CHAPITRE IV
Préliminaires . — Cette nouvelle guerre avait son or igine dans la résistance opposée par les Hovas à 1 exécution des clauses du traité de 1885, en particulier à 1 exercice du droit qu’avait la France d’intervenir dans la délivrance de l’exéquatur aux consuls des autres nations, droit que la reconnaissance du protectorat de la France par l’Angleterre dans un acte diplomatique avait fortement confirmé. Nos nationaux molestés, pillés, ne parvenaient plus à obtenir les réparations auxquelles iis pouvaient prétendre. Les attentats contre leurs biens et contre leur vie restaient impunis. Après une dernière tentative de- conciliation dont fut chargé M. Le Myre de Vilers, il fallut recourir à la force des armes. Arrive le «octobre à Tananarive, M. Le Myre de Vilers dut en repartir le 27 après avoir assuré par les plus sages et les plus heureuses mesures le départ de tous les Français. 11 attendit vainement pendant quelques jours une réponse favorable du premier ministre à son ultimatum, et s embarqua pour la France le 20 décembre, ram a ta \ e était déjà occupé par les troupes venues de la Réunion.
Le petit détachement d'infanterie de marine (90 hommes environ) formant, dans les dernières années, l’escorte du Résident à Tananarite, avait pris de son côté la route de Majungaoù il arriva au commencement du mois de novembre, sans avoir perdu un seul homme pendant cette longue route, ayant tenu en respect, par sa belle attilude, les troupes hovas et les population qui ne lui ménagèrent pas les marques d’hostilité. Cette poignée d’hommes, ayant à sa tête trois officiers d'élite et un médecin, suivie de quelques fonctionnaires et de missionnaires français, accomplit ce trajet en .26 jours , en dépit des
obstacles accumulés sur son chemin. Dès le second jour
les malgaches portèurs de bagages prirent la fuite ; des tentatives furent faites pour couper les jarrets des bœufs porteurs ou les empoisonner. (1 fallut renoncer aux bagages. Après les avoir brûlés, officiers et soldats, portant sur eux le peu qui restait, se purent courageusement en route. La population menaçante barricadait les villages, refusait de donner des vivres. Il fallait s’avancer en subissant sans riposter les gouailleries et les menaces des Hovas ; à certains moments on avait peine à contenir les hommes, et on pouvait craindre que les fusils ne partissent tout seuls. La plus petite imprudence pouvait tout compromettre. Cette courte odyssée d’une centaine de braves mérite d'être conservée dans le souvenir, non seulement parce qu’ils exécutèrent sans défaillance et sans se laisser départir de leur superbe contenance une retraite à travers 500 kilomètres de pays ennemi, mais encore parce que leur marche rapide est la preuve qu’une troupe européenne, ayant longtemps séjourné sur les hauts plateaux de l’Emyrne, peut supporter les fatigues d’une longue route et arriver jusqu’à Majunga sans éprouver une seule perte. 11 est vrai que, grâce aux dispositions prises par M. Le Myre de Vilers, les soldats
n’eurent pas à faire à pied la route de Suberbie à Majunga. Arrivés au confluent de l’Ikopa et de la Betsiboka ils s’embarquèrent sur des pirogues qui les conduisirent jusqu’à la côte. Là ils furent mis en subsistance sur la Rance où ils séjournèrent pendant huit jours. Un homme succomba d’un accès pernicieux pendant ce stationnement. Enfin l'ordre arriva de les diriger sur Nossi-Bé. puis sur la Réunion, pour s’y reposer et attendre le moment d’être joints au corps expéditionnaire. La connaissance qu’ils avaient du pays, et même, pour quelques-uns. de la langue malgache, pouvait être d’une grande utilité. Ils furent bientôt rappelés à Madagascar où on les réclamait partout ; à Tamatave pour servir d’interprète et augmenter les effectifs; à Diégo-Suarez pour accroître les moyens d’action et permettre une offensive. Renvoyés trop tôt à Madagascar, ils étaient usés avant le commencement de l’expédition, et bien peu d’entre eux étaient encore valides quand commencèrent les opérations où leurs connaissances auraient pu être mises à profit.