Guinard, cité par te H. P. Piolet, toc. cil
effet, et son fils la rétrocéda au roi pour 20.000 livres.
La Compagnie des Indes-Orientales est créée par Colbert en 1064; l’île de Madagascar fait partie des concessions comprises dans ce privilège. Des souscriptions sont ouvertes, et les courtisans s’inscrivent pour plaire au roi qui est souscripteur. La grande fie est nommée : « Ile Dauphine. » Quatre navires sont expédiés l’année suivante avec 300 émigrants en majorité originaires de Lyon, appartenant à des professions ouvrières ; ils emportaient avec eux un outillage considérable. Malheureusement cette nouvelle expédition avait à sa tête comme chef un vieil alchimiste de 09 ans incapable de diriger une si importante affaire et de supporter le climat.
Quatorze navires. vinrent, deux ans après (1007), jeter sur la côte de Madagascar 2.000 personnes racolées .dans les rues de Paris. Mais le nouveau gouverneur, le marquis de Mondevergue, se livrait aux conceptions élevées d une savante administration, et commit de plus la faute de chercher à se procurer des vivres par la force, parmi les tribus malgaches voisines. 11 inspira de redoutables rancunes. La concession de Madagascar ayant été de nouveau rétrocédée au roi (1070), Colbert dirigea sur l’île un convoi de 9 vaisseaux avec 1.000 hommes et 4 compagnies du Royal-Marine. Les navires étaient chargés de nombreux outils. Il semblait qu’on voulût faire une tentative sérieuse d'établissement. Le général de La Haye, qui avait été nommé gouverneur, avait comme réputation celle d’être habile au jeu d’échecs ! Il résolut de faire une expédition militaire, et la commença en pleine saison des pluies. La colonne eut bientôt de nombreux malades, et fut obligée de se replier. De La Haye partit alors pour l’Inde (1072!, etabandonna les colons. Assiégés dans Fort-Dauphin, ceux qui restaient, au nombre de 03, s’embarquèrent pour l'Inde. Quelques-uns d’entre eux
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étaient déjà pàrtis pour la Réunion dont ils furent les
premiers colons.
Une fatalité semblait peser sur la colonie que Richelieu et Colbert avait tous deux tenté de donner à la France, tentatives restées infructueuses par le mauvais choix des gouverneurs, par l’abandon dans lequel on laissait les colons qu’on y transportait, et aussi par 1 ignorance dans laquelle on était de la nature du pays et des difficultés de l’entreprise. Les colons qu’on recrutait étaient attirés par des affiches très alléchantes répandues en France par la compagnie privilégiée, et qui leur préparaient des déboires funestes. En voici un échantillon : « Le climat de l’île est fort tempéré ; les personnes vivent jusqu a 100 ans et 120 ans. Les fruits y sont fort bons ; les légumes, les pois et toutes sortes de racines sont bonnes et fort saines. Le riz s’y recueille trois fois par an ; les graines de l’Europe s’y produisent mieux qu’en France. Il y a de la vigne qui produit de fort bon vin. Les vers à soie sont communs sur les arbres et produisent une soie facile à filer. Il y a une grande quantité de bœufs, vaches, moutons, chèvres, cochons; des mines dor, du coton, du sucre, du tabac, etc., etc. >; Que ce soit par ignorance ou par mauvaise foi, c’est avec des tromperies de ce genre qu’on prépare des désastres et qu on peut ruiner dès l’origine et pour longtemps une entreprise coloniale. On voit qu’à cette époque où les grands projets et les longs desseins étaient permis à des ministres libres de les conduire jusqu'à leur terme, cette entreprise, promettant de donner une grande colonie à la France, échouait misérablement par défaut d un plan bien arrêté, par négligence des uns, incapacité des autres, et par ignorance générale.
Plus tard, les gouvernements qui se succédèrent en France montrèrent encore moins de résolution, moins
de suite dans la politique suivie à Madagascar. Sous Louis XV, les Français occupent l’île Sainte-Marie (1730); quelques-uns d’entre eux y sont massacrés ; pour les Aenger, une expédition est dirigée sur l'ile qui est réoccupée. Le comte de Mondave, gouverneur des îles de France et de Bourbon, ayant pris possession de Foulpointe en 1733, reçut l’ordre d’évacuer Madagascar.
En 1774, un aventurier, le comte polonais Benyowski, avait réussi à établir sa domination sur la côte est, et s était fait proclamer roi, malgré le gouverneur de Bourbon qui, loin de lui donner aide et subsides, lui faisait la plus vive opposition. 11 alla en Europe pour offrir cette possession au roi de France, mais il exigeait qu'on reconnût la validité des titres qu’il s’était fait décerner par les Malgaches. Ses propositions furent repoussées; attaqué dans une de ses villes, il y fut tué.
Après une tentative infructueuse faite en 1792 par un envoyé du roi de France, Sylvain Roux reçut la mission, en 1804, de fonder un établissement à Tamatave. Tous les établissements français tombèrent entre les mains des Anglais en 1811 et la France ne rentra en possession de Sainte-Marie, de Tintingue et de Fort- Dauphin qu'en 1818. Le gouverneur anglais de l’Ile-de-France, sir Farghar, n’ayant pas réussi à empêcher cette reprise de possession, intrigua auprès des Hovas pour les jeter sur les établissements des Français qui avaient conclu en 1822 un pacte d’amitié avec les chefs betzimisaraks. Les Hovas les attaquèrent en 1823. En 1829, sur les instances du gouverneur de Bourbon, une petite expédition fut entreprise pour venger l’insulte faite h la France. Après un bombardement, l’arniral Gourbeyre s’empara de Tamatave, de Pointe à Larrié et de Tintingue ; mais il subit un échec à Foulpointe. Le corps expéditionnaire
étail décimé par la fièvre. Le roi Louis-Philippe prescrivit en 1831 l’évacuation de Madagascar.
C'était la seconde fois que le gouvernement rnétropo- ' litain ordonnait d'évacuer Madagascar.
Mais les gouverneurs de Bourbon, bien placés pour apprécier toute l’importance de cette possession pour la France, ne laissaient pas péricliter les droits acquis, et faisaient sans cesse de nouvelles tentatives.
L’amiral de Hell, en 1840, accorda sa protection aux Sakalaves menacés dans leur indépendance par les Hovas. Les chefs sakalaves et la reine du Boëni cédèrent à la France Nossi-Bé, Nossi-Comba et des droits de souveraineté depuis la baie de Passandava jusqu au cap Saint- Vincent. Tamatave futbombardée cinq ans plus tard par une expédition anglo-française, et les Hovas se vengèrent de cette attaque en massacrant tous les Européens restés dans la ville. Les Anglais, loin de chercher à châtier les Hovas, saisirent cette occasion pour se rapprocher d’eux et faire agréer leur assistance sous différentes formes; les Chambres françaises s'opposèrent à l'envoi d’une expédition pour venger l'affront infligé par les Hovas.
Sous le règne de Napoléon lit, deux Français, Laboide et Lambert, dont le premier résidait à Madagascar de-
puis 1831 et était ingénieur de la Reine, apportèrent à l’Empereur un projet de traité d alliance axec la Reine , qui demandait son appui. Lambert fut renvoxé a Londres pour demander l’assentiment du gouvernement anglais dont on ne, voulait pas se passer. L’amiral Fleuriot de Langle avait conclu sur ces entrefaites une convention avec les principaux chefs de la côte ouest (1859-1860). Néanmoins, en 1862, Napoléon 111 refusa encore le protectorat de Madagascar que lui offrait le roi Radama 11. A cette époque, l’entrée de File fut ouverte à tous les
étrangers.
La reine Ranavolo II, ayant succédé à ftadama II assassiné, fit accepter (1808) par le gouvernement français un traité désastreux garantissant les intérêts nationaux ; ce traité fut l’origine des plus graves difficultés. A la mort de Laborde, sans égard pour les concessions régulières qu’il avait obtenues antérieurement , les Hovas mirent ses biens sous séquestre (1878), et le drapeau français fut abattu sur la côte occidentale et remplacé par le drapeau hova : toutes les réclamations des représentants de la France restèrent sans résultat. Enfin, en 1883, l’amiral Pierre fut envoyé par le ministre de la Marine, M. de Mahy. La France allait châtier l'insolence des Hovas, et faire respecter son honneur et ses droits.
Pendant près de trois cents ans la politique de la France fut donc hésitante, sans suite, sans unité à l’égard de Madagascar. La perception si nette et si haute qu’aVait Richelieu de l’importance de Madagascar, n’avait pas été sentie assez vivement par les gouvernements qui s’élaient succédé. Si l’on excepte les efforts persistants mais insuffisants et mal dirigés faits par Colbert, on ne voit qu’actions décousues, entreprises partielles, sans suite et maladroites, absence de plan d’ensemble et de but déterminé, ignorance extrême du pays que l’on abordait, enfin, insouciance et négligence des intérêts et des droits de la France. Cette histoire est l’exacte représentation de l’histoire coloniale de la France depuis Colbert jusqu’à ces dernières années. Les faits qui la remplissent ne découlent pas d’un plan mûrement étudié et résolument appliqué ; ce sont des accidents, des événements fortuits qui conduisent à des actes sans lendemain. Il faut arriver jusqu’à ces dernières années pour voir le gouvernemenl français, jaloux et soucieux de ses droits et de ses devoirs, jeter de nouveaux ses regards sur le reste du
monde, conquérir de vastes domaines, et disputer à l'avidité de quelques autres nations la part qui lui revient dans les mondes à civiliser. La haute tradition de la France est ainsi renouée à travers les siècles: elle a retrouvé sa mission et sa grandeur.