mulets d’Abyssinie (à acheter à Obock
Ce dernier achat n’ayant fourni que 430 mulets abyssins, ce déficit cL celui des mulets morts en route fut comblé par l’envoi de 800 mulets d'Algérie expédiés en juin.
Les boeufs malgaches peuvent être utilisés comme porteurs. L’escorte de Tananarive s’en servit dans sa marche, pour le transport des bagages : cette ressource n’est, pas utilisée.
Les mules de Bueynos-Ayres sont employées dans les colonies de l’océan Indien, où chaque année des voiliers en apportent des cargaisons importantes. Ces mules,
beaucoup plus petites que les mulets d’Algérie, et ne pouvant pas porter un aussi grand poids, sont cependant très vigoureuses, supportent merveilleusement le climat, sont excellentes en montagnes e-t faciles à nourrir. C’était encore une ressource à mettre à profit. Des commerçants auraient pu livrai' à Majunga même des cargaisons de ces mules dont le prix moyen est inférieur à celui des mules de France.
Les achats furent entrepris au mois de février. Ils devaient fournir un total de 6,630 mulets destinés à assurer tous les services du train général et du train des corps. En mettant 1 mulet seulement à chacune des 5.000 voitures Lefebvre, il ne restera plus que 1.630 mulets pour tous les autres services.
Conducteurs auxiliaires. — « La question du recrutement des coolies soulevait plus de difficultés encore, en raison du peuplement assez borné de nos possessions d'Afrique et des dispositions restrictives récemment établies par les principales puissances coloniales européennes, en vue de retenir les éléments de la main-d'œuvre locale, qui se fait rare presque partout, et de mettre obstacle à l’exportation des travailleurs noirs.
« Il avait été reconnu, après examen, que les colonies françaises de la côte occidentale d’Afrique, qui venaient de pourvoir au recrutement de plusieurs fortes unités indigènes d’infanterie et du train, ne pouvaient moment tanément fournir d’auxiliaires au corps expéditionnaire ; restaient donc seulement: Madagascar même, Ob'ock, les Comores, l’Algérie et, comme dernière ressource, noire colonie de l’Indo-Chinc, à qui il fut simultanément fait appel.
« Cet appel fut peu entendu à Madagascar où certains chefs sakalaves de la côte nord-ouest, qui avaient promis le concours de plusieurs milliers de leurs nationaux, ne
purent ou ne voulurent en fournir que 400 à peine.
« Les résultats furent meilleurs dans nos possessions d’Obock et de l’océan Indien, où différentes missions, successivement envoyées, de janvier à juin 1895, réussirent, en fin de compte, avec l’utile concours des autorités locales, à recruter un peu plus de 1.400 auxiliaires, dont 1.143 Abyssins et Somalis, expédiés en trois convois, et environ 270 Comoriens, également débarqués en trois fois, à Majunga.
« L’Indo-Chine, d’autre part, offrait, en raison des habitudes sédentaires de la population locale, d'assez pauvres ressources. L’administration locale avait cependant cru pouvoir promettre de fournir 2.000 coolies qui devaient s’embarquer pour Madagascar aux premiers jours de mai, mais dont une brusque irruption du choléra, en Cochinchine, obligea le 11 avril à contremander l'envoi.
« Restait donc seulement l’Algérie,, qui n’avait jamais été mise à contribution dans des conditions analogues, et où, d’après les évaluations les plus favorables, on ne croyait guère pouvoir trouver plus de 1.500 à 1.800 volontaires.
« Un officier expérimenté, parlant la langue et rompu aux relations avec les indigènes, y fut envoyé le 31 décembre 1894, avec l’ordre d’entreprendre, dans les différents districts kabyles, les opérations de ce recrutement spécial Dès le commencement de mars, il pou-
vait annoncer que le nombre des engagés, presque tous kabyles, s’élevait à environ 3.500.
« Lorsque l’échec de la tentative en Indo-Chine rendit nécessaire un nouvel appel à nos possessions algériennes, pour remplacer les 2.000 coolies manquant, elles purent encore faire face à ce nouveau besoin, et réussirent à fournir, au total, un effectif de 5.500 volontaires...
« Grâce à l'Algérie, et ;> l'Algérie presque seule, le
corps expéditionnaire put être doté d’un effectif total d’environ 7.500 conducteurs auxiliaires, chiffre encore insuffisant, mais qui représentait, dans les circonstances où se préparait l’expédition, à peu près le maximum de l’effort possible, effort sans lequel on pourrait presque dire que l’expédition fût devenue impossible pour l’époque et dans les délais prévus »
L’insuccès du recrutement des porteurs malgaches, qui ne donna que 400 coolies, tient au mauvais vouloir des chefs sakalaves et à la pression irrésistible exercée par les Hovas qui avaient terrorisé et fait fuir les populations devant les Français.
Cependant, au nord, les Antankares avaient rendu de grands services à la France, comme soldats auxiliaires et comme porteurs, pendant l’expédition de 1885. Les Sakalaves du Boëni, sujets de la reine Binao et du roi Biarao, avaient fourni aussi pendant la précédente campagne, des soldats, des guides et des porteurs. Les Antaimours, situés au sud des Betsimisaraks, pleins de haine contre les Hovas leurs vainqueurs, auraient pu fournir de bons travailleurs, car ils sont assez laborieux et quittent chaque année leur pays en grand nombre, pour aller louer leurs bras dans. les pays voisins.
L’appel qui fut adressé aux chefs sakalaves de la côte nord-ouest ne fut pas entendu, et malgré leur promesse de fournir plusieurs milliers de porteurs « ils ne purent ou ne voulurent en fournir que 400 à peine ». Ces chefs sakalaves, qui n’avaient pas reçu du concours qu’ils nous avaient donné en 1885, le prix qu’ils en espéraient, restèrent méfiants et circonspects. En créant l’hégémonie hova, en laissant sans défense et sans protection contre les Hovas nos ennemis, ceux qui avaient été nos dévoués auxiliaires, nous nous étions privés pour l’avet. 'Rapport officiel.
l’expédition de madagascah
nir de ces alliés précieux. Ils craignaient de nouveau les rancunes et les vengeances des Hovas, leurs ennemis séculaires et impitoyables.
Cependant quelques hommes étaient capables de se faire encore écouter d’eux. Le colonel Pennequin, le docteur Besson, jouissaient en des parties différentes de Madagascar d’une autorité qu'il eût été sage de mettre à profit, de même qu’on avait tiré partie de l'influence particulière d’un officier sur les Kabyles.
Dans les troubles qui ont éclaté après la prise de Tananarive, parmi les Betsimisaraks,le docteur Besson a donné
la mesure de l’influence énorme qu’il exerçait '. Le près-
1. Quelques incidents survenus au cours des troubles de la côte est font sentir à quel point le Hova était détesté dans cette région, et tout ce qu’il était possible d’obtenir de ces peuplades, en les protégeant controleurs oppresseurs. C’est en décembre 1895, près de Mahanoro. Toutes les peuplades des environs sont soulevées'. Le docteur Besson arrive avec quelques soldats français, des officiers, un missionnaire. Les Malgaches les reçoivent comme des sauveurs. Le docteur Besson dans un grand kabary, leur dit, en langue malgache, que la protection delà France est assurée à tous les opprimés, et déclare la déchéance du premier ministre et du gouverneur Rainisolofo.
Rendez-vous fut pris pour aller signer la paix à Mahonoro. Exacts .au rendez-vous, les « Vorimos » reçurent les envoyés français avec des cris de joie, entrant dans l’eau jusqu'au cou au milieu des caïmans pour leur faire passer la rivière, exécutant une fantasia échevelée avec leurs lances, leurs haches et leurs boucliers. A l’arrivée du docteur Besson l’enthousiasme fut indescriptible. Dans un nouveau kabary le Résident leur promit que les Hovas ne seraient plus envoyés dans les villages pour gouverner. C’était leur première demande. En échange de cette bonne parole, ils s’engagèrent à respecter la vie des Hovas, qu’ils massacraient partout où ils les rencontraient, et dont ils pillaient les biens.
Les Hovas s’elTorçaient d’entraver ce mouvement d’indépendance. Les Vorimos du sud, apprenant que la paix avait été conclue avec les Vorimos du nord-ouest, arrivaient à Betzizaraina en nombre, précédés d'un drapeau blanc , pour traiter avec le Résident (Dr Besson), lorsqu’ils furent arrêtés et reçus par les Hovas à coups de fusil. Alors ils
tige personnel de ces Français, qui avaient su conquérir l'affection de certaines peuplades par leur énergie, la noblesse de leur caractère et aussi leur bonté, pouvait faciliter beaucoup le recrutement des auxiliaires malgaches.
Mais ces peuplades, donL quelques-unes frémissaient sous le joug des Hovas, pouvaient-elles espérer que cette guerre serait pour elles celle de l’indépendance, et qu’a-
brùlèrcnt la ville, et attaquèrent le rova. Le Résident arriva sur ces . entrefaites, et parvint à sauver les Hovas et leurs familles réfugiés dans la citadelle. Il obtint non sans peine, toujours avec les mêmes promesses, la cessation des massacres et du pillage. Grâce à lui la région du Betzizaraina était pacifiée. »
Quelques jours après Ijanvier 1896) un envoyé du docteur Besson arriva dans la région de Massindrano pour continuer l’œuvre d'aptfisement parmi les Vorimos. Ne sachant plus comment faire pour accomplir sa mission à travers les révoltés, dans ces forêts impénétrables et devant des torrents infranchissables, il ne fut sauvé que par un lambeau de drapeau tricolore qu’il avait emporté avec lui : « Alors une idée me passa parla tête, écrivait-il à un de ses amis : le Drapeau! Ce misérable lambeau de drapeau tricolore, pas plus large que la main, que vous aviez déchiré dans le vôtre, et dont vous m’aviez fait cadeau. Le croiriez-vous, dans cette marche inoubliable à travers les forêts, les tbrrents débordés, les « Vorimos » révoltés et les « Morinas » furieux, c’est le Drapeau qui m’a sauvé. A partir de. ce moment je pouvais intituler ma relation : Marche triomphale et prodiges accomplis par le drapeau français à travers les Vorimos ».
« Les Betsimisaraks me conduisent d'un village à l’autre, drapeau en tête, me faisant passer les rivières, tranchant un chemin avec leurs haches dans la forêt vierge, m’olîrant du riz, des volailles, de quoi rassasier deux fois tous mes porteurs, protestant de leur dévouement à la France et â son drapeau. De mon côté je leur répétais les paroles du Résident, leur promettant la justice, et les menaçant... s’ils se livraient au pillage.
« La marche triomphale prenait des proportions colossales, sur-
tout dans les gros villages d’Ambodizana et d’Andonoka. En tête, le drapeau et un groupe de guides au pas de course. Devant moi lesBelsimisaraks me taillant un chemin avec leurs haches, puis la foule entourant mon Manzana, avec mille réflexions contre lps Hovas et en faveur des Français. »
près la paix conclue elles ne retomberaient plus sous la tyrannie de leprs anciens maîtres ou ennemis irrités ?
S’il en était ainsi, et la conduite bien différente des Sakalaves et des Antankares en 1885 et en 1895, semble le prouver, nous portions la peine de nos fautes. Nous ne les avions pas soutenus : ils nous abandonnaient.
A défaut d’un concours bénévole, on pouvait songer à exercer les procédés que les Anglais désignaient sous le nom de : pression énergique et qu'ils employaient à l'égard des chefs de la côte des Ashantis dans le but d'obtenir les porteurs nécessaires. Cette « pression énergique » produisit de rapides effets sur tous ces gens pleins de respect et d’obéissance pour tous ceux qui se montrent forts. Les Français ne savent pas presser ainsi sur les décisions hésitantes des peuples au milieu desquels ils veulent pénétrer.
Et cependant la reine Binao et d'autres souverains de même espèce, reçus en grande pompe, obtenaient l'occupation de certains points de la côte nord-ouest, et se répandaient en promesses qu’ils se souciaient peu de tenir, et dont nous n’avons pas su exiger ou assurer l’exécution.
Les résultats avaient été plus favorables à Obock et aux Comores. Différentes missions envoyées de janvier à juin 1895 réussirent à recruter 1.143 Abyssins ou Somalis et 27U Comoriens. Une tentative faite à Aden par un agent du gouverneur français subit un échec complet. Ces missions, très coûteuses, faites par des agents hétérogènes, donnaient en somme de maigres résultats en dehors des colonies françaises où les administrateurs en assuraient seuls le succès.
Les gouvernements étrangers s’opposaient à 1 exportation de la main-d’œuvre de leurs colonies.
Le gouvernement français songea alors à s'adresser a
rindo-Chine française. L'administration locale « avait cru pouvoir promettre de fournir 2.000 coolies qui devaient s’embarquer pour Madagascar aux premiers jours de mai , mais dont une brusque irruption du choléra, en Cochinchine obligea, le 11 avril, à contremander l’emploi ».
La Cochinchine et le Tonkin pouvaient, en effet, à défaut d'un nombre suffisant de coolies tirés de la population annamite qui redoute l’expatriation, fournir un nombre très grand de coolies chinois. Les ports de la Chine forment des réservoirs grouillants et inépuisables d’hommes vigoureux prêts à se diriger partout où il y a quelque argent à gagner. Lorsque l’administration de la Guerre ordonna de nouveau, après l' expédition, \e recrutement de coolies au Tonkin, il y eut une affluence extraordinaire dans les bureaux des officiers chargés de recevoir les engagements dans les postes dé la frontière. I1 fallait défendre lesbureaux contre la foule des poslulantsalléchés par la solde considérable qui leur était offerte (23 piastres par mois ??). L’administration locale n’avait rien exagéré en promettant 2.000 coolies au moment de l’expédition.
Contre ordre à l’embarquement fut donné à cause du choléra qui sévissait en Indo-Chine. Mais n’y avait-il pas d’autres mesures plus conformes à la science modernei que cette interdiction sommaire ? Si les coolies recrutés avaient été isolés dans un lazaret pendant quelques jours avant l’embarquement, et soumis à une sélection, en même temps qu’à des mesures de propreté générale, de désinfection et de vaccination jennerienne, toute crainte à l’égard du choléra eût été écartée. Il est établi aujourd’hui qu’un isolement de six jours au maximum suffit pour donner une garantie absolue contre le choléra, , lorsqu'il est complété par des mesures de désinfection telles qu’elles sont édictées actuellement pour les provenances des pays où sévit cette épidémie.
Internés pendant quelques jours au lazaret d’Haïphong, à la baie d’A-Long, ou même sur les navires qui devaient les transporter, les coolies indo-chinois pouvaient ensuite être expédiés sans danger sur Madagascar. La suite des faits fera voir combien leur présence eût été désirable. Ces précautions sont d’ailleurs celles qui ont été prises plus tard pour expédier le convoi récemment arrivé à Madagascar.
Dans cette circonstance on s'est confiné dans les pratiques surannées de l’ancien système sanitaire qui ne connaissait pas d’autre obstacle à opposer aux épidémies, que les quarantaines. La science hygiénique moderne, qui a fait tomber ces barrières, offrait cependant des procédés moins restrictifs en donnant des garanties absolues pour la santé de l’armée dont .se souciait alors l’administration militaire. Ces procédé^ sont connus : ce sont ceux qui permettent Centrée libre des ports de France aux navires indemnes venant des pays contaminés par le choléra et très voisins de nos côtes. La longue Iraversée à effectuer pour venir du Tonkin à Madagascar ajoutait, dans ce cas particulier, d’autres garanties.
Le corps expéditionnaire a été ain&i privé de 2.000 coolies. L’Algérie fut appelée à combler ce vide, et put fournir en tout 5.500 auxiliaires. Il est à remarquer que ce supplément de conducteurs ou coolies algériens n'a été demandé que pour suppléer à l’absence des coolies chinois, et non pour augmenter le nombre total des coolies primitivement fixé et qui paraissait devoir suffire, aux yeux des organisateurs.
Enfin si les coolies indo-chinois avaient pu suivre leur destination, ils ne seraient partis de 1 Indo-Chine qu’au mois de mai, et ne pouvaient arriver à Madagascar qu'au mois de juin, c'est-à-dire un mois après la réunion du corps expéditionnaire. Pourquoi cette date tardive
remonte et conducteurs auxiliaires
pour leur arrivée ? C’est surtout au début de l’expédition, quand tout est à créer ou à transporter, que le besoin de main-d’œuvre se fait sentir.
Le corps expéditionnaire disposa en fin de compte de 7.:J00 conducteurs auxiliaires, « chiffre encore insuffisant ».
Il est en effet aussi insuffisant que celui des bêtes de somme : 7.300 conducteurs et coolies et 6.640 mulets ; c'est bien peu pour 15.000 combattants dont 11.000 Européens !
Le corps expéditionnaire anglais d’Abyssinie avait réuni au mois de mars 20.741 bêtes de somme ou de trait, avec des auxiliaires-conducteurs, affectés exclusivement aux transports généraux, sans compter les mulets et les porteurs appartenant aux corps de troupes. Pour un effectif de 13.000 combattants dont 3.653 Européens,
1 armée lrainaitaprèselle7.116 suivants n’appartenant pas au « service des transports ». Lorsque le général en chef lut amené à réduire le chiffre des animaux de bât appartenant aux corps de troupes, il laissa encore à chaque unité de troupes européennes 270 mulets (au lieu de 478, chiffre normal) et à chaque corps hindou 230 (au lieu de 270). Plus tard des réductions nouvelles s’imposèrent ; mais chaque bataillon avait encore 180 mulets et 96 suivants.
Le service du train, qui, par défaut d’organisation préalable, occasionna de si fâcheux retards il la marche de I armée anglaise, avait péniblement réuni le nombre de bêtes de somme nécessaire et des conducteurs dressés. Cependant, avant l’arrivée de la première brigade, des animaux étaient déjà rassemblés, et la première brigade amenait de plus avec elle 411 mulets et 30 bœufs.
Avant le débarquement des troupes européennes sur la côte des Ashantis, lord Wolseley avait réuni 6.000 coolies qui travaillaient sur les routes en avant delà base d'opé-
lü
278 l’expédition de Madagascar
ration. De plus chaque bataillon avait 650 porteurs pour
son service particulier.
Pour la campagne de l'Afghanistan, qui s’accomplissait au milieu des plus grandes difficultés de terrain, les Anglais achetèrent 40.000 chameaux pour 34.730 combattants dont 12.740 Européens. Les bagages, tous les impedimenta avaient été réduits au strict nécessaire.
Le corps anglais de 7.235 hommes qui a fait 1 expédition de Souakim en 1885 avait derrière lui 7.000 followers, sans compter les bêtes de somme ou de trait.
Enfin la colonne française qui marcha sur Aborne\ sous les ordres du général Dodds, avait 2.000 porteurs pour 1.700 combattants dont un tiers d'Européens.
Sans qu’il soit besoin de multiplier les exemples, il est facile de voir que les prévisions adoptées pour l’organisation des transports du corps expéditionnaire de Madagascar, étaient bien restreintes. Comment pourra-t-on alléger la charge et le service des soldats ? Après avoir retranché des 7.300 auxiliaires le nombre d'hommes nécessaires pour la conduite des mulets et des 5.000 voitures Lefebvre, il restera à peine 2.000 hommes pour le service des corps de troupes, les travaux de route, les hôpitaux, l'intendance, etc... De grandes difficultés se laissent déjà entrevoir.
Les troupes d’avant-garde vont arriver à Majunga avant que les premières voitures et les premiers mulets y soient envoyés ; car le général Metzinger arri\eia h 1" mars, alors que, d’après les marchés conclus, les voilures doivent seulement être livrées, en /• rance, de mars a avril ; alors que les achats de mulets ne seront entrepris en France et en Algérie que dans le mois de février; alors que le recrutement des coolies ne commencera qu en janvier, en Algérie, et n aura donné des résultats qu au mois de mars. Le recrutement des Somalis, Abyssins,
Comoriens, durera de janvier à juin. Et les coolies chinois ne doivent s’embarquer qu'au mois de mai. Qu’allaient devenir et qu’allaient faire pendant ce temps les troupes d'avant-garde parties le 25 janvier de Toulon, sans porteurs, sans bêtes de somfhe, sans voitures ? C’est cependant cette avant-garde qui doit préparer la voie au corps expéditionnaire, et établir la base d’opération. C’est elle qui doit, ou qui devrait, procéder à l’établissement des routes, aux constructions des magasins nécessaires au fonctionnement normal de tous les services lorsque le gros des troupes débarquera. Quels sont les ouvriers qui vont faire ces travaux préparatoires? Où est la maind œuvre qui va élever les abris pour les hommes, les magasins pour le matériel, tracer les routes, construire les ponts pour la marche rapide en avant, au delà des zones insalubres, préparer les stations d’étapes, la concentration des vivres aux bases d'opération ?
Tout le succès dépend de ces travaux préliminaires ; mais il faut des hommes, des animaux et du matériel, pour les exécuter. L’avant-garde va partir de France sans que ce matériel, ces animaux et ces hommes soient réunis en temps opportun. Le chiffre prévu des conducteurs et des mulets fait craindre qu’ils soient encore insuffisants lorsqu’ils seront tous réunis.
11 est vrai que le plan d’opérations est basé sur l’emploi des voitures dont chacune peut transporter trois fois plus de matériel qu'un mulet de bât (environ 200 kilogrammes chacune). Le ravitaillement doit être assuré sur la zone côtière par la flotille fluviale, et plus haut au moyen d'échelons de ravitaillement comprenant chacun 150 voitures Lefebvre capables de transporter ensemble 30 tonnes de matériel.
Mais la flotille fluviale ne sera prête à fonctionner qu’à la lin du mois de mai. D’autre part, l’emploi exclusif de la
280 l’expédition de Madagascar
voiture Lefebvre exige la construction préalable d une route, et la main-d'œuvre nécessaire pour ces travaux ne sera pas réunie à la base d'opération au moment de 1 arrivée de l’avant-garde. Comment donc pourra être assuré le ravitaillement de ces troupeS d’avant-garde qui doivent marcher devant le corps expéditionnaire jusqu aux premiers gradins du massif central ?Cet « élément léger » qui doit toujours marcher en avant, comment va-t-il organiser son convoi ? Une route lui est nécessaire. A supposer que sa construction n'exige qu un travail modéré dans un pays que l’on sait offrir des « obstacles naturel* considérables », et une différence de niveau énorme entre le confluent des deux rivières (20 mètres) et Tananarive (1.458 mètres', quelles sont les dispositions prises pour effectuer cette construction à l’avance ?
Avant l’arrivée des troupes anglaises sur la côte des AshantiS, avant l’arrivée des troupes européennes au Dahomey, les routes que devaient parcourir les troupe* et les convois avaient été commencées par les coolies ou les auxiliaires indigènes réunis à 1 avance.
L’histoire de l’expédition d’Abyssinie avait appris combien il en coûtait de n’avoir pas pu exécuter ces travaux de route avant l’arrivée du gros de 1 armée. Cette expérience avait été mise à profit dans la préparation des expéditions ultérieures des Ashantis. Au cours de la dernière expédition du Soudan faite par 1 armée angloégyptienne, toutes ces indications ont été utilisées. Les transports par voie fluviale ou par voie ferrée ont été préparés avec un soin extrême, avant le début des opérations ; de telle sorte que cette armée, bien que composée à peu près exclusivement d’indigènes, put. lorsqu elle se mit en marche sur cette longue ligne d opération du Caire à Suarda (1.500 kilomètres), arriver jusqu'à Koch eh en employant alternativement les bateaux rassemblés
sur le Nil, ou le chemin de fer construit en avant des troupes. 4.000 chameaux ou autres animaux de bât complétaient ce système de transport si perfectionné. A Koch eh sept vapeurs-transports et trois canonnières amenées en pièces jusqu’en amont de la deuxième cataracte furent montés à cet endroit, et conduisirent les troupes jusqu'à Dongola. Toutes ces dispositions avaient été arrêtées et reçurent leur exécution méthodique avant l’arrivée des troupes.
Une énorme quantité de matériel est préparée pour l’expédition de Madagascar, mais on ne voit pas les dispositions prises pour mettre ce matériel en œuvre en temps opportun *. En effet, 5.000 voitures vont être expédiées; pour les atteler et aussi pour le service des corps de troupes il n’y a que 6.640 mulets. Pour conduire ces mulets et fournir les manœuvres nécessaires aux autres services, 7.000 auxiliaires sont rassemblés tardivement. Que reste-t-il pour les travaux de route et pour la manipulation des 5.000 brancards dont est doté le corps expéditionnaire? Par qui et comment faire porter ces brancards? Enfin le service de santé, riche en matériel, est très pauvre en personnel. Malgré l’enseignement des guerres passées, il ne reçoit pas de moyens de transport lui appartenant en propre, et un matériel approprié aux nécessités de la guerre spéciale qui allait commencer, au climat, au pays, aux coutumes locales.
1. Les détails de la tenue des officiers et de la troupe ont été réglés avec soin : la forme de la vareuse des officiers, ses ornements, la disposition des boutons, le type des galons ou insignes divers ; la couleur du passepoil des pantalons, les couleurs et les insignes des brassards d’état-major; la faculté pour les uns de porter des aiguillettes, pour les autres de porter des culottes d’ordonnance, lien n’était laissé à l’aventure.