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CHAPITRE III

Créations nécessaires. — Travaux de Napoléon III. — Situation de la France et de son chef. — Conclusion.

Les malfaiteurs sont en grande minorité ici-bas; donc bien des maux ne persistent que par l'indifférence, par la mollesse de la majorité de la société, qui en est victime. Que chaque individu honnête prête davantage son appui à l'autorité ; que l'apathie se change en action favorable, chacun de nous agissant tout simplement dans sa sphère, et la plus grande partie du mal cessera. Sous bien des rapports chacun tient son sort dans ses mains, il en est de même des nations. Lorsqu'un peuple est arrivé à un haut degré de splendeur, c'est alors qu'il a le plus d'efforts à faire pour s'élever encore ou même simplement pour se maintenir à son degré d'élévation ; c'est donc alors aussi que les réformes deviennent pour lui plus nécessaires que jamais. Il est facile à tout gouvernement de protéger les inventions et les découvertes qui viennent à sa connaissance ; il est loin d'en être de

même pour exécuter des réformes portant sur des choses absurdes et funestes. C'est pour cela qu'on se demande toujours, pour savoir si un gouvernement a été complètement grand, quelles sont les réformes qu'il a exécutées. Certaines gloires s'envolent ; celle des grandes ou des bonnes réformes, jamais ! On juge de l'habileté, de l'énergie et de la solidité d'un État par les abus qu'il fait disparaître. Beaucoup de nations éteintes existeraient encore, si elles avaient plus songé à l'avenir ! Où sont donc ces empires fameux de l'antiquité, ces peuples sublimes auxquels nous devons une grande partie de ce que nous sommes...? — C'est pour avoir négligé les réformes, qu'ils sont au dernier rang ou dans la poussière.

Pour décharger les gouvernements capables et consciencieux, disons que souvent ils ont tant a faire, que par fois leur fardeau est si lourd, que des choses même trèsimportantes leur échappent ou qu'ils ne peuvent s'en occuper faute de temps. Dans notre intérêt personnel, dans l'intérêt du bien-être du pays et dans celui de sa gloire, chacun doit chercher à les aider; la chose est plus facile qu'on ne le pense généralement. Il existe, dans quelques pays, des Sociétés pour la destruction des abus. Cet exemple ne saurait être trop suivi, puisque c'est un excellent moyen pour faire passer dans les imaginations l'aversion que l'on doit éprouver pour tout ce

qui est contraire à la raison, sans laquelle il n'y a point de vrai bonheur.

Nous avons en France les Sociétés d'acclimatation , d'encouragement, des gens de lettres, de secours mutuels, etc., etc., toutes admirables; mais, chose étonnante ! nous n'en avons [point pour la destruction des abus, excepté la Protectrice des animaux. Je crois cependant que si nous en avions pour détruire les erreurs, elles seraient éminemment utiles, puisque les lois sont souvent muettes ou impuissantes pour les réprimer. En marchant comme nous le faisons pour certaines choses, nous réformerons en vingt ans ce que nous pourrions réformer en deux. Disons-le, la France imagine beaucoup de bonnes choses, mais, franchement, elle est souvent trop lente à réformer les mauvaises. La cause de cette contradiction est dans le caractère tolérant de la nation, qui devient un grand défaut lorsqu'il est porté trop loin.

Beaucoup de personnes appellent de tous leurs vœux la formation d'associations de la nature de celles dont je viens de parler. Puissent les hommes en jposition, vraiment amis de l'humanité, et, en particulier, de leur pays, prendre courageusement l'initiative d'une telle [entreprise; qu'ils soient bien convaincus que l'approbation générale et la reconnaissance ne leur feront pas défaut.

La création d'une telle institution ne pourrait qu'augmenter la sécurité et l'harmonie, en concourant puissamment àla destruction de l'immoralité et de la misère.

On a hien crié, souvent à tort et parfois à bon droit, contre notre vieil état social, que des novateurs disent pitoyable. Ces novateurs ont proposé de magnifiques utopies pour le remplacer, mais ces météores se sont bientôt éteints devant le flambeau de la raison. D'autres novateurs encore, mais raisonnables, ont également échoué parce que leurs systèmes rencontraient trop d'obstacles. Ce n'a. pas été pour nous un motif de rester dans l'immobilité ; nous avons progressé depuis quelques années. Toujours, lorsque des nations sont mal gouvernées, elles donnent bientôt le signal des révolutions; mais le contraire et le progrès arrivent aussi toujours lorsqu'elles sont bien conduites.

On le voit, on peut arriver encore à de grandes améliorations par des moyens à la portée de tous ; mettonsles en action. N'oublions pas que l'indolence , comme l'ignorance, crée ou augmente tous les maux, et que le maintien d'une seule erreur peut bouleverser le monde. L'expérience est derrière nous et avec nous, le bien est en avant, marchons. Prouvons de plus en plus que notre société ne mérite pas tous les reproches qui lui ont été adressés et qu'on lui adresse encore journellement.

Bien des propositions que je viens d'émettre, dans tout ce qui précède, paraîtront irréalisables à beaucoup de personnes ; et cependant elles sont vingt fois plus faciles à exécuter que l'application de la vapeur à la navigation et aux chemins de fer, chose que nous avons trouvée après en avoir nié la possibilité. Le bien n'est-il pas toujours réalisable, comme il est toujours possible d'être juste ?

Voici une assertion qui ne saurait faire l'objet d'un doute : Le peuple qui le premier prendra les meilleures mesures pour arriver à l'extinction du paupérisme, pour empêcher lesfemmes de s'affaiblir, de se tuer comme elles le font aujourd'hui, et qui adoptera les moyens les plus solides pour faire cesser promptement l'usage du tabac, pour réduire autant que possible le vice de l'ivrognerie, celui du jeu, la fureur de l'agiotage, toutes choses qui portent une atteinte fatale à la santé publique et entretiennent la corruption, sera incontestablement le plus sage de notre époque, et les avantages qui résulteront de sa sagesse seront immenses pour lui. Est-ce que les cinq plus grandes découvertes des temps modernes nous

font autant de bien que les cinq fléaux que je combats nous font de mal? — Non, mille fois non !

Ce titre de peuple le plus sage de notre époque, dont nous venons de parler, sera-t-il disputé, sera-t-il décerné?— Ici, examinons encore : en voyant certains progrès, après avoir vu récemment l'Europe dans la guerre même, et ensuite dans les Conférences pour la paix, montrer un esprit de modération jusqu'alors inconnu ; après avoir recherché quel est l'esprit de toutes les classes; en voyant la jeunesse se porter partout vers l'instruction avec une noble ardeur, on peut se prononcer sans hésiter pour l'affirmative. Tout porte à croire que nous allons opérer les réformes les plus salutaires, c'est-à-dire que nous allons finir par où nous aurions dû, depuis longtemps, commencer. Enfin, en fait de bien, « mieux vaut tard que jamais. » Mais ce grand perfectionnement ne sera rapide qu'en raison de l'empressement que la tête de la société mettra pour arriver à son exécution, les bons exemples et les grandes impulsions devant toujours venir d'en haut. L'allure sera-t-e,lle vive en France? — Oui, puisque l'homme de haute intelligence qui la gouverne prescrit le mouvement. Ce prince, qui est entré résolument dans la voie du progrès ; qui a chassé la routine et la stagnation ; qui choisit des hommes énergiques et capables pour le seconder; qui a fait

reprendre à sa patrie le rang qu'elle aurait toujours dû occuper; qui malgré les embarras inouïs d'une grande guerre lointaine et presque fabuleuse, a su maintenir le calme et la vie dans un vaste territoire de 36 millions d'habitants les plus remuants de la terre; qui, en même temps et en un clin d'œil, a transformé les lieux les plus tristes et les plus misérables d'une immense capitale en quartiers somptueux ; terminé, restauré et embelli des monuments prodigieux et séculaires dont plusieurs tom» baient en ruines et d'autres paraissaient devoir rester éternellement inachevés; qui a su vaincre et faire une paix glorieuse sans chercher à humilier l'ennemi; qui fait tout avec l'honnêteté, la modestie, la sagesse et la simplicité qui rehaussent la supériorité ; qui, dans une conflagration terrible a su deviner, apprécier un sage ennemi et lui tendre si à propos et si loyalement la main pour rétablir l'harmonie; qui sait inspirer aux nations voisines ou éloignées une estime, une confiance exceptionnelles et presque uniques dans les annales du monde ; qui nous a donné pour amis ou alliés de grands empires et d'autres Etats moins puissants mais grands par l'intelligence, la valeur et de glorieux souvenirs; enfin, celui dont le cœur, l'énergie et le génie ont répondu à tant de suspicion, à tant de violentes attaques, par des bienfaits, des chefs-d'œuvre et par la gloire; qui par une union

deux fois parfaite, et en nous donnant un fils a doublé notre bonheur; qui travaille à l'extinction du paupérisme ; celui dont le nom ou la présence électrise les populations et l'armée ; à qui un grand peuple donne des milliards lorsqu'il demande des millions; ce monarque, dis-je, qui s'est déjà entouré d'une auréole si éclatante, ne laissera pas son œuvre inachevé ; si persévérance et les résultats qui en seront la suite lui mériteront le plus beau titre que puisse ambitionner un mortel: «après avoir préservé le présent de l'abîme, il sera le sauveur de l'avenir. » Suivons donc, secondons et imitons un tel chef : Marchons.

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