‹ Considérations sanitaires sur l'expédition de Madagascar et quelques autres expéditions coloniales, françaises et anglaisesChapitre 56 sur 133 · Madagascar, sa description , ses habitants · texte numérisé non relu

Madagascar, sa description , ses habitants

pour avoir une idée exacte de l’aspect de Madagascar.

L'île peut être divisée en deux triangles par une ligne imaginaire .allant du nord-est au sud-ouest. Le triangle oriental est couvert de montagnes pressées les unes contre les autres, sans ordre apparent, « comme une nier en fureur dont les lames se seraient soudainement solidifiées ». A l’exception de quelques larges vallées telles que celles de Betafo, Tananarive, de l’Ankay, etc., partout ailleurs on peut marcher longtemps sans rencontrer le moindre plateau. La pointe nord de l’ile est restée seule en dehors de la gigantesque éruption granitique.

Plus de 90.000 milles carrés ont été bouleversés par les deux éruption^ granitiques qui semblent s’être succédé à Madagascar. Le rivage de la côte occidentale est formé par un terrain plat et sablonneux d’une largeur variant de quelques mètres (nord d’Antongil) à 15 ou 2 ) kilomètres (Tamatave). On y trouve du nord au sud, sur un parcours de 500 kilomètres, une série ininterrompue de lagunes très verdoyantes mais très insalubres. Quand on a traversé cette plaine et franchi une première ligne de mamelons peu élevés, on arrive aux premiers contreforts escarpés de la première chaîne côtière, d’une hauteur de plus de 1.000 mètres et couvertes d’épaisses forêts. Cette chaîne s’étend sur une longueur de plus de 1.200 kilomètres, plus ou moins rapprochée de la mer. Après cet échelon on rencontre, séparé de lui par un largo plateau (celui de Mangora), la deuxième chaîne granitique, plus haute que la première de 300 à 400 mètres et à laquelle on accède par des pentes très raides. C’est la ligne de partage des eaux. Celte seconde chaîne se sépare de la première au sud du massif de la montagne d’Ambre, mais ne s'eri écarte pas beaucoup et suit avec elle, du nord au sud. une direction parallèle qui esl celle du grand axe de l’île. Après s’être épanouie au

centre pour former le massif de FAnkaratra, elle va rejoindre la première chaîne au sud, vers 22^30' de latitude sud.

Ce plateau de l’Ankaratra forme le massif central de Madagascar. Dû à des soulèvements basaltiques, il présente les sommets les plus élevés de File (le Tsiafajavona : 2.650 mètres ; l’Ankavitra : 2.645 mètres : FAntety : 1.870 mètres, etc.). Il y a là un amoncellement de montagnes toutes très élevées, serrées les unes contre les autres à des distances de quelques kilomètres à peine.

Après avoir traversé cette chaîne, on descend vers la rive ouest de Madagascar. On parcourt pendant 120 à 150 kilomètres, d’abord une région montagneuse encore très tourmentée, ayant une altitude moyenne de 800 à 1.000 mètres; puis, par gradins successifs, on arrive dans une plaine qui n’a que 100 mètres au plus d’élévation au-dessus du niveau de la mer, et qui forme une bande large de 1 40 à 180 kilomètres, sablonneuse, coupée de petits ravins. On y trouve une petite chaîne de montagnes qui s’élève du nord au sud sur une longueur de 10 degrés.

Le triangle occidental', qui comprend l'ouest et le sud de File, ne présente donc pas un sol aussi bouleversé que le triangle est. Au sud, à partir du 22° degré de latitude, on ne trouve plus que « de vastes plateaux secondaires, légèrement ondulés et coupés de ravins creusés par les eaux (avec quelques arbres rabougris . sablonneux, sadfc eau. arides et presque inhabités ».

En résumé, il y a deux arêtes faîtières qui. parties du nord de File, se séparent au 13° degré de latitude, pour se réunir ensuite vers le 22° degré sud. Le centre est complètement montagneux ; l’ouest est occupé par de très vastes plaines.

Les torrents de la partie orientale se jettent après un

court trajet dans l’océan Indien. Quelques-uns avant de courir de l’ouest à l’est font un long trajet du nord au sud. Les plus importants sont le Mangoro et le Mananara. Les cours d'eau de la partie ouest ont un parcours trois ou quatre fois plus long, et viennent aboutir au canal de Mozambique ; quelques-uns d’entre eux sont de véritables fleuves ; le Mangoki, le Tsiribihina sont des fleuves très considérables. Le Betsiboka est, sinon le plus considérable, du moins le plus important, parce qu'il est la voie d’accès la plus facile pour aller de Majunga à Tananarive. 11 est navigable jusqu’à son confluent avec l’Ikopa, à Mevatanana, pour des chaloupes et des chalands d’un faible tirant d’eau. Le Betsiboka et son principal affluent l’ïkopa prennent naissance l’un au nord et l’autre au centre de l’Imérina, et coulent vers le nordouest, en délimitant une vaste ellipse. Leur cours mesure environ 600 kilomètres. Les principaux ports que l’on trouve sur les côtes sont, à l’est, les baies de Diego Suarez et de Vohémai^d’Antongil, la rade de Tamatave,qui est la plus fréquentée. Au sud et au sud-ouest on trouve la baie de Fort-Dauphin, le port de Tuléar ; puis au nord-ouest on trouve la grande baie de Bombetoke qui est l’estuaire de la Betsiboka, et la baie magnifique de Passamlava.

C’est la baie de Bombetoke, où se trouve la ville de Majunga, qui sera choisie pour être le point de débarquement du corps expéditionnaire, et c’est le Betsiboka qui servira de voie de pénétration.

Dans ce pays si accidenté il n’y a pas de roules. On n’y trouve que des sentiers très abrupts, tracés par' la pluie ou par les voyageurs, traversant en ligne droite les montagnes, les vallées, les forêts et ruisseaux, sans préoccupation des obstacles rencontrés en chemin; ces sentiers si primitifs sont très peu nombreux ; il est des régions entières qui en sont totalement dépourvues. Les

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plus importants sont ceux qui vont de fananarive à Majunga d’un côté, a Tamatave de 1 autre. Cette dernière route est la plus fréquentée et la plus courte 350 kilomètres), mais elle est de beaucoup la j?lus difficile. La route de Majunga a une longueur de 580 kilomètres, mais elle traverse un pays bien moins accidenté, s'élevant par gradins jusqu’aux hauts plateaux. De plus on peut prendre la voie du fleuve sur un parcours de 180 kilomètres.

Madagascar est séparée de la côte sud-est de 1 Afrique par le canal de 'Mozambique. Elle est à proximité des établissements portugais de Mozambique, et non loin de Zanzibar. Elle est entourée de plusieurs îles plus ou moins petites qui sont autour d'elles comme les satellites d’un grand astre : Bourbon, Maurice, les Comores, et, plus près de ses côtes : Sainte-Marie, Aossi-Bé. Nossi- Mitsio, Nossi-Faly, sans compter une foule d'autres plus rapprochées et moins importantes, forment comme ses dépendances.

Climatologie. — Dans cette position le long de la côte d’Afrique, Madagascar reçoit sur ses côtes les effets de deux courants marins : celui de l'Est et celui de Mozambique. Le premier vient de l’océan Indien battre à peu près perpendiculairement le centre de 1 île. à la hauteur de Tamatave ; là, se partageant en deux branches qui se dirigent l’une au sud et l’autre au nord, il érode le rivage et forme des barres à l’entrée des rivières; la côte orientale, battue par la grosse mer, est très accore et offre moins de bancs de corail que la côte ouest.

Le courant de Mozambique, courant chaud de la côte orientale d'Afrique, descend au sud-ouest entre Madagascar et Mozambique, accumule les sables sur la ente ouest de Madagascar, et va rejoindre au sud 1 océan Antarctique». Au nord et au sud de Madagascar la rencontre de ces

deux courants opposés produit, au cap d’ Ambre et audelà du cap Sainte-Marie, des remous assez forts.

Les deux versants de Madagascar sont de même très différemment traités par les courants aériens ; sur la côte est, la direction des vents régnants est ordinairement celle des alizés, c’est-à-dire celle du grand courant équatorial. Ces vents s’infléchissent un peu vers le nord au nord de Tamatave et vers le sud au sud de celte ville. Sur la côte ouest, les vents souillent du nord darjs la partie septentrionale de l'ile, et du sud dans la partie méridionale. A Majunga, le vent souffle du nord-ouest d’octobre à mars, du sud-est de juin à août. Dans les saisons intermédiaires, les vents soufflent de la terre et apportent les effluves des marécages. A l’intérieur, à Tananarive, on ressent les vents de la partie est et sudest. Les coups de vent sont plus fréquents dans la partie nord que dans la partie sud de l’ile.

En raison de sa forme montagneuse et très allongée et de l’exposition de ses versants à des courants marins et aériens différents, Madagascar présente des zones distinctes au point de vue de la température ; on peut la partager en terres hautes et terres basses. Celles-ci s’arrêtent à l’altitude de 500 mètres. La côte occidentale est plus chaude que la côte orientale; l’extrémité septentrionale, enfin, plus chaude que l'extrémité méridionale. A ne considérer que la température, il n’existe pas un 'climat de Madagascar, mais des climats de Madagascar.

En allant du sud au nord, on observe :

moyenne moyennedes moyenne des annuelle maxima minima.

Sur la côte orientale :

A Fort-Dauphin ’'2.,J“6G 28"85 18“84

A Tamatave 24° >. 28" 1 20° 2

A Vohémar 26" » 2D°21 23" 1

A Diégo-Suarez 27" 4 30“'>0 >»

l'expédition DE MADAGASCAR

Sur la côte occidentale :

A Nossi-Bé

A Majunga

A Fianaranlsoa

A Tananarive (1.402 me-

très d’altitude) : moyenne de 17 années

De ces chiffres il résulte que la côte orientale est moins chaude que la côte occidentale ; elle est rafraîchie par les courants marins et aériens venus de 1 est. La cote occidentale au contraire est chauffée par le contreTCOUrant de Mozambique. — La-température s'accroît du sud au nord. Enfin elle est bien plus fraîche sur les hauts plateaux, où l’Européen peut se livrer à des travaux qui lui sont interdits sur le littoral.

L'humidité est différente suivant les points de file que l’on considère. Sur la côte est, dans la partie méridionale surtout à partir de Tamatave, le climat est très humide : de 83° à 84° (en centièmes) à Tamatave ; de 78° à 8 5° à Fort-Dauphin. L’humidité diminue vers Diégo-Suarez (de 67° à 70°). — Le maximum de l'humidité correspond généralement avec la saison des pluies.

Sur la côte ouest, on observe une humidité moins grande : de 72° en moyenne à A’osy-Yé ; de 67° à Majunga. Le maximum à Majunga (83°' correspond à la tin de la saison des pluies.

A Tananarive, l’humidité moyenne relative est de 70° à 72° avec des maxima qui ne suivent pas l’ordre des saisons.

L’année se partage en saison des pluies (hivernage!, de novembre à mars, et saison sèche, de mai à septembre, avec deux petites périodes intermédiaires à temps très variable. Les pluies sont surtout très abondantes sur la côte est, et il en tombe même pendant la saison dite sèche. La séparation des deux saisons est plus tranchée sur la côte ouest.

Par la température et l’humidité, le climat du littoral de Madagascar peut être classé parmi les climats tropicaux.

Maladies endémiques. La salubrité de Madagascar varie avec les régions. Le littoral est généralement insalubre. Le paludisme y sévit avec une intensité variable suivant les saisons de la région : il y revêt toutes les formes, et on observe des accès pernicieux, des lièvres rémittentes bilieuses' l’anémie consécutive ; on y observe aussi des fièvres hématuriques, des hépatites ; la fièvre typhô-malarienne et la dysenterie sont rares en dehors des expéditions militaires. La diarrhée est peu répandue, hnlin parmi les affections communes les plus répandues citons

la lèpre, la variole, la syphilis.

Ce qui domine la pathologie, c’est le paludisme ; les périodes de recrudescence sont le commencement et la fin de la saison des pluies, aux, époques où le sol se dessèche ou quand il présente des alternatives de dessèchement et d’humidité. A mesure qu’on s clève dans les hauteurs montagneuses on échappe à 1 action de la malaria à partir de ôOI) mètres d altitude environ, on, rencontre peu de foyers de paludisme, et sur le plateau de l’Emeri na cette affection devient exceptionnelle. Les Européens qui sont atteints de fièvre paludéenne à leur arrivée sur les terres hautes l’ont ordinairement contractée pendant la traversée des terres basses. C’est un fait d’observation assez fréquent que les Européens voient la fièvre, la tente jusque-là, se déclarer au moment du passage d’un pays chaud et insalubre dans une hauteur salubre ou pendant un voyage en mer. Des cas nombreux de ce genre ont été constatés chez des malades allant des teires basses de la Guadeloupe ou de la Réunion sur les hauteurs du camp Jacob et de Salazie, ou chez des huiopéens venant de Cochinchine pendant la traversée de

tt.

retour. On peut admettre avec le plus grand nombre des 1 observateurs que lés hauts plateaux de Madagascar sont salubres. Le bon état sanitaire du petit détachement qui constituait autrefois l’escorte du résident de France à Tananarive en serait une preuve suffisante à défaut d’autres témoignages.

En résumé, l'Européen trouve sur le littoral un climat chaud, humide et insalubre, et à partir de 500 à 800 me- J très, un climat tempéré et salubre. Le littoral doit son insalubrité principalement à l’existence des foyers paludéens intenses qui. ont leur maximum d’activité dans les saisons intermédiaires et surtout dans les points où la terre est fraîchement remuée. Mais Madagascar n'est le foyer d'aucune des grandes maladies épidémiques, choléra, peste ou lièvre jaune, et son éloignement des foyers de ces redoutables maladies pestilentielles la met à l’abri de leur importation.

Insalubrité. — A ce point de vue, la valeur sanitaire de Madagascar est bien supérieure à celle du Tonkin. de la Cochinchine, où sévit le choléra, du Mexique, où existe la fièvre jaune, et de la côte occidentale d’Afrique où elle sévit épidémiquement. 11 suffit de se souvenir des pertes énormes subies par les corps expéditionnaires du Tonkin, de la Cochinchine et du Mexique, du fait du choiera ou de la fièvre jaune, et des désastreuses épidémies de fièvre jaune au Sénégal pour apprécier l’avantage énorme que cette situation privilégiée donne à Madagascar au point de vue de la préservation de l’état sanitaire d'un corps expéditionnaire. Les maladies endémiques qu’on y observe, et en particulier la malaria, n’v ont pas une intensité ni une fréquence exceptionnelle, et le climat des terres chaudes n'est pas aussi insalubre que celui de beaucoup d'autres pays de la zone torride. A cet égard, on compare d’habitude l’insalubrité du littoral

de Madagascar à celle du Sénégal A ne tenir compte que des statistiques des troupes d’occupation, on voit que le Sénégal donnait une mortalité de 148 par 1.000 hommes dans la période de 1 H3^ à 1837 et donne encore une mortalité de 70 pour 1.000. Aujourd’hui on ne possède que des statistiques restreintes sur les troupes qui ont tenu garnison à Diégo ou à Majunga, à Madagascar, avant la dernière expédition.

Le Dr Cartier donne les chiffres suivants pour Diégo1 2 :

1880, 2e semestre, 81 0/00;

1887, 2e semestre, 14 0/00 (A partir de 1887, les compagnies de disciplinaires et les compagnies de Sakalaves sont substituées à une partie des- compagnies d’infanterie de marine).

Il faut noter que ces deux années correspondent à la période des travaux d’installation et de construction à Madagascar, période pendant laquelle on a remué beaucoup de terre. L'abaissement énorme de la mortalité pendant le 2e semestre de 1887 ne saurait être attribué en entier à la substitution partielle des soldats sakalaves à des soldats européens. On doit en chercher aussi la cause dans la cessation des travaux de terrassement et dans le plus grand bien-être donné aux hommes. C’est la loi suivie par la mortalité des troupes dans toutes les colonies : la mortalité s’abaisse à mesure qu’on s’éloigne de la période de conquête et d’installation ; c’est ainsi qu’en Cochinchine elle descend de 115 p. 1.000 3 à 18 ou 22 p. 1.000 et qu’au Sénégal même elle est descendue de 148 h 73 p. 1.000. On est donc en droit de conclure que la mortalité à Diégo doit

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