CHAPITRE XI
Moyens à employer pour abandonner ou garder le corset sans danger.
Il ne suffit pas de signaler un mal, il faut encore indiquer les moyens de le guérir ou de le prévenir.
Les moyens d'abandonner ou de garder le corset sans danger sont aussi simples que faciles; toutes les femmes les ont à leur disposition.
Lorsqu'on veut se débarrasser de cet accessoire du vêtement, il faut bien se garder de le quitter tout d'un coup, attendu que les transitions brusques ont souvent des résultats fâcheux.
Lorsque des chairs et des intestins ont été pendant longtemps pressés ou gênés par le corset, ils ne sont plus dans leur situation normale ; mais, pour les ramener dans cette position, il ne faut pas cesser tout à coup la pression que le corps subissait, car il pourrait en résulter un malaise insupportable, une plus grande flaccidité des chairs
et, en même temps, une augmentation de volume. En se serrant un peu moins chaque jour, les parties internes et externes reprendront progressivement leur état primitif, et, au bout d'un certain temps, l'on pourra s'affranchir de l'usage du corset sans être incommodé, en ayant soin, cependant, de ne jamais laisser affaisser son corps et de ne prendre aucune fausse position, recommandation importante, bien facile à observer.
Je dois prévenir qu'il y a des personnes qui ne pourront quitter tout à fait le corset qu'après plusieurs semaines d'essai, tant les mauvaises habitudes ont d'empire sur nous.
Pendant tout le temps de l'épreuve il faudra se préserver avec soin de tout excès, et tenir un régime alimentaire sain, solide et modéré, régime qui est, du reste, celui que dans l'état de santé on devrait toujours observer.
11 est bien entendu que si l'on se comprimait avec le corsage de la robe, l'abandon du corset deviendrait inutile.
Quant aux personnes qui ne pourront pas s'habituer à l'absence du corset, elles devront en porter, bien entendu sans bretelles, qui seront faits de tissus élastiques, sans buses ni baleines, ou qui n'en contiendront que d'inoffensifs; les gros coutils, tous les autres tissus, ainsi
que ce qui est dur et non flexible devant être absolument rejetés. Les corsets forts ne doivent être employés que lorsque les médecins les prescrivent.
Il va sans dire que, excepté dans ce dernier cas, il sera toujoursinterditdese comprimer, afin d'éviter toutdanger.
Le corset ne doit soutenir que les chairs ; jamais il ne doit servir de point d'appui pour supporter la partie supérieure du corps. Quand on est debout ou assis, il faut toujours avoir la tête droite, les épaules effacées, et le corps droit, sans roideur.
Le corset, fait et porté absolument comme je viens de l'indiquer, au lieu d'être nuisible devient utile, car peu de femmes mariées, aujourd'hui, peuvent s'en passer.
En se préservant de certains dangers, il faut éviter de tomber dans d'autres, voici pourquoi je dis cela :
11 est des personnes qui veulent avoir à tout prix des hanches très-prononcées, et pour satisfaire leur goût, elles portent une masse de jupons, etc., d'un grand poids, ce qui est aussi fort nuisible.
Pour satisfaire ce besoin de boursoufflure, parfaitement inutile, et en même temps pour éviter le danger signalé, il faut employer des objets postiches bien légers; tels que les crinolines très-courtes, la ouate, etc. Dans tous les cas, il vaut mille fois mieux mettre du faux, que se comprimer.
Toute femme qui a abusé du corset peut, en mettant en usage les simples prescriptions de ce chapitre, devenir, en quelques semaines, bien portante, fraîche, plus gracieuse de toutes manières, car son corps et son esprit auront retrouvé la vie naturelle.