‹ Considérations sanitaires sur l'expédition de Madagascar et quelques autres expéditions coloniales, françaises et anglaisesChapitre 99 sur 133 · Rapport officiel · texte numérisé non relu

Rapport officiel

2, Tazo , en malgache, veut dire : fièvre.

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80 kilomètres faits en trois mois, au prix des plus grands efforts et des plus grands sacrifices, pour atteindre Maroway où des navires de mer pouvaient arriver sans difficultés en toutes saisons et en quelques heures! A la date du 28 juin, la route fut poursuivie jusqu’à Ambato par les soldats du génie et le bataillon malgache. En même temps, les troupes blanches étant appelées à participer à cette construction, la brigage Voyron fut échelonnée entre Ambato et le confluent, tandis que les troupes de l'avant-garde construisaient la route de Marololo et Tsarasotra.

Dans certains bataillons européens de l’avant-garde, débarqués depuis 45 jours à peine, il n’y a bientôt plus que tüO hommes par compagnie. Le 200e régiment a fondu de moitié. 11 lui reste à peine 112 hommes par compagnie, il a perdu son colonel. Ces soldats, sans expérience des choses coloniales, partis de France avec enthousiasme, pour faire une guerre où ils espéraient avoir de glorieux combats à livrer, débarquant après une traversée toujours pénible et énervante, avaient été jetés sur cette terre torride, marécageuse, et occupés pendant de longs jours à faire le métier de débardeurs ou de terrassiers. Le soldat français est prêt à tous les sacrifices, et donne sa vie avec abnégation. Mais, dévorés par la fièvre, soumis à des privations, épuisés par des fatigues incessantes, ces hommes pouvaient avoir le moral déprimé, quand leur énergie était absorbée par des travaux qu’ils accomplirent avec une discipline, un courage et une abnégation incomparables et dignes d’être immortalisés. Ils ont la fièvre, et marchent quand même ; à coups de pioche ils éventrent cette terre dont le sein recèle la mort. Par des prodiges d’énergie et par un sentiment d’honneur très élevé, ils se tiennent encore dans le rang, car il le faut. Les hommes déjà malades restent donc

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dans le rang. Mais à la fin, épuisés, ils tombent pour ne plus se relever. Le nombre des malades était tièsgiand, mais, faute de matériel, on ne pouvait en transporter qu’un nombre infime. Lorsque le 29 juin le bataillon des chasseurs fut dirigé à marches forcées, à midi, sur Isarasotra, il fallut laisser en arrière les hommes gravement atteints de fièvre. Au nombre de 75 ils furent dirujés à pied, sur Mevatanana, à 4 heures du soir. 1! n’y a pas un seul mulet pour alléger les plus gravement atteints, ou relever ceux, qui LombenL. Les plus malades sont laissés à l’ambulance, et le reste est poussé jusqu'à Sakoalé. Il est facile de deviner les souffrances de ces malheureux se traînant sans forces sur la route, et le déchirement des médecins chargés de les conduire et privés des moyens de les soulager. Non seulement ils n ont pas de moyens de transport, mais c’est à peine si, à ce moment, pour un bataillon qui compte environ 150 malades, ils ont cent grammes de quinine à leur disposition ; pas d ipéca, pas d’émétique. Les malades couchent sous la tente, sur la terre. 5.000 brancards et des approvisionnements considérables de médicaments ont été cependant expédiés de France. Où sont-ils ? Probablement sous les amas de colis qui encombrent la grève de Majunga.

Telle est la situation deux mois après le débarquement du gros des troupes. L’armée a mis ce temps pour atteindre Suberbieville qu’elle aurait pu gagner en dix jours, et elle ue compte plus que la moitié de son effectif à l’arrivée au point où aurait dû commencer l'expédition.

Cependant les magasins et les cantonnements de Suberbieville s’élevaient rapidement. Les approvisionnements commençaient à s’y accumuler. Chaque jour des canonnières arrivaient avec des chalands chargés à Marololo, et de là des convois de 150 mulets transportaient les

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chargements de Marololô à Suberhieville. Des voitures Lefebvre, traînées par 2 mulets , faisaient aussi le va-etvient entre Suberhieville et son port sur le fleuve Ikopa, à « Port-Tafia », où arrivaient des pirogues remorquées par des vedettes. Les voitures Lefebvre étant reconnues incapables de former derrière les troupes un convoi léger capable de les suivre dans tous leurs mouvements, des bâts Jurent demandés d’urgence en France.

L’avant-garde va quitter Mevatanana et Tsarasotra pour atteindre Amponiry où un troisième centre de ravitaillement va être formé. Vers le 13 juillet les troupes de barrière commencèrent à se concentrer à Suberbieville. Les premiers bataillons du 13° régiment de marine y arrivaient, et furent tous amenés à cette hauteur vers le 24 juillet. Ces travaux et ces préoccupations n’avaient pas empêché l’armée de célébrer la fête du 14 Juillet, dont la préparation nécessita dans un camp le débroussaillement du terrain nécessaire pour la revue !

Le 25 juillet seulement les derniers détachements laissés en arrière étaient arrivés à Suberhieville. Le pont de la Betsiboka était terminé, après des efforts ex traordi-,. naires accomplis par les admirables soldats du génie, qui succombèrent à la peine, mais achevèrent l’œuvre *. Une compagnie qui comptait 193 hommes au départ de Majunga, n’avait plus que 40 hommes présents et peu valides après l’achèvement du pont. Ils furent laissés enjirrière, étant désormais hors detat de rendre aucun service.

La construction du pont n’eût pas été nécessaire si lés troupes avaient suivi la voie fluviale jusqu’à Marololo, ainsi que cela était fait pour le matériel.

i. Ce travail formidable devait être de peu de durée : quelques jours après son achèvement, un bataillon, franchissant le pont avec son convoi de voitures, dut interrompre le passage du convoi, par crainte d'un accident.

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La concentration des troupes étant faite, 1 installation de la base fluviale point de départ de ravitaillement par voilures , la réunion en ce point d'approvisionnement et la construction de la route vers Tsarasotra et au delà, étaient suffisamcent avancés pour que la marche en avant fût reprise. La tête d’étapes était constituée.

La ligne d’étapes fluviale était jalonnée par les postes d’Ankaboka eide Maroway (rive gauche et rive droite, de la Betsiboka), d’Ambato (rive droite, à l’embouchure du Kamoro) et de Marololo (rive droite de 1 Ikopa. à 3 kilomètres du confluent).

De Marololo à Andribales étapes étaient :

Beanane, le Ponceau, les Sources, Andgiégié, Antiafaborika, la Cascade, Kamolandy : au total, huit jours de marche pour les voitures.

« Deux bataillons, l’un du 200e régiment flrc brigade) l'autre du régiment colonial (bataillon des volontaires de la (Réunion, 2e brigade) étaient aussi désignés pour servir de troupes d’étapes, et répartis, par une ou deux compagnies, dans les gîtes d étapes ainsi constitués entre Majunga et Marololo... » La flottille fluviale devait transporter, en un mois, 2.000 tonnes de vivres et matériel à Marololo. Le service des étapes, jusque-là placé sous l’autorité d’un seul colonel directeur, assisté de trois adjoints et de représentants des différents services, fui, à partir du 24 juin, partagé en deux secteurs : le secteur nord ou fluvial restait sous le commandement du premier directeur ; le secteur sud, comprenant les transports par voie de terre à partir de Marololo, placé sous le commandement d’un second directeur nouvellement institué.

En dépit de toutes les difficultés et de la fonte désastreuse des effectifs, la construction de la route est poursuivie avec persistance dans la direction d Andriba. L'affaire de Tsarasotra en avait, parait-il. démontré la

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nécessité, parce que, faute de route, les troupes françaises n’avaient pas pu poursuivre l’ennemi après le combat, et tirer parti du succès obtenu. Les personnes qui ne sont pas initiées aux secrets de la stratégie peuvent se demander comment une route construite à l’arrière de nos troupes d’avant-garde aurait pu permettre à cette avant garde la poursuite d’un ennemi qui s’échappe en suivant sa ligne de retraite, à travers des sentiers abrupts, et avec une vitesse inimitable. L’ennemi seul pouvait la construire. Les Hovas n’ont jamais pris ce soin.

Les travaux de route furent donc continués avec une inébranlable obstination. Le tronçon de Marololo a Andgiégié (de la cote 20 à la cote 500), soit environ 80 kilomètres, fut fait par le régiment d’Algérie et le 40’ chasseurs. Le 2- tronçon, d’Andgiégié à Andriba, soit 50 kilomètres (de la cote 500 à la cote 800), fut construit par les troupes des deux brigades échelonnées par bataillon, de 2 kilomètres en 2 kilomètres.

Au moment de remettre la colonne en marche sur Andriba (24 juillet), en raison des déchets considérables qui s 'étaient produits, le général en chef régla à nouveau ,a î épartition des mulets et voitures. Les moyens de transports alloués aux corps de troupes et aux services déjà si restreints, furent encore réduits. Le service général des transports reçut de ce fait un supplément de o64 mulets enlevés aux services de la tète d’étapes, des hôpitaux et des ambulances, ainsi privés totalement des moyens de transports leur appartenant en propre, et déjà très insuffisants.

Le tarif n° 6 donnait à chaque officier plusieurs rations dont le nombre est déterminé par le grade: ainsi, de par ce règlement, un capitaine avait deux rations, un général avàit six rations. Le nombre de ces rations fut

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réduit, et aussi le taux de celles des fourrages pour les

animaux de bât.

Malgré toutes ces combinaisons la pénurie des moyens de transport et de la main-d’œuvre était extreme. Les voitures Lefebvre, pour lesquelles l’armée travaillait depuis si longtemps, ne fonctionnaient que péniblement sur le court tronçon de Marololo à Andgiégié. Les conducteurs auxiliaires suffisaient difficilement aux besoins des convois. Pour les encadrer, .il avait fallu prendre des so dais et des gradés dans les bataillons d’étapes. Les soldats du train n’y suffisaient plus. Les unîtes d arti erie et de cavalerie restées en arrière donnèrent tous leurs cadres valides, et la plupart des animaux. C est a ce prix seulement qu’on réussit à transporter jusqu a Andri ia 180 tonnes d’approvisionnements, quantité encore insuffisante pour former le convoi de la colonne legere si. « par une heureuse fortune », on n’eût trouve une certaine quantité de paddy enfouie dans la plaine d Andnba.

Les soldats, épuisés déjà par les interminables travaux de route, avaient parfois à escorter les convois de vivres. Ceux-ci, partis à 5 heures du matin, arrivaient au Ifivouac vers 5 heures du soir. Pendant tout ce temps les hommes

d’escorte peinaient sous le soleil, parfois sans manger. Beaucoup d’entre eux, en proie à la lie'sre, restèrent en arrière, et moururent au coin d'un bois, au fond d un

ravin. . ,

A ce moment, malgré leur indomptable energie. malgré une abnégation sans bornes que trois mois de sou frances sans cesse croissantes n'avaient pas encore abattue, de jeunes soldats présentèrent des signes de démoralisation : un grand nombre de suicides se produisaient dans les formations sanitaires, dans les convois ou pendant les marches. Beaucoup de jeunes hommes, ne voyant plus de fin à leurs maux, sachant que les hûpilaux

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regorgeaient de malades, cherchaient à être compris dans les convois de rapatriement qui étaient en formation : « Monsieur le major, disait l’un d’eux, qui, dans un mouvement d’enthousiasme, avait quitté la France pour la première fois, je suis malade, ayez l’obligeance de me faire évacuer ; je pense à ma mère, et cela me fait tourner la tête ! » Et les officiers, surmontant leur propre émotion, étaient obligés de résister à ces sollicitations qui se multipliaient. D’ailleurs, un certain zèle et un funeste amour-propre exigeaient qu’il y eût le plus possible d’hommes présents dans le rang, et l’autorité médicale n’était pas toujours maîtresse de décider en dernier ressort si un soldat était malade, ou s’il pouvait marcher. Aussi n’était-il pas exceptionnel de voir des hommes se traîner à la suite du bataillon, déjà en proie à la dysenterie ou à la fièvre, avec des jambes énormes envahies par l’œdème cachectique. Quand le soleil se levait sur le bivouac, on les trouvait immobiles, déjà raidis à leur place : ils étaient morts. Les ambulances, laissées trop loin en arrière, et encombrées au delà de toute mesure, ne pouvaient plus recueillir les innombrables malades. Les plus gravement atteints, formés en détachement, étaient laissés sur la ligne d’étapes, sous la garde de médecins qui ne devaient en évacuer que le moins possible.

Ces médecins détachés n’avaient aucun moyen de transport à leur disposition. Trop souvent les malades, obligés de marcher, avaient en plus à porter leur sac ! C’était la conséquence désolante du manque de porteurs et de mulets. Ce qui restait de conducteurs auxiliaires et de mulets suffisait à peine à assurer le service des transports entre Marololo et Andriba. Il avait fallu enlever aux corps de troupes tous les mulets disponibles. Il ne restait donc rien pour transporter les malades à la suite des corps.

Le 200e régiment avait fondu à peu près complètement.

Le médecin-directeur, passant la visite du premier bataillon au commencement du mois d’août, constata qu il ne restait plus que 18 hommes pouvant marcher. Le bataillon de chasseurs faisait figurer encore 358 hommes à l’effectif, mais sur ce chiffre il y avait en réalité loO malades Aussi, lorsque les troupes furent concentrées à Andriba, le général en chef fut dans la nécessité de laisser sur la ligne d’étapes le bataillon de chasseurs,

« dont l’état sanitaire ne permettait plus d’espérer qu il pût coopérer à des opérations actives 1 ». Un second bataillon du 200e régiment de ligne et un bataillon d infanterie de marine furent également échelonnés sur la ligne d’étapes.

Les difficultés offertes à la construction de la route par la nature du terrain, l’approche de la mauvaise saison, le déplorable état sanitaire des troupes, triomphèrent enfin de la persistance obstinée apportée à la création d’une route muletière qu’en certains points on avait cru nécessaire d’élargir jusqu’à huit mètres pour permettre le passage de pièces d’artillerie attelées, traînées difficilement par huit mulets 2. Malgré d’énormes travaux, elle n’était pas partout accessible à 1 artillerie montée : la 17° batterie dut être laissée en arrière. Le 21 août, au moment où la colonne franchissait la falaise des « Petits-Ambohimenas » elle s était trouvée inopinément en face d’une dépression de plus de 150 métrés

qui exigea un déblai de 6.000 mètres environ, et le travail

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