‹ Considérations sanitaires sur l'expédition de Madagascar et quelques autres expéditions coloniales, françaises et anglaisesChapitre 58 sur 133 · Borius, Arch. méd. nav.. 1870, 2' sem., p · texte numérisé non relu

Borius, Arch. méd. nav.. 1870, 2' sem., p

Marie de Madagascar en 1822, l’occupation de Nossi-Bé en 1810 et 1811 furent marquées par une épouvantable mortalité qui ne contribuèrent pas peu à donner à Madagascar, ou plutôt à ses dépendances, une très mauvaise réputation. Mais il ne faut pas oublier que dans ces deux circonstances les troupes d’occupation eurent à exécuter des travaux -de terrassement. Certains travaux furent mêmes exécutés pendant l’hivernage. Et cette influence des travaux exécutés, sur le développement des fièvres qui ruinèrent cette petite expédition, fut si évidente que les Malgaches dénommèrent depuis la pointe de Nossi-Bé (entre Hell-Ville et Ambanourou), où les Français avaient voulu s’établir, d'un nom malgache qui signifie : « lieu où il est dangereux de remuer la terre ». Cette dénomination était comme une enseigne mise à la porte de leur pa\s. A-t-on su lire cette enseigne? — On pourrait l’insci i re en lettres flamboyantes à la porte d entrée de toutes les terres basses des tropiques, cette dénomination si caractéristique ! Ce fait d observation n’avait pas échappé à la sagacité des Malgaches. Suivant la prudence qu’on apportera dans l’exécution des travaux de la terre, la iréquence et la gravité de la maladie sera plus ou moins grande et viendra assombrir le tableau. Mais ce sont là des conditions passagères et accidentelles qui ne permettent pas de porter un jugement précis et définitif sur la valeur sanitaire d’un pays.

Il ressort des documents produits qu’à l’état norma la mortalité dans les points du littoral insalubre occupés par les troupes françaises en garnison est à peine égale des les premières années à celle des colonies les plus anciennement occupées. L Algérie elle-même a donné au début une mortalité do 76 p. 1.000 (1837-1848) et la Tunisie GO p. 1.000 en 1881. La mortalité est en tout cas de beaucoup inférieure à celle de certaines régions

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de la côte occidentale d’Afrique, comme le Dahomey.

Quoi qu’il en soit, Madagascar, comme le Mexique, comme l’Abyssinie, offre sur les autres contrées tropicales où des armées européennes eurent à guerroyer, 1 avantage énorme d'avoir des hauteurs montagneuses -mi liquéfiés on trouve un abri sûr contre les endémies du littoral. Nous avons déjà dit que la fièvre jaune el le choléra ne menacent pas cette île, trop éloignée de leurs foyers. Par conséquent une armée pouvant se transporter rapidement sur les hauteurs salubres échappera aux influences dangereuses des terres basses, et n aura qmj des pertes relativement faibles.

Valeur sanitaire des lies voisines de Madagascar. — Madagascar et ses îles satellites offrent encore d'autres ressources à un corps expéditionnaire. Nous avons dit que la grande île avait autour d'elle, dans l’océan ou elle s’étale, tout un cortège d'îles dont plusieurs sont occupées et administrées depuis de longues années par les

Français.

Sainte-Marie. - L’île si verdoyante de Sainte-Marie, le long de la côte est de Madagascar, participe du climat des terres basses de la grande île, et est insalubre pour les Européens. Elle est très fertile, offre une bonne rade, et sa population fournit de bons matelots aux navires des flottes de guerre et de commerce.

Mayotte. — Dans l’archipel de Comores se trouve Mayotte, île montagneuse avec des altitudes de bOO mètres et dont le littoral offre de nombreux foyers de paludisme. Sa climatologie est la même que celle de Madagascar. Ea température y varie de 20°/ (moyenne îles minimal à 29°3 (moyenne des maxima).

Nossi-Iiè. — Ncssi-Bé est située par 13 degrés de latitude

sud. près ouest de

de l’extrémité nord, et à 2 milles de la côte Madagascar, fermant au nord la grande baie

de Passandava. Elle a 22 kilomètres dans sa plus grande longueur, et 15 kilomètres dans sa plus grande largeur. Sa forme est très irrégulière ; ses eûtes très découpées et accores.

D’origine volcanique, elle est très montagneuse et sillonnée de petites vallées qui se transforment en plaines fertiles, et qu’arrosent une quantité de petits cours d’eau , la plus grande altitude ne dépasse pas 453 mètres. Le sol y est d'une très grande fécondité. Très verdoyante et d un riant aspe.ct, 1 île se suffit à elle-même et elle est > encore loin de produire tout ce qu’elle peut donner. Le ’sol est palustre en beaucoup de points; cependant l'insalubrité y est moins grande qu'à Mayotte. La mortalité des Européens y a été très élevée ; mais la situation s'est notablement améliorée depuis 1800, à la suite de quelques travaux d’assèchement du sol exécutés aux envi-

rons d'Hell- Ville. Le climat est peu près celui du nord de Madagascar.

En lace de Nossi-Bé, à 2 ou 3 kilomètres dans la rade de Passandava, s’élève, comme un pain de sucre dans la mer, l’îlot de Nossi-Comba, dont les hauteurs ont servi de tout temps de sanatorium aux Européens résidant à .\ossi-Bé.

Ilr de la Réunion. — Enfin, sur la côte est de Mada- *

gascar, à 1 40 lieues seulement de Tamatave et à 33 lieues df l'ile Maurice, se trouve l’île de la Réunion, par 20°ol' de latitude sud. La richesse de sa végétation, la douceur de son climat, la beauté de ses sites, avaient attiré et retenu de bonne heure les premiers navigateurs qui s’aventurèrent dans la mer des Indes. Des Français venus de Fort-Dauphin en furent les premiers colons. L’ile fut prise au nom du roi de France le 20 juin 1038, el des actes de possession furent renouvelés en 104-2 et 1049. Des colons y arrivèrent en 1046, en 1654 et 1602; mais

I (.](> l'expédition de Madagascar

elle ne Tnt réellemenl colonisée qu'en 1603 A purUr de 1669, grâce â la fertilité du sol et à sa salubrité, cette colonie nouvelle se' développa rapidement, et devint un centre de ravitaillement pour les flottes françaises de l'océan Indien, ainsi qu'un entrepôt pour la grande Compagnie des Indes. La race blanche s était facilemen établie et développée, car elle ne trouvait dans cette terre nouvelle aucune des maladies qui entravent 1 essor de la colonisation européenne dans les autres régions tropicales. Aussi nie de la Réunion, qui, par scs beautés naturelles, avait mérité le nom de Perle de 1 océan Indien était-elle le sanatorium où tous les malades des pais

voisins venaient se rétablir.

Cette salubrité n’est plus aussi complète de nos jours . mais cependant c’est encore là que les habitants e Maurice, de Madagascar, des Seychelles, viennent a< tm -

le ment chercher la santé.

La Réunion est un cône très élevé qui surgit au mi ieu de l’océan et élève au-dessus des eaux des sommets t e plus de 3.000 mètres d'altitude. Le contour de ses rives dessine une ellipse allongée de 7 1 kilométrés de on sueur sur 51 kilomètres de largeur, dirigée du sud-est au nord-est. Le sol, depuis la mer jusqu'aux sommets monte par des pentes assez rapides couvertes d une végétation des plus variées, et cultivées jusqu a une tre. grande altitude (jusqu’à l.KOO mètres en certains points La zone du littoral est des plus fertiles et se prête a toutes les productions des pays chauds et a beaucoup productions des zones tempérées. On y cutne te canne à sucre, du café, de la vanille, du manioc sur de vastes étendues. Ses côtes se développent sur 20 1 kilomètres. La surface totale de l’ile mesure 260.000 hectaies.

Le massif montagneux de l’île se partage en deux groupes principaux : le groupe ouest-noid-ouesl,

point culminant est le piton des Neiges, à 3.069 mètres (du massif de Salazes) ; celui de l'est-sud-est, dominé par le Grand-Cratère (.2.625 m.), voisin du cratère actuellement en activité, piton de la Fournaise (2.528 m.). Ces deux groupes sont reliés l'un à l’autre par un vaste plateau de 1.600 mètres d'altitude appelé la Plaine des Cafres, couvert d'une épaisse et riche verdure, et sur lequel on trouve un climat tempéré et constant. Ces groupes de montagnes, d’origine ignée, sont de forme et d'àge différent; ils ont été accolés, soudés l’un à l’autre par la force qui les a fait surgir. Le groupe de l’est-sudest est toujours en voie de formation autour du volcan, qui est d’une grande activité; ses éruptions sont fréquentes, très considérables, et ses coulées s’étendent en nappes immenses jusqu'à la mer, au sud-est de l’île. Le groupe de l’ouest-nord-ouest s’est effondré. Au milieu de cet effondrement, la masse imposante des Salazes est restée debout, dominant les trois vastes cirques de Mafate, Salazie et Cilaos, qui sont les bassins des trois rivières des Galets, du Màt, et de Saint-Étienne. C’est dans ces cirques que se trouvent les principales sources d'eaux minérales.

Des murailles à pic forment à ces cirques une haute ceinture, abrupte mais néanmoins verdoyante, d’où tombent en innombrables cascades des ruisselets qui vont former les rivières que nous avons nommées. Celles-ci, sinueuses, torrentueuses, circulent parmi les bosselures du fond de ces cirques, et, par la gigantesque brèche faite à la muraille qui les enserre, se précipitent à la mer en parcourant des vallées délicieuses autant que grandioses. De la crête de ces murailles, le sol s’abaisse doucement vers la mer, et offre une surface considérable entièrement propre à la .culture.

Dans le massif est-sud-est on rencontre aussi quel-

L’EXPÉDITION de MADAGASCAR

ques effondrements laissant des traces de plusieurs cratères éteints, et dans l'immense fissuré qui traverse • l’île se forme le lit des rivières de l’Est et de Langevin. * Un des caractères les plus remarquables de ces montagnes, c’est la richesse du sol qui partout est couvert d’une végétation épaisse et riche et peut produire suivant l’altitude tous les légumes et les fruits de l’Europe. Malheureusement, des déboisements inconsidérés ont dépouillé les plaines et une partie des hauteurs de leurs forêts protectrices ; les rivières sont devenues plus torrentueuses, les terres ont été plus ravinées, et sur le littoral le sol est devenu plus malsain.

L’année se divise en deux saisons principales : l'hivernage, de décembre à avril, chaud et pluvieux, avec vents variables ; la saison fraîche, de mai à octobre, plus sèche, pendant laquelle soufflent plus fort les vents du sud-est. Elles sont séparées par deux saisons intermédiaires avec alternatives de pluies et de brises.

Le vent du sud-est se fait sentir pendant toute l'année sur la partie orientale de l’ile ; mais il souffle avec force pendant les mois de juin, juillet et aoht. Dans la partie occidentale, les vents d'ouest prédominent et sont plus chauds.

La température varie suivant que l'on observe dans la partie du vent, dans la partie sous le vent ou dans les hauteurs.

Littoral. — A Saint-Denis, ville exposée aux vents frais des alizés, la température moyenne est de il i°5 ; elle est moins élevée de 1 degré environ à Saint-Pierre, au sud de Pile, et plus élevée de I degré à Saint-Paul. Les plus hautes températures s’observent en janvier, et les plus basses en aoiïl. Le minimum observé a été de l i°00. Les moyennes mensuelles varient de (amU) à if*0 (janvier). La différence entre les températures moyennes du

jour et de la nuit est de 8 à 9 degrés ; elle atLeint souvent pour les températures extrêmes d’un même jour et d'une même nuit 12 à 14 degrés.

Altitudes. — A Salazie (919 m. d’altitude), la température moyenne annuelle est de 20°36, inférieure de o degrés a celle de Saint-Denis. La température maximum atteint 27 et 28 degrés, et s'abaisse quelquefois à () degrés au-dessus de zéro. La moyenne de l’hiver est de 18°02 ; celle de l’hivernage de 22°71.

A Cilaos (1.250 m. d’altitude), la température moyenne annuelle est de 19°11. La température maximum dépasse rarement 27 degrés, mais elle descend souvent à zéro pendant les mois de juillet et d'août. La moyenne de l’hiver est de 17°04 ; la movenne de l’hivernage de 21°18.

Dans les parties élevées de l’île, telles que Cilaos, la Plaine des Cafres, l'écart entre la température du jour et celle de la nuit est considérable : il n’est pas rare d avoir dans ces localités zéro pendant la nuit et 22 degrés pendant le jour.

Pluies et humidité. — La pluie est beaucoup plus abondante sur la côte est (partie du vent : 161 jours de pluie, •L771 millimètres) que sur la côte ouest (partie sous le vent: 52 jours de pluie, 796 millimètres). Les nuages apportés par les vents sont arrêtés par les chaînes de montagnes de Pile. Il pleut cinq fois plus pendant la saison chaude, que pendant la saison fraîche. A Saint- Denis, l’humidité est de 63,37 pendant l’hiver et de 70,27 pendant l’hivernage.

Les hauteurs de Salazie sont très humides ; les brouillards y sont très fréquents; on y compte 115 jours de pluie par an. Le cirque de Cilaos est beaucoup plus sec : on n y compte que 71 jours de pluie par an, et il n'v a pas de brouillards.

Salubrité. — Avant l’apparition de la fièvre, la mortalité à Saint-Denis n’excédait pas 31,5 p. 1.000. En 1809 la malaria se développa brusquement, et avec une grande intensité. Depuis celte époque, le paludisme s'y est montré sous toutes ses formes : accès pernicieux, cachexie, lièvres bilieuses hématuriques. On a attribué le développement de la malaria aux déboisements successif, à l’abandon de certaines parties du sol précédemment cultivées, à l'accumulation dans les agglomérations humaines de détritus végétaux et animaux favorisant les fermentations, à l’élévation des nappes d'eau souterraines. Quoi qu’il en soit, en 1878 on comptait à >aint- Denis 44,6 p. 1.000 de décès 1 dans la population civile ; en 1886, 31,6 p. 1.000 et en 1887 36,0 p. 1.000. La mortalité totale de la colonie est environ de 31p. 1.000. Elle est bien supérieure à celle de la France qui, en 188/, était de 22 p. 1.000. Mais cependant elle est de beaucoup inférieure à celle de la population civile sédentaire des autres colonies françaises, la Nouvelle-Calédonie exceptée. Dans la même année 1887, sur un effectif de population militaire de 371 hommes, dont 207 ont servi à Madagascar, on relève 52 cas de maladie par fièvre paludéenne : 19 hommes sur 52 avaient contracté la fièvre à la Réunion.

Les chiffres de mortalité donnés ci-dessus et qui s'appliquent à la totalité de la population civile (femmes, enfants, vieillards, immigrants) montrent que cette insalubrité n’est pas très prononcée ; elle est de plus bornée à quelques parties du littoral.

L’étude météorologique que nous venons de faire montre que le climat de la Réunion est facile à supporter

1. Voir : A. Dolteil, Considérations sur le climat et la salubrité de la Réunion, in Arch. méd. nav., t. LX11I : — C. Rcynaud, Hygiène coloniale, in Arch. méd. nav., t. LIII-

pour un Européen. « En dehors des mois de décembre, janvier, février et mars, pendant lesquels la chaleur esi quelquefois étouffante, bien que se tenant dans des limites raisonnables, tous les autres mois de l’année offrent des températures délicieuses. Il est impossible de rêver, par exemple, un climat aussi doux que celui dont on jouit pendant les mois de mai et d'octobre. C'est bien là ce printemps chanté par les poètes, et que l'on trouve si rarement en France. On ne s’étonne plus, quand on a vécu au milieu d’une nature si riche et si belle, de toutes les formules admiratives qui ont été employées autrefois quand on parlait de la Réunion, et de la gracieuse appellation de Perle de l’océan Indien, qui lui avait été donnée...

« Et quelles ressources offrent les montagnes qui avoisinent chaque ville du littoral !... Il suffit de gravir chaque soir 400, 600 ou 1.000 mètres d’altitude pour trouver un air frais et pur. La montagne du « Brûlé » qui domine Saint-Denis, devient, pendant l’hivernage, le refuge de ceux qui fuient les grandes chaleurs et les attaques de la fièvre. Partout on rencontre les mêmes facilités; aussi les inconvénients sont-ils largement compensés... par les avantages qu’offrent le séjour dans les montagnes et les stations thermales de la colonie h »

Les eaux thermales de Salazie et de Cilaos sont des eaux bi-carbonatées sodiques ; celles de Salazie ont une température de 32° environ ; les eaux de Cilaos ont un débit très abondant, et des températures variant de 29°5 à 39°7. Elles sont très employés comme reconstituantes et pour les affections de l’estomac et de la vessie. Le climat de ces hauteurs agit d’une manière puissante pour le rétablissement de la santé. Salazie est le point de ralliement des malades d’une partie de la colonie, de i. Delteil, lor. cit.

l'expédition de Madagascar

Maurice et de Madagascar. On s'y rend par une roul<carrossable aussi belle qu’une route départementale. « Les gorges de la rivière du Mât, que l’on traverse pour aller à Salazie, sont un des sites les plus admirables que l’on puisse voir. A chaque pas, à mesure que l'on s’avance sur cette route si pittoresque, de nouvelles surprises vous attendent... »

« Le climat de Cilaos est tempéré et sec. Cette station thermale, dont l’air est si pur, où les eaux sont si abondantes, n’est point aussi fréquentée que celle de Salazie. Cela tient aux difficultés de communication, à la longueur et aux dangers des voyages, et surtout à l'absence d’un médecin et d’un hôpital b Ces circonstances défavorables sont fâcheuses, car un voyage à Cilaos vaut certainement, pour la santé de l’Européen, un voyage 'en Europe. Nulle part on ne rencontre un climat plus salubre et plus réparateur. Le spectacle qu'offre cette belle nature de Cilaos est encore plus grandiose que celui de Salazie. »

Par les termes si flatteurs et si enthousiastes qu'emploie Fauteur de ces lignes pour célébrer les avantages de là Réunion, on conçoit aisément combien cette colonie française peut offrir de précieuses ressources à un corps expéditionnaire français qui doit opérer dans la mer des Indes. Si nous avons insisté sur la climatologie de cette île, c’est que la Réunion a joué un grand rôle dans toutes les expéditions dirigées contre Madagascar, et que pendant la dernière expédition on s’est demandé de quelle utilité elle pouvait être pour l’armée qui faisait campagne dans la grande ile.

1. Depuis que ces ligues ont été écrites par M. Dclteil. 1 accès de Cilaos a été rendu bien plus facile par les travaux d aménagement d’une belle- route muletière. Chaque année de nombreux malades s y font transporter.

Résumé des études et explorations antérieur eh à l’expédition de 1895. — Le xmisinage d’anciennes possessions françaises comme Sainte-Marie, Mayotte, Nossi-Bé, la Réunion, en relations constantes avec Madagascar, les tentatives faites par les Français à plusieurs reprises depuis plus de deux siècles pour fonder des établissements sur la côte de la grande ile, ou nouer des traités avec les rois sakalaves et les Hovas euxmêmes, avaient permis d'acquérir un ensemble de connaissances qui furent complétées par les explorations et les travaux de commerçants, de voyageurs, de missionnaires et de militaires.

En 1862, Radama II avait ouvert toutes grandes aux étrangers les portes jusque-là fermées de son pays ; depuis cette époque File commença à être étudiée en détail et sillonuée un peu dans tous les sens Si tous les coins de Madagascar n’étaient pas connus, du moins les deux routes principales avaient été fréquemment parcourues par des Européens. L'installation d'une Résidence française à Tananarive depuis 1885 avait donné les moyens de fortifier par des études répétées la connaissance que l’on pouvait avoir des routes pouvant conduire à Tananarive, et guider dans le choix que l'on devait faire. Sans compter l’ouvrage, si remarquable encore aujourd’hui, de Flacourt sur l’histoire de la grande ile do Madagascar, après les voyages et les aventures de Benyowski qui, au dix-huitième siècle, constitua dans File un royaume au prolit de la France et au sien propre, il y a eu depuis 1862 une longue série de publications sur l’ethnologie, la géologie, la faune, la dore la géographie, la topographie de l'ile. Les œuvres de de Flacourt, de Wallace, de Baker, de Huxley, du capi-

1. Madagascar, .T. -B. Piolet, S. J., ancien missionnaire à Madagascar.

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taine Pasfield Oliver, de Shaw,de Richardson, de Sibree, de Mmc Pfeiffer, de Mullens, les travaux si considérables de M. Grandidier, des missionnaires, des géographes français, en particulier Henry d'Escamps, Barbier du Bocage, Carayon, les P. Waber, Gallet, Abinal, de la Vaissière, Collin, Roblet, Piolet; les travaux de M. Guinard, de M. Suberbie, de MM. Ranchot et d'Anfhouard. du prince d’Orléans, des docteurs Lacaille, Vinson. I.acaze et Juillet, enfin les études topographiques faites par des officiers français, avaient permis d'amasser un ensemble considérable de documents précieux : il n'était plus permis de dire que Madagascar était un pays inexploré. Des Français étaient installés depuis dix ans dans la capitale ; des détachements de soldats français avaient parcouru les deux roules principales : le colonel de Beylié et le capitaine Aubé avaient établi des itinéraires des routes qu’ils avaient reçu la mission de suivre avant l’expédition. Peu d’expéditions coloniales avaient été entreprises avec des notions aussi importantes sur le théâtre des opérations. Si les documents géographiques étaient moins complets que. ceux que l on peut avoir suides régions depuis longtemps ouvertes à la civilisation, cependant on était à cet égard dans une situation bien plus avantageuse que dans les expéditions de la Cochinchine, du Tonkin, du Soudan, du Dahomey.

On lit au bas d’une page du rapport d'ensemble sur l’expédition de Madagascar1 la note suivante : .< Lorsque la commission d'organisation de l’expédition de Madagascar se réunit à Paris en décembre 1894, les documents géographiques concernant 1 île et déjà publiés se réduisaient à fort peu de choses... »

Cependant la même note dit ensuite : « Us ne compre-

1. Rapport fait au ministre de la Guerre, Journal Officiel des 12; 13 et 14 septembre.

naieni guère que la carte d’ensemble au 1/1. 000.000’ du R. P. Roblet, celle, à la même échelle, de Laillet et de Suberbie, les esquisses de la région de l’Emyrne au 1/. 00,000* et du pays des Betsiléos au 1/300.000° de M. Grandidier et P. Roblet ; plus quelques itinéraires sommaires, dont les plut; intéressants pour le corps expéditionnaire étaient ceux de Majunga à Tananarive, dus à M. d'Authouard et à M. le lieutenant-colonel de Beylié, de l'infanterie de marine.

« Il existait néanmoins, d'autres documents inédits , notamment les levés topographiques au 1/200.000’ exécutés en Emvrnc par le P. Roblet; M. Grandidier s’occupait à ce moment de faire exécuter , d’après ces travaux, deux cartes de l'Emyrne, l'une au 1/200.000° l'autre au 1/100.000° qui devaient être éditées par la maison Hachette.

« Au mois d'octobre 1894, était revenu de Majunga M. le lieutenant d’infanterie de marine Aubé, qui avait été chargé de faire secrètement la reconnaissance de la route de Majunga à Tananarive, par Suberbieville et Andriba. Cet officier, doué de dons topographiques remarquables, avait révisé et complété jusqu’à Maharidaza les précédents itinéraires ; ce travail, dessiné et reproduit au Service géographique de l’armée, fut distribué, aVec une notice étendue qui l'accompagnait, à tous les officiers du corps expéditionnaire, et servit de carte directrice à l’expédition jusqu’en Emyrne.

« Au-delà de Maharidaza, chaque officier eut a sa disposition l’excellente carte d’Emyrne du P. Roblet au 1/200.000° dont il a été question plus haut, que M. Grandidier avait fait tirer à ses frais et dont il avait fait don au corps expéditionnaire.

« Enfin le Service géographique de l’armée, mettant à profit tous les documents qu’il put recueillir, put faire encore distribuer aux officiers, avant leur départ, neuf

l’expédition de madagascah

cartes différentes, donnant soit les principaux itinéraires connus, soit le plan des centres importants, comme Majunga, Fianarantsoa et Tananarive. »

Tout cela fait un faisceau de documents très satisfaisant, et certainement les états-majors des précédentes expéditions coloniales n’en avaient pas autant à leur disposition. On avait habilement mis à profit tous les documents, publiés ou inédits, pour arriver à une connaissance approfondie du territoire à traverser. Les officiers et les soldats de l’escorte du Résident de France, ayant séjourné à Tananarive et fait à pied, à la fin de l'année 1894, la route de Tananarive à Majunga après le départ de M. Le Myre de Vilers, représentaient aussi une ressource précieuse qui pouvait être utilisée en quelques cas pour guider le corps expéditionnaire.

Tel était, en résumé, l'ensemble des connaissances climatologiques et géographiques qu'on possédait en France au moment d’entreprendre l’expédition de Madagascar.

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