Baratier, loc. cit
n’a-t-elle pas été établie au fond de la baie de Bombetoke, à la limite des fonds navigables pour les navires tels que le Gertie, le Barawa, puisque c’est à partir de ce point seulement que la flottille pouvait commencer son service ?
Le rapport de l’aspirant Compagnon avait fait prévoir la nécessité d'employer des navires d’un tonnage suffisamment élevé, pour naviguer dans la baie de Bombetoke. Il eût été plus expéditif et plus économique, en suivant son avis, de transborder directement le matériel des affrétés sur les caboteurs de mer ( Gertie , Barawa, etc.), qui pouvaient le porter directement à Ankaboka, devenu la vraie base d’opérations. Que de retards et de manipulations eussent été ainsi épargnés!
Le plan primitif n’avait pas été basé sur cette conception. Il fallut le modifier sur les lieux, et le général en chef dut procéder, à cet effet, à des affrètements de caboteurs non prévus. A ce moment il était encore temps de choisir une nouvelle base d’opérations, puisque rien n'était fait à Majunga.
Par cet affrètement supplémentaire de navires on revenait au système des improvisations, qu’on s’était flatté d'écarter grâce aux longs et minutieux préparatifs faits depuis une année.
Arrivée du général en chef. — Ici une réflexion s'impose. L’arrivée du général en chef avait remis tout en ordre. Grâce à son énergie, une nouvelle activité régna partout, et des résolutions heureuses furent prises. Il eS donc incontestable que la situation eût été considérablement améliorée s’il avait pu arriver deux mois plus tôt. Il eût pu apporter sur place, à la conception et à l’exécution du plan, telles modifications qui auraient changé la face des choses. Avant l’arrivée des affrétés, le port d'Ankaboka aurait été créé, comme il l’a été plus tard ;
L EXPÉniTION DE MADAGASCAR
les caboteurs de mer auraient été affrétés à l’avance. Les magasins auraient été construits de bonne heure, et probablement construits à Ànkaboka, ce qui faisait gagnei 80 kilomètres de route.
Qui sait même si, convaincu de bonne heure des difficultés extrêmes de la construction de la route, au moins dans les terres basses, il n’aurait pas pris le parti de recourir exclusivement à la voie fluviale pour les transports de troupes et de matériel jusqu’à Suberbie, ou au moins jusqu’à Maroway?
Les Anglais avaient éprouvé de graves mécomptes au début de la campagne d’Abyssinie. Lord Aapier n arriva qu’au mois de janvier. Jusque-là l'organisation des transports avait été entravée, et trois mois avaient été perdus en efforts insuffisants. L arrivée du général en chef, quoique trop tardive, put seule mettre fin à celte situation qui devenait inquiétante. Le retard éprouvé, l’approche de la mauvaise saison, les pertes subies, tout faisait regretter que lord Napier ne fût pas venu plus tôt apporter l’ordre dans l’armée, et les modifications nécessaires au plan primitif.
Ces leçons ne furent pas perdues pour les Anglais, et nous avons vu, dans les deux expéditions des Ashantis (1873 et 1893) lord Wolseley et sir Scott arriver plusieurs mois avant les troupes sur le théâtre des opérations, combler les lacunes de l’organisation, remédier sur place aux défections des alliés, aux inconvénients que la nature des lieux et la force des choses fait ressortir, parer enfin à ces éventualités qu’on ne peut prévoir à l’avance, mais auxquelles il faut toujours faire une large part dans l’exécution d’entreprises si vastes et surtout aussi lointaines.
Le -général Forey, au Mexique, le général Dodds, au Dahomey, avaient été inspirés par cette prudente
Sagesse, lorsqu’ils devancèrent le gros de leurs troupes. Les chefs de 1 expédition de Madagascar arrivèrent avec le général à Majunga le 6 mai seulement, en même temps que la masse du corps d’armée, c’est-à-dire au moment où régnait déjà la confusion la plus extrême, et où les événements étaient à ce point avancés qu’il n’était plus possible d’espérer des modifications radicales dans l’exécution des projets. Les états-majors étaient restés en France pour assister à la concentration et aux exercices d’entraînement des troupes de l’armée métropolitaine, pour présider aux dernières dispositions, pour diriger l’embarquement des troupes effectué au milieu d’un enthousiasme général quTmon trait combien était parfaite l'union du peuple et du gouvernement dans l’expédition entreprise dans des conditions exceptionnellement favorables, union féconde, union toujours faite quand il s’agit de l’honneur et de la gloire du pays.
Le 6 mai, il était trop tard pour transformer un plan qui était déjà en pleine exécution.