Les Sept Chefs devant Tlièbes, le Chœur à Étdocle
d’où qu’elle vienne, n’en triomphera; le jour vient où l’homme que la justice a élevé au-dessus du dieu qu’il imagina le juge et lui jette ce cri : Tu es l'arbitraire I Ce jour-là, le dieu a vécu. Dieu est la justice ou n’est pas; la justice trône, son arrêt de mort efface les iniques rois ou dieux, dans sa lumière : astre de l’humanité, elle fait briller le divin dans nos consciences.
Rien ne mord, hommes ni dieux, sur l’inévitable.
« Oui, la souveraine puissance du destin est terrible; jamais ni la richesse, ni Mars, ni forteresses, aucun noir vaisseau qu'assiège de toutes parts la vague écumante ne lui échapperont *. »
Étéocle répond au chœur qui lui propose d'offrir des sacrifices agréables aux dieux :
« Les dieux! depuis longtemps ils nous ont rejetés; la seule offrande qui puisse leur plaire, c’est notre mort : le destin veut nous perdre; pourquoi donc essayer sur lui de lâches complaisances2?
Ici le destin et les dieux sont condamnés ensemble.
« ... Je 11e -sais où tourner d’abord mes regards, » s’écrie le roi de Thèbes, Créon, vers lequel reflue l’horrible destin de la race d’Œdipe frappée dans ses descendants : « Tout est mouvant autour de moi et s’écroule, tout ce que touchent mes mains, tout ce qui s’étend audessus de ma tête : sur moi le destin s’est appesanti d’une manière effroyable. »
Aristote a raison : le double ressort de la tragédie c’est l’horreur et la pitié, la pitié fille de l’horreur, réaction du cœur secourable contre l’implacable fatalité.