‹ Considérations sanitaires sur l'expédition de Madagascar et quelques autres expéditions coloniales, françaises et anglaisesChapitre 97 sur 133 · Rapport officiel · texte numérisé non relu

Rapport officiel

340 l’expédition de Madagascar

voie fluviale, pour assurer leur ravitaillement. La voie de terre, faite à si grands frais, était inutile. Sans le fleuve, la subsistance de l’armée n était pas possible , mais le retard apporté par les causes que nous connaissons, au montagp delà flottille, entraînait le stationnement, funeste aux troupes, dans les terres basses, qu elles

auraient dû franchir avec rapidité.

Tous les hommes compétenLs avaient conseillé la traversée rapide de la région côtière, en utdisanl b' < 0111-. de la Betziboka pour le transport des hommes et du matériel. C’est aussi le plan qu’on avait annoncé. On ne séjournerait pas plus de quarante-huit heures dans le Boéni, et les troupes seraient transportées en canonnières jusqu’à Subervieville.

Pourquoi ce plan ne fut-il pas mis à exécution ? Les canonnières n’étaient pas prêtes quand les troupes sont arrivées, et elles ne pouvaient pas l'être ; c’était la conséquence fatale des marchés conclus, de la date choisie pour la commande et la livraison du matériel fluvial. En revanche, la construction d’une voie de terre était résolue dès l’origine ; or cette voie de terre qu’on croyait indispensable, permettait à peine l’alimentation d une partie de l’avant-garde. Son utilité était très restreinte, insignifiante, même. Les unités furent, par suite, échelonnées dans la zone insalubre, où la moitié des effectifs, disparut '.

1. « Jusqu’au 9 juin, jour de la prise de Mavetanana, le général commandant en chef, préoccupé avant tout d’obtenir cet important résultat, n’avait pas craint de lancer son avant-garde fort en avant, sans attendre la constitution complète du corps expéditionnaire, et sans subordonner ses mouvements à 1 état d avancement de la mute carrossable. Il y avait grand intérêt, en effet, à ce que nous fussions maîtres le plus tôt possible du cours de la Bestsiboka dans toute >a partie navigable, et à ce que nous nous assurions promptement le bénéfice moral de cette prise de possession rapide. Mais il avait fallu,

MARCiy: DES TROUPES, CONSTRUCTION DE LA ROUTE 341

Au moment de l’arrivée du général en chef à Majunga, alors qu’une confusion extrême régnait au port de débarquement, une mesure pouvait encore préserver l’armée des dangers d’un séjour prolongé dans les terres malsaines. — Au lieu de faire débarquer les troupes, on Pouvait les envoyer dans un pays salubre, pour y attendre le moment où la flottille serait prête à transporter les hommes jusqu’à Suberbieville, et pourrait assurer leur subsistance. Il y avait à quatre jours de Majunga un sanatorium tout indiqué et tout prêt à les recevoir: les plateaux de la Réunion.

Mais, dira-t-on, c’est une proposition impraticable ; c était trop loin; on ne pouvait pas garder aussi longtemps les affrétés, et leur payer des surestaries; il fallait avoir les troupes sous la main.

Ces objections ne sont pas irréfutables. D’abord, les troupes étaient immobilisées, et nullement disponibles sur l’arrière, pour les motifs indiqués plus haut. D’autre part, les navires ont séjourné fort longtemps à Majunga pour attendre leur tour de débarquement, et des surestaries leur ont été payées. Il était d’ailleurs facile d’avoir trois ou quatre grands transports de la marine de guerre faisant la navette entre Majunga et la Réunion, venant

pour obtenir ce résultat, consacrer au ravitaillement de l’avant-garde les trop rares moyens de transports fluviaux dont on pouvait disposa* ■ Le commandement avait dû par suite régler les mou-

vements de toutes les unités qui ne constituaient pas l’échelon de première ligne, de façon à opérer leur ravitaillement soit à l’aide de caboteurs de mer, soit par convois de voitures, c’est-à-dire les échelonner entre Majunga etMaroway. » Plus tard, le général Voyron rcçutl’ordre déchelonner ses troupes entre Ambato elle confluent de la Betziboka, pour entreprendre la construction de la route sur cette section.

<• Celles de ces troupes qui ne pouvaient être ravitaillées par voie de terre, devaient l’être par voie fluviale, la roule longeant dans la plus grande partie de son cours, dans celte région, le cours de la Betziboka. » (Rapport officiel .)

342 l’expédition de mabagascak

prendre, au moment opportun, lorsque tout serait prêt pour les recevoir, autant d’hommes qu’il serait nécessaire dans les réserves conservées intactes dans le sanatorium. 11 fallait dix jours (entre l'aller et le retour) à ces navires, pour amener cinq à six mille hommes de Saint- Denis à Majunga.

Peut-être aurait-on dépensé un peu plus d'argent en frais de transports maritimes ; ça n'est pas certain. Mais il n’y a pas à douter que plusieurs centaines de précieuses existences pouvaient être sauvées par ces dispositions, et les troupes seraient arrivées en parfait état de santé au moment de l’action.

Le général Wolseley, n’ayant pas de sanatorium à sa portée, envoya au large, sur les navires qui les avaient transportées, les troupes européennes arrivées avant que la mauvaise saison fût terminée et que les préparatiis fussent achevés sur la côte des Ashantis.

C’était un moyen sûr d’éviter les embarras éprouvés pour la nourriture des troupes, et d’épargner à L'armée un séjour qui exerça une influence désastreuse sur la suite de la campagne.

Page 1