie des animaux de bât et une partie des porteurs pour les convois, ainsi que les vivres nécessaires pour les uns et les autres.

Les approvisionnements destinés aux troupes devaient tous être apportés et transportés à la suite de la colonne. Par suite de cette nécessité, le plan d’opérations reposait en grande partie sur la bonne exécution du service des transports.

Dans cette prévision sir Robert Napier avait demandé un service de transports largement doté en personnel, en animaux et en matériel. Il espérait pouvoir utiliser sur l’arrière les petites voitures maltaises. Il réclamait surtout un service du train entièrement organise d'avance , constitué en corps militaire, bien encadré et composé d’hommes sachant conduire et soigner les animaux. 11 fallait donc des cadres militaires complets, des conducteurs indigènes distribués dans ces cadres et instruits par eux.

Cette partie des demandes de sir Napier fut repoussée par le conseil du gouvernement de Bombay, qui décida

que le service du train serait placé sous l’autorité d'un directeur et d un adjoint, assistés de 13 vétéiinaiics, 1 1 Comprendrait 28.000 mulets partagés en 14 divisions; mais les conducteurs de ces divisions n’auraient pas de cadres militaires. Nous verrons plus tard les conséquences de ce défaut d’organisation.

L’équipement, l'alimentation, les soins à donner aux hoiymes occupaient aussi l’esprit du général en chef. Chaque homme devait avoir ; une paire de guêtres de cuir, deux ceintures et deux gilets de flanelle, deux chemises en calicot, des vêtements en tissu de coton pour la zone chaude semblables à ceux employés dans l'Inde, et les vêtements de draps réglementaires qui devaient être revêtus sur les hauteurs.

On avait ajouté un waterproof pour s abriter contre la pluie et se préserver de l’humidité du sol sous la tente ’.

La ration avait été fixée ainsi qu’il suit ;

Oignons, thé, sucre, sel, lime-juice el une certaine quantité de rhum; de la viande fraîche devait être distribuée autant que possible; dans le cas d impossibilité on distribuerait des viandes de conserve, de préférence aux viandes salées.

Dans la partie de la route qui traversait les terres basses du littoral, l’eau potable devait être fournie par des puits Norton qui seraient creusés par un détachement de soldats du génie instruits à cet effet et munis d’une grande quantité de tubes à forage américains.

1. L'expédition anglaise en Abyssinie. Leroy de Méricourt [Arc Iules de médecine navale), lorr.e X, année 1868.

Pain

ou Farine

Riz

Pommes de terre Viande fraîche. . .

« QO i »

A la tète du service médical de l’armée il y avait un état-major composé d’un inspecteur général, le Dr Currie, piaticien très expérimenté de 1 Inde, trois chirurgiensmajors d’état-major, quatre chirurgiens et huit chirurgiens assistants.

La bonne installation des hôpitaux était une des préoccupations les plus importantes du commandement. Où devaient être réunis ou évacués les malades envoyés à l’arrière ?

Le service de santé d un corps d’armée anglais cornpiend, en plus du service médical de chaque unité de combat :

lr' ligne: des stations de pansement :

2° ligne : des hôpitaux de campagne mobiles ;

d° ligne : des hôpitaux de campagne sédentaires.

Chacune de ces lignes de secours a son personnel spécial.

Lu îaison de 1 insalubrité du littoral, ou écarta 1 idée de constituer des hôpitaux de campagne sédentaires, à terre, a la base d’opération ; on ne pouvait utiliser ni Ad en ni Suez, présentant des conditions aussi mauvaises que le littoral; ni le Cap de Bonne-Espérance, qui est trop éloigné. Tl fut décidé que les malades renvoyés à l'arrière seraient réunis sur des navires- hôpitaux emménagés très confortablement et qui seraient, à la fois, des hôpitaux lloltants et des transports destinés « à rapatrieren Angleterre, par la voie de la mer Rouge, avant la saison chaude, les malades susceptibles de supporter le trajet »

1 rois navires furent disposés pour ce service.

Au mois de septembre 1867 ils étaient déjà prêts à prendre la mer :

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